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Centre historique des Archives nationales Le renforcement de la Terreur par le décret du 22 prairial Décret de la Convention du 22 prairial an II (10 juin 1794) Robespierre Couthon

DÉCRET DE LA CONVENTION DU 22 PRAIRIAL AN II (10 JUIN 1794)

 

En juillet 1794, nombre d'élus de la Convention - l'Assemblée de l'époque - qui soutenaient de plus en plus mollement la politique menée par le Comité de Salut public, dirigé par Robespierre et ses amis, estiment que la Révolution va trop loin en faveur des masses populaires...La Patrie a été sauvée par la levée en masse des patriotes. L'ennemi  - les monarchies européennes - a évacué le sol national.

Pour les élus de la bourgeoisie neutralisés jusque là par l'insurrection permanente du peuple, il est temps de mettre un terme à la Révolution, incarnée par Robespierre. C'est dans ces conditions que celui-ci prononce le discours dont nous reproduisons le texte. 

Mais, il est trop tard, le 8 thermidor 1794...

Pris de peur la majorité des députés va voter le lendemain, le 9 thermidor,  la déchéance de Robespierre et de ses amis, qui seront guillotinés le lendemain.

La Révolution est terminée.

La contre-révolution et la terreur anti révolutionnaire commence. 

Pouvait-il en être autrement ?

En 1789, la France comptait 26 millions d'habitants, dont seulement 600.000 "manouvriers" les ouvriers de l'époque. La population était massivement paysanne. Et celle-ci avait dès 1789 pris possession de la terre jusqu'à là propriété des nobles, contraints par la force d'abandonner leurs privillèges (la fameuse "nuit du 4 août" 1789).

La Révolution en thermidor 1794 avait réalisé les objectifs de la paysannerie. Elle ne se sentait plus concernée par les luttes entre les autres couches de la société. 

Peut-être aussi Robespierre et ses proches avaient-ils  - pour défendre la Révolution menacée en 1793 -  procédé à des épurations aussi sur sa gauche - les "Enragés", Hébert et des amis - jugée trop provocante -   et se priver ainsi, le 9 thermidor, du soutien de masse des patriotes parisiens, toujours prêts les piques à la main de défendre contre la Révolution les traitres qui s'y opposaient ? 

Il n'en reste pas moins  que Robespierre, Saint-Just et les autres dirigeants de l'époque, ont incarné et incarnent encore cette Révolution française, dont les idées inqiètent toujours  de nos jours cette bourgeoisie riche et arrogante, et l'oligarchie dont celle-ci est issue, au point d'en faire des monstres !

C'est pourquoi nous sommes robesperristes.

Discours à la Convention de Robespierre,

à la séance du 8 thermidor an II

(26 juillet 1794)

Peuple, souviens-toi que, si dans la République la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l’amour de l’égalité et de la patrie, la liberté n’est qu’un vain nom !

Peuple, toi que l’on craint, que l’on flatte et que l’on méprise ; toi, souverain reconnu, qu’on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes, et non de destinées !
 

Souviens-toi qu’il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte contre la vertu publique, et qui a plus d’influence que toi-même sur tes propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens !
 

Rappelle-toi que, loin de sacrifier cette nuée de fripons à ton bonheur, tes ennemis veulent te sacrifier à cette poignée de fripons, auteurs de tous nos maux, et seuls obstacles à la prospérité publique !
 

Sache que tout homme qui s’élèvera pour défendre ta cause et la morale publique sera accablé d’avanies et proscrit par les fripons ; sache que tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une calomnie ; que ceux qui ne pourront être accusés d’avoir trahi seront accusés d’ambition ; que l’influence de la probité et des principes sera comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions ; que ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous tes amis ; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris de sédition, et que, n’osant t’attaquer toi-même en masse, on te proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu’à ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie. Tel est l’empire des tyrans armés contre nous, telle est l’influence de leur ligue avec tous les hommes corrompus, toujours portés à les servir.

Ainsi donc, les scélérats nous imposent la loi de trahir le peuple, à peine d’être appelés dictateurs ! Souscrirons-nous à cette loi ? Non ! Défendons le peuple, au risque d’en être estimé ; qu’ils courent à l’échafaud par la route du crime, et nous par celle de la vertu.
 

Ditons-nous que tout est bien ? Continuerons-nous de louer par habitude ou par pratique ce qui est mal ? Nous perdrions la patrie. Révélerons-nous les abus cachés ? Dénoncerons-nous les traîtres ?

On nous dira que nous ébranlons les autorités constituées, que nous voulons acquérir à leurs dépens une influence personnelle.

Que ferons-nous donc ?

Notre devoir.

Que peut-on objecter à celui qui veut dire la vérité et qui consent à mourir pour elle ? Disons donc qu’il existe une conspiration contre la liberté publique ; qu’elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention ; que cette coalition a des complices dans le Comité de Sûreté générale et dans les bureaux de ce comité qu’ils dominent ; que les ennemis de la République ont opposé ce comité au Comité de Salut public, et constitué ainsi deux gouvernements ; que des membres du Comité de Salut public entrent dans ce complot ; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal ?

Punir les traîtres, renouveler les bureaux du Comité de Sûreté générale, épurer ce comité lui-même, et le subordonner au Comité de Salut public, épurer le Comité de Salut public lui-même, constituer l’unité du gouvernement sous l’autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l’autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté : tels sont les principes.

S’il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux, j’en conclurai que les principes sont proscrits, et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive les taire ; car, que peut-on objecter à un homme qui a raison et qui sait mourir pour son pays ?
 

Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n’est point arrivé où les hommes de biens peuvent servir impunément la patrie ; les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera.

POUR LIRE L'INTEGRALITE DU DISCOURS

CLIQUEZ CI-DESSOUS

https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_du_8_thermidor_an_II_

(Robespierre)

Tag(s) : #Histoire
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