Dimanche 11 mai 2008


Nous sommes donc le 13 mai 1958, à Alger.
La foule européenne d'Alger répond massivement à l'appel lancé par le Comité de vigilance, regroupant les associations "Algérie française". Elle envahit le siège du Gouvernement Général, qui est mis à sac. L'armée laisse faire, puis les "paras" occupent le batiment officiel. Le général Massu se montre sur le balcon du GG, entouré de ses "bérêts rouges", des responsables de groupes activistes algérois (qui ne cachent pas leur attirance pour le fascisme), mêlés à des personnalités, qui se réclamant du gaullisme( Delbecque, Soustelle), complotent pour le compte du général.
Massu donne alors lecture de son télégramme au Président Coty :
"Vous rendons compte création Comité Salut public civil et militaire sous ma présidence, moi, général Massu en raison gravité situation et nécessité absolue maintien de l'ordre et ce pour éviter toute effusion de sang, exigeons création à Paris, d'un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l'Algérie partie intégrante de la métropole".
La population pied-noir est en liesse. L'armée a franchi le pas.
A 23h35, du même balcon, le général Salan annonce :
"Je prends provisoirement en main les destinées de l'Algérie française..."

A Paris, la nouvelle du putsch - car c'est un putsch ! - arrive à l'Assemblée au moment où celle-ci vote la confiance à Pierre Pfimlin, par 274 voix contre 129, les communistes s'étant abstenus. Le 15 mai, les Confédérations syndicales réagissent. La CGT s'adresse aux autres organisations syndicales pour organiser une riposte commune, et préconise la constitution de comités de vigilance. FO et la CFTC, tout en condamnant les "factieux d'Alger" et en appelant les travailleurs à la vigilance, s'en tiennent à des conseils de prudence. La FEN demande à ses responsables départementaux d'intervenir auprès des préfets pour "affirmer leur volonté de défendre les institutions républicaines".
"L'Humanité" barre sa Une d'un vigoureux "Alerte au fascisme !".
La Bourse du 14 mai reste calme. "Pas de gros remous sur le marché", note Paris Journal.
Le 15 mai, le général de Gaulle tient une conférence de presse. Il se déclare "prêt à assumer les pouvoirs de la République". La déclaration fait sensation.
Si certains considèrent de Gaulle comme une personnalité "au-dessus de la mêlée", susceptible de ramener le calme, d'autres, les communistes en tête, dénoncent le "complot". L'Humanité titre, le 16 mai, "De Gaulle jette le masque", et en-dessous "Le chef des généraux factieux revendique le pouvoir personnel" et "A bas la dictature militaire!". Le ton est donné.
Le 20 mai, nouvelle conférence de presse du général.
De Gaulle justifie les évènements d'Alger et l'attitude des chefs militaires :
"Les Français d'Algérie ne veulent pas se séparer de la métropole. Car, on ne crie pas "Vive de Gaulle' quand on n'est pas avec la nation. Dans ces conditions, l'armée qui constatait cette immense émotion populaire, l'armée a jugé de son devoir d'éviter que le désordre ne s'établisse. Elle l'a fait et elle a bien fait".
Et répondant à l'inquiétude initiée par son attitude, le général sort sa phrase célèbre :
"Croit-on qu'à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?".
Mais déjà, des tractations politiques sont menées bon train. Antoine Pinay, ancien président du Conseil, l'un des leaders de la droite (il fut titulaire de la Francisque, décernée par Pétain), invite Guy Mollet à rencontrer de Gaulle, et le Président Coty menace de démissionner si la solution 'de Gaulle' n'est pas retenue...
Le 24 mai, des parachutistes, venus d'Alger, prennent le contrôle de la Corse.
Le plan "Résurrection", nom de code donné à l'opération d'Alger, se développe.
A Paris, une édition spéciale de L'Humanité contre le "complot gaulliste" est saisie par le gouvernement. 
Le 27 mai, un communiqué du général de Gaulle annonce :
"J'ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l'établissement d'un gouvernement républicain, capable d'assurer l'unité et l'indépendance du pays".
Des manifestations favorables aux mutins d'Alger ont lieu aux Champs-Elysées.
Après "une journée d'action pour la défense de la République" organisée le 27 par la seule CGT, le 28 se déroule, de la Nation à la République, une puissante manifestation qui regroupe l'ensemble des partis de gauche et des organisations syndicales. Elle rassemble 300.000 personnes.
Mais il est bien tard. Le président de la République, utilisant le chantage à la guerre civile (on parle de l'envoi de bataillons de paras  qui seraient lâchés sur Paris), fait le forcing pour obtenir des formations politiques leur accord pour la formation d'un gouvernement présidé par le général de Gaulle, dans lequel l'ensemble des partis trouverait leur place. Sauf le Parti communiste français. Le nouveau gouvernement, ainsi constitué, serait doté des pleins pouvoirs, et soumettrait le texte d'une nouvelle constitution, ratifiée ultérieurement par référendum. Coty exige que le Parlement ratifie cette solution, et met en balance sa propre démission. Pendant ce temps, des émissaires parlementaires vont s'entretenir avec de Gaulle. Guy Mollet y joue un rôle essentiel.
Le 1er juin, le général est investi à l'assemblée, par 309 voix contre 224. Il obtient "les pleins pouvoirs" par 329 duffrages contre 224. Toute la droite, le MRP (mouvement d'inspiration catholique, issu de la Résistance), et la majorité du groupe radical, votent pour, ainsi que 45 députés socialistes - sur 95 - . Les 141 élus communistes votent contre, de même que 49 socialistes, 18 radicaux dont Mendès-France, et François Mittérand, de l'UDSR.
L'évènement est salué par la Bourse :
"Espoir a la Bourse de Paris, fortes hausse des valeurs françaises et vif recul de l'or",
note Paris journal, du 3 juin.
Le 4 juin, de Gaulle se rend à Alger, et dans diverse villes d'Algérie. A Mostaganem, il lance  à la foule qui scande "Algérie française !", le fameux "Je vous ai compris !".

Deux semaines durant, la France a été secouée par une crise de régime.
La IVème République est morte. Certes, elle a été emportée par les subresauts de la guerre perdue d'Indochine, d'abord, puis de celle d'Algérie, qu'elle a menée pendant quatre ans, sans succès, et au prix d'un traumatisme profond de la population française.
 
Mais est-ce la seule raison de ce bouleversement politique ?

En 1945, à la Libération, le grand patronat, compromis qu'il était dans la collaboration avec l'ennemi,  avait dû transiger avec les forces sociales et politiques, issues de la Résistance. Celles-ci avaient fait siennes le programme du CNR. Le patronat avait alors tenu compte de la puissance du Parti communiste français, le premier parti de France, et de celle de la CGT
réunifiée. 
Le rapport de force ne lui était pas favorable.
Le combat de classe a de nouveau éclaté,  en 47 et 48, lors des grandes grèves ouvrières, durement réprimées par les gouvernements à direction socialiste, alors que sur le plan international, "la guerre froide" opposait l'impérialisme américain au bloc socialiste.
Les forces du Capital reconstituées ont voulu prendre leur revanche.
Mais leurs intérêts économiques ne pouvaient plus se contenter des aléas d'une démocratie . Il leur fallait un pouvoir fort, concentré, à son service.
C'est le sens du "complot du 13 mai"  : liquider le régime parlementaire et lui substituer un système de pouvoir personnel, apte à annihiler les oppositions.

Nous verrons, le moment venu,  avec la Vème République et sa constitution, en septembre 1958, l'aboutisement d'un régime qui répondait aux vues du capital monopoliste, en formation.


par Jean Lévy publié dans : Histoire
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Dimanche 11 mai 2008

La Vème république est née officiellement le 28 septembre 1958. A cette date,  les Français ont approuvé par référendum, la nouvelle constitution, voulue et pensée par le général de Gaulle. 
Comment en est-on arrivé là ?
Il est bon de revenir sur les évènements qui ont précédé le changement de République.
La France livre en Algérie une guerre, qui n'ose pas dire son nom, depuis près de quatre ans.  Les divers gouvernements - Mendès-France, Edgar Faure, Guy Mollet - Bourgès-Maunoury -Félix Gaillard - qui se sont embourbés dans le conflit depuis 1954, parlaient d'une simple "opération de police".
Pour eux tous, "l'Algérie, c'est la France !". Mais le FLN résiste à toutes les offensives. Les combats se font plus violents. Guy Mollet, après s'être fait élire sur pour faire la paix, envoie le contingent sous couvert de "pouvoirs spéciaux", votés en mars 1956, y compris par le vgroupe parlementaire communiste.  Alors que Robert Lacoste, gouverneur de l'Algérie parle de "dernier quart d'heure", les massacres, la torture, les incendies de douars, le napalm, rien n'y fait. La lutte se fait âpre. En 1957, c'est la "bataille d'Alger" menée par les paras de Massu et de Bigeard, à qui le gouvernement donne les pleins pouvoirs de police. C'est aussi le début des conspirations militaires contre les autorités républicaines, des complots, perpétrés contre des personnages officiels par des éléments ultra, avec la complicité de politiques gaullistes (Michel Debré est cité dans un attentat contre le général Salan...).
Le PCF organise des Journées "contre la guerre en Algérie", telle celle du 18 octobre 1958.
Fin 57, début 58, la situation se déterriore. De nouvelles exécutions capitales d'Algériens ont lieu à Alger. Des soldats du contingent, tels Serge Magnien, Jacques Alexandre, Raphaël Grégoire, jeunes communistes, "refusent de faire la guerre au peuple Algérien". Ils sont condamnés par les tribunaux militaires. Le livre d'Henri Alleg, "La question", est saisi.
A Paris, l'agitation parlementaire de droite et les commandos colonialistes et fascistes créent une atmosphère de troubles.
Le 14 mars 1958, 7000 policiers en uniforme (une première !), se livrent à une manifestation antiparlementaire devant le Palais-Bourbon.
Le 15 mars, le ministre André Morice, Georges Bidault, Michel Debré, se réunissent à Nice avec Alain de Sérigny, directeur de l'Echo d'Alger. Ils réclament "un gouvernement de Salut public, dirigé par le général de Gaulle, seul susceptiblr de résoudre le problème algérien".
Maurice Duverger, écrit dans Le Monde, daté du 7 mars, :
"Tout le monde parle du retour au pouvoirdu général de Gaulle. La droite ouvertement : après monsieur Poujade, voici que monsieur Soustelle fait publiquement appel à l'homme du 18 juin et les cris de Debré rejoignent la campagne de "Carrefour". A gauche, on est plus discret : les traditions et les principes sont contraires à la théorie de l'homme providentiel, mais on est gagné par la contagion".
L'Express note, de son côté, le 20 mars :
"La chute du gouvernement Gaillard ouvrira-t-elle une crise comme les autres ou "La Crise". C'est la grande question que l'on se pose aujourd'hui à Paris et la fréquence avec laquelle le nom du général de Gaulle est prononcé comme celui du seul sauveur possible traduit bien le climat actuel".
Le 15 avril, le gouvernement Félix Gaillard est renversé.
Le 24, six "terroristes" algériens, dont l'étudiant Abderhamane Taleb, âgé de ving ans sont gillotinés à Alger.
Deux jours plutôt, Karl Oberg, chef suprême des SS et de la Gestapo, pendant l'Occupation, ainsi que son bras droit Knoren, et quatre autres tortionnaires sont graciés.
Il est vrai que le 1er janvier, était entré en vigueur le traité de "Marché commun" européen...
Le 9 mai, le FLN annonce que trois militaires français ont été exécuté "puisque la France se refuse à arrêter les exécutions de prisonniers appartenant à l'Armée de Libération Nationale".
Le général Bigeard déclare :
"Cette armée (française) doit être fanatique avec l'esprit des croisés (...) décidée à casser du fellagha". 
Le 12 mai, le gouvernement du MRP Pfimlin, après trois semaines de crise ministérielle, se présente devant lAssemblée.
A Alger, le Comité de Vigilance (regroupant 17 associations patriotitiques, en fait ultra colonialistes), noyauté par des émissaires gaullistes, écrit au Président Coty pour lui demander la constitution d'un gouvernement de salut public. Ce Comité de Vigilance appelle "les Algérois à des cendre dans la rue le lendemain 13 mai", pour appuyer leur revendication.
Le Monde note :
"Il n'est pas exclu que les manifestations prévues revêtent un caractère de violence rappelant celles qui se déroulérent le 6 février 1956".
Nous verrons, demain, ce qu'il en advint.

par Jean Lévy publié dans : Histoire
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Samedi 10 mai 2008

Samedi 10 mai, le Président de la République a pris la parole, dans les jardins du Luxembourg, "dans le cadre de la journée commémorative des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions", pour reprendre les termes du communiqué de l'Elysée.
Nicolas Sarkozy  a appelé "à regarder de façon lucide et apaisée" ce "crime contre l'humanité". Mais il ne s'est pas étendu sur la réalité concrète de l'esclavage, officialisé au XVIIème siècle, par le Code Noir.

Rappelons donc que ce Code a été institué par Colbert, le ministre de Louis XIV, par l'ordonnance royale de 1685, l'année de la Révocation de l'Edit de Nantes. Ce Code définissait le Statut juridique des esclaves en plus de quarante articles.
Nous pensons utile de reproduire, ici, nombre d'entre eux, pour mesurer l'extrême sauvagerie du système de "marchandisation de la condition  humaine".

                                           CODE NOIR             
 
Article premier.
Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. ~[... ]

Article 3. Interdisons tout exercice public d'autre religion que de la catholique, apostolique et romaine. [... ].

Article 15. Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.

Article 16. Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n'y ait contre eux aucun décret.

Article 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine de fouet contre les esclaves, et de dix livres tournois contre leurs maîtres qui l'auront permis, et de pareille amende contre l'acheteur.

Article 19. Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restriction du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.
 
Article 21.
Permettons à tous nos sujets habitants de nos îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés ~lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si les habitations sont voisines du lieu où les esclaves auront été surpris en délit; sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.

Article 27. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres; et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital; auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave.

Article 33. L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 34. Et quant aux excès ou voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort s'il y échet.

Article 35. Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Article 36. Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis

Article 37. Seront tenus les maîtres en cas de vol ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment pas mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait; ce ~qu'ils seront tenus d'opter dans les trois jours, à compter du jour de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Article 38. L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule; et la troisième fois il sera puni de mort.

Article 39. Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres en l'amende de trois cents livres de sucre par chacun jour de rétention; et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres tournois d'amende pour chaque sujet. [... ]


Le Président, au-delà de fortes paroles prononcées contre le système esclavagiste, n'a pas eu un mot pour en condamner les promoteurs et les bénéficiaires. Il lui est plus facile de considérer "la France", comme responsable de ce crime. Ce ne furent pas les "manants" mais les riches de l'époque qui sont à l'origine du Code. Sarkozy n'a pas évoqué les fortunes gigantesques amassées par les  négriers, les armateurs des ports de l'Atlantique, à l'origine des richesses immobilières que l'on peut encore admirer qur les quais de Bordeaux, de La Rochelle et de Nantes, pour le plus grand profit de grandes familles de la bourgeoisie portuaire actuelle.
Le Président n'a pas rendu hommage à la Révolution française, plus précisément à la Convention,  qui a aboli ce négoce sanglant le 17 février 1794.
Il n'a pas dénoncé Napoléon qui  rétablit l'esclavage en 1802.
Il n'a pas non plus célébré la révolte des Noirs de Haïti, dirigée par Toussaint-Louverture et la guerre de libération, qui infligea la première lourde défaite à l'armée impériale.

Certes, les enfants des écoles seront tenus d'apprendre les méfaits de l'esclavagisme.
Mais il leur sera présenté comme un phénomène d'autrefois, qui n'a plus cours de nos jours.
Pourtant, l'exploitation des hommes n'a pas cessé avec le Code Noir. Le colonialisme, autre forme d'esclavagisme, a sévi tout au long du XXème siècle, même s'il a évolué dans ses formes,  sous la pression des peuples soumis.
Et Nicolas Sarkozy saluait, encore récemment, "les points positifs de la colonisation"...
Il n'a pas parlé non plus de l'esclavage moderne, de la mort au travail, des tués par les cadences et l'amiante, des suicidés et des condamnés par le stress et l'exploitation sans limites.
Il est vrai que le Président a été promu à l'Elysée par les nouveaux négriers.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Vendredi 9 mai 2008

Le soixantième anniversaire de la création d'Israël est célébré avec faste, dans tous nos médias. On croirait presque qu'il s'agit de notre propre fête nationale...France Inter y consacre toutes ses plages d'information, avec l'envoyé sur place, à Jérusalem, de Nicolas Demorand. Certes, pour répondre aux "critéres d'équité", le journaliste a transporté, le lendemain, ses micros à Ramallah, en territoire palestinien. Mais il a exclu de donner la parole à un représentant  du Hamas. Pourtant, ce parti avait rallié à ses thèses la majorité du peuple, consulté lors d'élections que la communauté internationale avait considérées comme totalement libres...Notre radio d'Etat s'est bien gardée, dans le même esprit, d'interroger des Israéliens hostiles à la politique colonialiste d'agression de l'Etat hébreu. Seuls, des partisans du gouvernement Olmert, et opposants de droite, y compris extrême, étaient conviés aux différents débats.

Il est bon, dans ces conditions, de rappeler quelques faits historiques qui ont conduit à la "naissance" d'Israël, et les évènements qui ont jalonné ces soixante dernières années.

Le 30 novembre 1947, l'ONU vote la résolution 181, qui partage la Palestine en deux Etats, l'un Juif, l'autre arabe. Cette décision internationale visait officiellement à assurer aux rescapés juifs des camps de la mort nazis, une patrie propre où ils trouveraient enfin la sécurité et le droit de vivre en paix.
"Généreuse solution", penseront beaucoup de nos compatriotes, "ce peuple a  bien mérité ce cadeau, après tout ce qu'il a subi". 
Certes,  mais ce "cadeau", les terres qui ont été choisies pour y fonder un Etat "pour les Juifs", à qui appartenaient-elles ? Qui les habitait ? Les généreux donateurs ont bien pris soin de ne pas céder un pouce de leur propre territoire. Les terres distribuées n'appartenaient pas au Maryland, ni au Colorado, pas plus qu'à la Bretagne ou à la Corse. Il s'agissait de villes et de villages où vivaient depuis des siècles de très nombreuses familles arabes, des Palestiniens, puisqe la région se nommait depuis l'Antiquité, la Palestine.

De leur côté, les Juifs justifient leur revendication sur ce territoire, en référence à l'histoire biblique : "ils" étaient-là, avant tout autre peuple.
Pour y voir clair, revenons à l'histoire tout court.
En fait,  le Royaume de Judée a été détruit en -586 avant Jésus-Christ par le roi de Babylone, Nabuchodonosor.
Est-ce bien raisonnable d'établir des droits sur un territoire, parce qu'un peuple l'a occupé, il y a plus de 2000 ans ?
C'est pourtant ce que fut le grand projet du courant sioniste né, à la fin du XIXème siécle, à l'appel de Théodor Herzl, soutenu par des banquiers, tel Rothschild, et des diplomates. Cette perspective fut alimentée par le souci réel la population juive de l'Est européen, d'échapper aux massacres et aux pogromes dont elle était victime.
Déjà, en Palestine, cohabitaient pacifiquement des dizaines de milliers de juifs, aux côtés de 750.000 arabes, à la veille de la première guerre mondiale. La région faisait alors partie de l'Empire ottoman. Celui-ci, en 1915, se joignit à l'Allemagne et à l'Autriche en guerre. En 1917, le ministre des Affaires Etrangères britannique, lord Balfour, fit admettre par les alliés la création d'un Foyer national juif, en Palestine. Il s'agissait, alors de contrer les Turcs ennemis en se ralliant la population juive.
En 1918,  la Grande-Bretagne se fit confier le mandat sur la Palestine par les Alliés victorieux. En tant que puissance coloniale, les Britanniques jouèrent habilement des antagonismes entre population juive et arabe, disposant des frontières et des alliances, au gré de leurs intérêts.
Entre les deux guerres, des fonds furent rassemblés par des organisations sionistes pour acheter  des terres aux paysans pauvres arabes. La population juive d'Allemagne, victime de la terreur nazie, émigra, quand elle le put,  en Palestine.
Ce flux  s'amplifie encore, au lendemain de la libération des camps de la mort : la Palestine devenant pour nombre de rescapés, la terre de salut. 
On connaît la suite. 
Dès 1948, puis en 1956, en 1967, en 1973, des guerres ont opposé Israël et les Etats arabes environnants. A chacun des conflits, tous gagnés par l'Etat hébreu, toujours soutenu, armé et financé par les Occidentaux, le territoire d'Israël s'est agrandi jusqu'au point de recouvrir l'essentiel de la Palestine. Ainsi, aujourd'hui, à côté de l'Etat d'Israël proprement dit, séparé par un long "mur de la honte", des "territoires palestiniens", théoriquement autonomes. Ils sont effectivement contrôlés par  Tsahal, qui bloquent ses points d'accès, alors que le gouvernement de Tel Aviv y construit sans cesse de nouvelles colonies. Enfin, "la bande de Gaza", (40 Kms sur 10), est seul territoire "libre" palestinien. En fait, il est soumis à un blocus implacable, qui fait de lui une véritable  prison à ciel ouvert, où s'entasse un peuple de 1,5 million  d'habitants.
On comprend, dans ces conditions, la lutte menée contre l'occupant israélien.
Ce combat est juste. 
Les Palestiniens veulent un Etat viable et souverain,  dans les limites des frontières de 1967, reconnues par l'ONU, et ignorées par le gouvernement de Tel Aviv. Pour atteindre cet objectif, la population, depuis la première intifada, résiste avec courage et détermination
Soyons solidaire de cette résistance
Pour que le 14 mai ne soit plus pour les Palestiniens "El Nakba", la catastrophe.
Pour que les Palestiniens puissent,eux aussi, fêter un jour,  l'anniversaire de la naissance de leur Etat.

par Jean Lévy publié dans : Internationalisme
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Jeudi 8 mai 2008

Il fallait le faire. "IL" l'a fait. Nicolas Sarkozy n'est pas content, mais pas content du tout. Il vient de s'en prendre publiquement à divers journaux, coupables de crime de lèse-majesté.  Le Président vise Marianne pour sa "une",  qui s'exclame "Putain, 4 ans..."; il se fait le procureur d'autres organes de presse, Le Parisien, l'Express, l'AFP, qui n'ont pas reproduit le communiqué rédigé par le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, condamnant les pratiques de Ségolène Royal (celle-ci ayant négligé de payer le salaire de conseillers).
Nicolas Sarkozy ne décolère pas :
"Imaginez, si j'avais eu un problème de droit social ! La gauche aurait demandé ma démission !".
En fait, personne n'a utilisé, pendant la campagne électorale, contre Sarkozy, les conditions de l'achat,  décriées, de son appartement de l'île de la Jatte, à Neuilly. Pourtant, Le Canard Enchainé avait été précis dans son accusation. "Pure calomnie", avait juré alors le candidat de l'UMP, qui, prudent, avait préféré ne pas poursuivre l'hebdomadaire
.
Dernier grief dénoncé par le Président : il vise le JDD (Le Journal du Dimanche), qui n'a pas eu l'élégance de reproduire le sondage le moins défavorable à Sarkozy, au lendemain de sa prestation télévisée.
L'hôte de l'Elysée regrette sans doute le temps où le Prince-Président Napoléon Bonaparte pouvait compter sur le caractère officiel de toutes les gazettes.
C'est oublier le "bipartisme" qui régit notre société.
Sarkozy ne veut entendre qu'un seul son de cloche, alors que deux églises  -  avec  chacune sa cloche - se disputent le même dogme ?
Le principal n'est-il pas d'avoir un seul catéchisme, enseigné dans deux églises ? 
Le libéralisme et l'économie de marché y sont mieux assurés.
Refuser cette évidence, casse le jeu de l'alternance.
L'égo de Nicolas y ferait-il obstacle ?
Mais "la colère" du Président ne doit pas cacher l'essentiel.
Les ouailles du capital se disputent.
Ce n'est pas pour autant la liberté d'expression.
Les médias ne sont pas libres dans notre pays.
Peut-on entendre sur les ondes ou sur le petit écran, des économistes, des experts, des spécialisteshostiles à l'économie de marché ? Des politiques appelant à un changement de société ? Des ouvriers crier leur haine du patron qui les exploite. Des citoyens partisans d'abandonner l'euro, de quitter l'Union européenne ? Des auditeurs mettre en doute les propos du journaliste, contredire un ministre ? Y a-t-il un seul débat non formaté, un reportage courageux qui mette en cause l'irrationnalité du système, une information objective sur la Chine, sur la Russie, l'Iran ou Cuba ?
L'info, en France, est sous bonne garde.
Gare au journaliste qui serait tenté de la délivrer pour la servir, toute crue, à la radio ou à la télé !
A part ces détails, le pluralisme de l'information règne dans notre pays.
C'est le Président qui vous le dit.

par Jean Lévy publié dans : Politique
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Mercredi 7 mai 2008

Aujourd'hui, 8 mai, jour ferié, nombre de Français partent quelques jours se détendre, au vert, à la campagne, ou sur le bord de la mer. Pour nombre d'entre eux, cette date correspond au début d'un vaste "pont" qui englobe, jusqu'à lundi, les fêtes de la Pentecôte.
Mais que signifie donc le 8 mai ? Que commémore-t-on à cette date ? Beaucoup l'ignorent.
La radio mentionne simplement que Nicolas Sarkozy se rend à Ouistréham pour rendre hommage à un commando français parachuté sur cette localité, lors du débarquement allié en Normandie. 
C'est tout. Toute l'information est focalisée sur le soixantième anniversaire de la création d'Israël. Rien sur  ce qui s'est passé le 8 mai 1945.
Et pourtant, ce jour-là, l'Allemagne capitulait sans condition, après la plus sanglante des guerres (cinquante millions de morts), qu'elle avait sciemment provoquée. A Berlin, le 8 mai, le maréchal Keitel, représentant le commandement allemand, signait l'acte de capitulation, face aux représentants militaires français, britannique, américain et soviétique. Hitler s'était suicidé huit jours plus tôt dans son bunker berlinois, alors que l'armée soviétique plantait le drapeau rouge sur le Reichstag, dans Berlin conquise.
L'offensive d'ensemble contre la capitale allemande a coûté 700.000 morts Soviétiques et 350.000 Allemands. 
Cet anniversaire méritait plus qu'une escapade présidentielle dans un port normand.
La Russie, elle, commémore avec faste, sa victoire sur l'agresseur nazi, bien que le pays ait changé de régime politique. Le peuple garde au coeur la grande guerre nationale qu'il a menée durant quatre ans, au prix de plus de 20 millions de citoyens soviétiques, civils et militaires, tués au combat, massacrés par l'occupant, avec de vastes territoires systématiquement détruits.
Les dirigeants français boudent, eux,  cet anniversaire.
Pourquoi ?
L'évènement est-il trop ancien ? Alors, pourquoi célébrer, chaque année, le 11 novembre 1918 ? Et seulement le 6 juin 1944, présenté comme le symbole de la libération de la France par "nos alliés américains et britanniques". Cette volonté d'occulter le 8 mai 1945 a des raisons politiques.
D'abord, les dirigeants français ont toujours eu le souci d'occulter la capitulation allemande à l'heure de la célébration du "couple franco-allemand", présenté comme "le moteur de l'Europe". Il ne faut pas froisser nos alliés d'outre-Rhin, qui considèrent toujours le 8 mai comme un désastre national. Il est frappant de constater que l'Allemagne fédérale n'a jamais célébré comme une libération la chute du nazisme.
Ensuite, la France officielle a changé de camp. D'"alliée", célébrée par de Gaulle, l'Union soviétique est devenue "l'ennemie" au cours de la guerre froide. Aussi, le souci de la "Propaganda Abteilung" française a toujours voulu "réviser" l'histoire, afin de cacher la vérité à l'opinion française, et en particulier aux jeunes générations. A cet effet, l'enseignement, qui leur est prodigué, travestit les faits (en particulier à travers des manuels franco-allemands d'histoire, pour les grandes classes de nos lycées),  occulte les évènements de nature à s'inscrire en faux vis-à-vis de la version médiatique de la Seconde guerre mondiale.
Qui sait, aujourd'hui, que seulement 20% du potentiel militaire allemand faisait face aux forces alliées en Normandie, alors que 80% des effectifs de la Wehrmacht, de la Lutwaffe, tentaient vainement de contenir l'Armée rouge, sur un front de 2000 kms, à l'Est de l'Europe ?
Sans ce rapport de force, que se serait-il passé à l'Ouest ?
Qui connaît l'appel angoissé des dirigeants anglo-américains à Staline, fin décembre 1944, pour que celui-ci avance la date de son offensive, devant le désastre subi dans les Ardennes belges, à Bastogne, par les troupes alliées, bousculées par quelques divisions nazies ?
Qui se rappelle des tentatives américaines d'accord séparé avec les forces hitlériennes à l'Ouest, au printemps 1945, pour se retourner ensemble contre les Soviétiques, et du soutien apporté à cette initiative US par le numéro trois des SS, commandant les forces allemandes, en Italie ? Seul, le refus de Hitler a fit échouer cette opération. Pour "nos alliés", il s'agissait de tout faire pour que l'Armée rouge ne parvienne pas à Berlin, avant eux.
Qui se souvient des bombardements terroristes des villes allemandes par l'US Air Force, alors que celle-ci avait la consigne d'épargner les grandes entreprises où des intérêts américains n'avaient pas cessé de commercer durant la guerre, telle l'IG Farben, qui deviendra la QG des forces américaines d'occupation ?
Toutes ces vérités ne sont pas bonnes à dire, de nos jours, entre partenaires de l'Union européenne. C'est pourquoi, il est inutile d'attendre des médias aux ordres, la moindre parcelle de vérité sur ce qu'a été le 8 mai 1945. 
Comme chacun sait : "la vérité est révolutionnaire !"  



par Jean Lévy publié dans : Histoire
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Mercredi 7 mai 2008

Les médias nous égrènent, jour après jour, les agressions ciblées commises par le pouvoir sarkozien contre les acquis sociaux, fruit des luttes populaires depuis un siècle. Le président et son gouvernement tirent à vue sur tout ce qui bouge encore. Les commentaires de la presse, des radios et de la télé relatent, avec beaucoup de retenue et la banalité qui sied à des évènements jugés inéluctables, l'offensive programmée contre les droits et les garanties des salariés, des retraités et des privés d'emploi.
L'occasion donnée par le calendrier de "célébrer" le premier anniversaire de l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy, permet aux médias d'établir un bilan de ces douze premiers mois d'activité gouvernementale.

Le Monde publie un supplément de huit pages consacrées à l'évènement, autant de place que son édition du jour réserve à la publicité, au total, huit pages ! 
Une seule évoque le volet économique et social, quatre les questions touchant à la personnalité, au comportement du Président. Ce choix n'est pas fortuit. Il correspond à la tendance générale de la presse, qui donne la priorité de ses commentaires à l'attitude publique et privée de Nicolas Sarkozy. Ce qui permet à ce dernier de reconnaître "ses erreurs" dans la "communication", en utilisant l'adage bien connu : "il n'y a que les gens qui ne font rien qui ne se trompent pas !".
Mais quel est le journal, la chaine de radio ou de TV qui explicite le contenu des "réformes" (c'est le nom donné aux régressions sociales), réalisées ou mises en route ?
Le supplément du Monde les résume bizarement sous le titre :
"Economie La relance ratée.
Détaxation des heures supplémentaires, baisses d'impôt, réforme des régimes spéciaux...La'modernisation' et 'le choc de croissance' prévus par le chef de l'Etat ont buté sur un obstacle : la crise".
Que les "réformes" soient la copie conforme du programme du Medef, pas une ligne. Au contraire, ce commentaire qui exonère Sarkozy de tout apriori idéologique :
"Le sarkozysme en économie est un éclectisme. Pragmatique, le chef de l'Etat ne se laisse enfermer dans aucune école de pensée : il peut s'inspirer des post-kénésiens comme des théoriciens de l'offre pourvu que les uns et les autres servent son dessein affiché d'accélérer l'adaptation de la France à la mondialisation".
Comme si justement, cette "adaptation" n'était pas celle de notre économie aux intérêts du capital financier ! Claire Guélaud, la signataire de l'article, en vient à l'énumération de
"l'impressionnant train de réformes, cinquante cinq, a-il précisé jeudi 24 avril dans son entretien télévisé. Réforme des régimes spéciaux de retraites au nom de l'équité, instauration d'un service minimum dans les transports, fusion ANPE-Unedic, moderniation des relations sociales et du marché du travail, mise en place prochaine, avec la future loi de modernisation de l'économie, d'un arsenal de mesures en faveur des PME, réforme de l'Etat et révision générale des politiques publiques".
Ce qui vaut à Sarkozy cet éloge du président du Cercle des économistes (une association ultralibérale), Jean-Hervé Lorenzi :
"Reconnaissons-lui, au moins le courage d'avoir ouvert tous les chantiers à la fois".
Ainsi, Claire Guélaud utilise dans son bilan des "réformes", le vocabulaire abscons pour les non-initiés,  de Sarkozy lui-même. Elle aurait pu, par des mots plus adéquats, expliquer le contenu réel des dites "réformes" :
"Alongement à 40 annuités de la période de cotisations à laquelle sont assujettis les salariés des services publics pour bénéficier de la retraite" et ".généralisation des 41 annuités en 2012, pour l'ensemble des salariés", "limitation du droit de grève à la SNCF et à la RATP", "sanctions pécuniaires à l'encontre des privés d'emploi qui n'accepteraient pas un travail sousrémunéré", "destruction du code du travail, avec la généralisation des contrats individuels, se substituant aux garanties des Conventions collectives".
Sans parler des trois augmentations du prix du gaz dans les six premiers mois de 2008, de celle de l'essence et du fuel domestique, des prix alimentaires et le refus opposé à de véritables augmentations des salaires, des retraites et des allocations.
Le Monde se garde bien d'énumérer les "réformes" antisociales avec une définition explicite.
Le quotidien sait que ces mesures ne sont que l'adaptation à la France des décisions communes des 27 Etats de l'Union européenne, et que des réformes identiques sont prises aussi bien par des gouvernements de droite que de gauche.
Le Monde ne peut donc  mettre en cause le contenu du fait de son soutien inconditionnel à l'Union européenne. Aussi, comme tous les médias de même obédience, et compte-tenu de l'impopularité de la politique de Sarkozy, la critique de celui-ci ne peut se limiter qu'aux aspects péréphériques du personnage.
Ce qui préserve l'essentiel : l'adaptation de la France aux exigences du Capital financier.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Mardi 6 mai 2008

Le 18 décembre 2005, Evo Morales est élu président de la Bolivie. Il est le premier indien, peuple pourtant majoritaire dans ce pays de 10 millions d'habitants, a accéder à un poste de responsabilité.
Fidèle à son programme, celui du MAS (Mouvement vers le Socialisme), il décrète, le 1er mai 2007, la nationalisation des hydrocarbures : l'Etat devient majoritaire dans ces sociétés, jusqu'à là propriété de multinationales. Celles-ci conservent une part minoritaire du capital, mais perdent le droit de contrôle sur la gestion de ces industries.
Sur le plan agraire, le gouvernement décide une redistribution des terres au profit des paysans indiens, jusque là privés du droit de propriété du sol. Or, dans les plaines et les plateaux de l'Est de la Bolivie, la terre cultivable est le bien de quelques familles blanches ou créoles. C'est ainsi, que dans les seuls départements de Beni et de Santa Cruz, 312 966 ha appartiennent à seulement seize familles, qui les ont accaparés, entre 1953 1992, grâce aux dictatures militaires. La famille Monastenos Nieves détient plus de 36104 ha; une autre, 54198 ha; une troisième, 24934 !
On comprend que le président Evo Morales ait rencontré de puissantes oppositions à la réforme agraire, et aux nationalisations, jusqu'à l'intérieur de l'Assemblée. En effet, si le MAS dispose de la majorité des élus, la Constitution, qui était encore en vigueur, exigeait  un  vote des 2/3 des parlementaires pour faire adopter les réformes...
Morales a du imposer une nouvelle Constitution, démocratique celle-là, pour appliquer son programme. Les représentants de l'oligarchie bolivienne ont bataillé dur pour retarder un vote obtenu, en l'absence des parlementaires hostiles, par 164 voix sur les 255 élus que compte l'Assemblée. Et cela grâce la pression populaire des paysans et des mineurs, mobilisés.
Tout au long de 2007, le gouvernement d'Evo Morales a dû compter avec diverses agitations violentes, fomentées par la bourgeoisie, qui refuse de céder son pouvoir économique. C'est ainsi que les propriétaires de mines privées, abusivement appelées "coopératives", s'en sont pris aux mineurs d'Etat pour tenter de s'emparer des biens de la Nation. Les affrontements ont fait plusieurs morts, mais la manoeuvre a échoué.

Aujourd'hui, la population blanche et créole de plusieurs départements, ceux de Santa Cruz, de Beni, de Pandro, de Tarija (départements qui détiennent les richesses du pays - hydrocarbures et terres riches agricoles- )tente de briser l'unité de la Bolivie. Sous couvert "d'autonomie" de ces départements, ils exigent que ceux-ci gardent, à leur profit, l'essentiel des gisements de gaz, et leurs immenses propriétés agraires. Un premier référendum pour "l'autonomie" du département de Santa Cruz a eu leu le 4 mai. Jugé illégal par le gouvernement, ce vote est présenté comme l'expression de la "démocratie" par nos médias occidentaux. Les menées sécessionnistes sont soutenue financièrement par l'Ambassade des Etats-Unis et la NED (National Endowment for Democracy) qui prodiguent largement des centaines de millions de dollars aux dirigeants de la subversion. Ceux-ci, les préfets des départements en question (les gouverneurs) comme Rubèn Costa à Santa Cruz, des gros industriels, tel Branko Marinkovic, ont crée des "comités civiques" pour entrainer la population, organiser des manifestations, des grèves économiques. Ils veulent créer le désordre "au nom de la démocratie" pour,disent-ils, "préserver la nation Camba" (blanche et créole), de la "nation  Criolla" (les indigènes indiens de l'Ouest andin). Ceux-ci sont considérés comme des "paresseux", incapables de  gérer le pays. Ils sont un "boulet au pied" des riches.

L'objectif est, en fait, de mettre un terme à l'expérience progressiste d'Evo Morales, par tous les moyens. On se croirait revenu en 1973, au Chili d'Allende, ou au Venezuela, en 2002, quand un putsch organisé par Washington avait voulu éliminer Hugo Chavez.
Il s'agit d'une guerre de classe, doublée d'une violence raciste, menée à l'encontre de la majorité des Indiens pauvres et des travailleurs de Bolivie.

Que va faire Morales ?
Que vont tenter les nantis des provinces rebelles ?
Déjà, le Président bolivien a reçu le soutien de l'Organisation des Etats Américains (OEA) qui considère les référendums comme illégaux.
Tout va dépendre du soutien, non seulement des Indiens, mais également des ouvriers, des mineurs (et de leurs syndicats), au président de la Bolivie, ainsi que de la volonté de celui-ci de faire respecter l'ordre démocratique par l'appui populaire.
Il est nécessaire aussi, en France comme en Europe, de développer la solidarité internationaliste envers l'expérience progressiste bolivienne.
La prise de position de Danielle Mitterrand, en soutien au peuple bolivien, constitue un geste qui doit permettre, dans notre pays, d'élargir la solidarité active des secteurs les plus larges de la population pour mettre en échec la contre-révolution, téléguidée par l'Empire étatsunien, en Amérique latine.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Lundi 5 mai 2008

Il y a un an, Nicolas Sarkozy était élu président de la République.  Avec 19 millions de voix, il obtenait alors 53% des suffrages exprimés et 43% des inscrits. Après un an de "règne", les médias, à l'unisson,  tentent d'établir un bilan de l'action réalisée, de l'évolution de l'attitude et du comportement du personnage, des réactions de l'opinion publique, mesurées à travers des sondages, vis-à-vis de la politique menée au cours des douze mois écoulés.
D'abord, une remarque : les résultats des sondages sont tributaires des questions posées et des termes employés. Ainsi, le mot "réforme", utilisé par le sondeur, recouvre des lois au contenu différent. En général, il s'agit de mesures qui visent la mise en cause d'acquis sociaux. Peuvent-elles être appréciées de la même manière par le cheminot qui veut défendre ses droits (le service minimum dans les transports, par exemple),  ou par l'usager gêné, à qui  on répête qu'il est "toujours pris en otage par les grévistes", ou par le patron pour qui toute avancée sociale est une "contrainte insupportable" ?
La "réforme", si chère à Sarkozy, est toujours présentée comme une "modernisation indispensable au futur de notre société". La "réforme" ne peut donc être condamnée que par des gens ou des "féodalités" accrochées à leur "conservatisme" et au passé. Pétri de cette philosophie-là, répandue par les médias, le choix du sondé est vicié par nature.
Qui veut se ranger parmi les "conservateurs" ?
Le sondage se veut l'instantané d'une situation, mesurée en "pour" ou "contre". Aussi, la formulation de la question pèse lourd sur le sondé.
Exemples : qui peut se dire adversaire d'une réduction de l'imposition sur le montant de l'héritage, en pensant à ses enfants ? Ou même d'une baisse d'impôts, en songeant à son tiers provisionnel ? Ou bien de supprimer les indemnités aux  faux chômeurs ?

Quel serait le résultat de l'enquête si les questions étaient rédigées en termes politiquement inverses ?
Approuvez-vous le remboursement de millions d'euros d'impôts aux plus riches, alors que le gouvernement refuse vos revendications, "parce que "les caisses de l'Etat sont vides" ?
Trouvez-vous normal de ne plus verser d'allocations aux privés d'emploi qui refusent une embauche avec un  salaire minoré de 30% ?
Considérez-vous logique que Quarante sociétés amassent 100 milliards d'euros de profit en 2007, et que leurs patrons vous refusent le Smic à 1500 euros ?

Aussi, malgré la mise en condition de l'opinion publique et les questions biaisées des organismes de sondage, les Français ne sont pas contents et l'expriment* :

 - 66% des sondés sont mécontents de l'action de Nicolas Sarkozy, contre 32% de satisfaits,
 - 63% n'apprécient pas la manière dont Sarkozy exerce ses fonctions,
 - 60% sont hostiles aux réformes entreprises, contre 40% d'un avis contraire,
 - 60% s'élèvent contre la réforme de la carte hospitalière,
 - 66% sont contre le non-remplacement des 11.000 enseignants,
 -72% se disent contre l'envoi d'un contingent supplémentaire de militaires en Afghanistan
,
Par contre,
 - 84% jugent positive la possibilité de disposer plus vite de leur participation aux bénéfices de leur entreprise, 
 - 73% apprécient la défiscalisation des heures supplémentaires,
 - 73% sont pour le 'service minimum' dans les transports,
 - 82% approuvent la réforme des droits de succession,
 - 54% se déclarent d'accord avec l'obligation de cotiser 41 annuités pour la retraite,
 - 80% soutiennent les peines plancher, en matière de justice.

Compte tenu des remarques préalables sur la fiabilité des sondages, chacun peut mesurer l'impopularité globale de Nicolas Sarkozy et de sa politique, un an après son  accession sur le trône. Certes, quelques mesures sont encore jugées positives. Mais le jugement porté sur l'ensemble est sévère.
Cependant, le mécontentement, qui en résulte, ne débouche pas sur le développement des luttes sociales que l'on pourrait espérer. Le Premier mai n'a pas rassemblé les foules escomptées.
Pourquoi ?
L'hostilité grandissante vis-à-vis du Président et de son gouvernement ne trouve aucune issue politique à la crise de confiance de la population. La "gauche" sociale-libérale, sous l'emblème du Parti socialiste, n'apporte aucune alternative. Au contraire, les déclarations de ses dirigeants confirment l'ancrage du PS à l'Union européenne et à l'économie de marché. Autrement dit la continuation de la politique de régression sociale du pouvoir actuel.
L'absence d'une force révolutionnaire, avec un parti réellement communiste, se fait durement sentir. Le manque de conviction, dans une lutte frontale de masse, de la CGT, rend la nécessaire riposte populaire difficile à organiser.
Dans ces conditions, on peut se poser la question :
"Comment, la colère ouvrière - celle des usines et des quartiers, des salariés et des privés d'emploi - trouvera-t-elle à s'exprimer ?"

* Sondage "Opinion Way" pour Le Figaro, publié le 5 mai 1008




par Jean Lévy publié dans : Politique
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Lundi 5 mai 2008
A mon blog "La Zona : la guerre des classes", j'ajoute aujourd'hui une critique du film rédigée par Fabien Lévy, étudiant, 18 ans, réalisateur de plusieurs courts métrages de qualité.

La ZONA, propriété privée

 

Premier film long du réalisateur mexicain Rodrigo Pla avec Daniel Gimenez Cacho (la mauvaise éducation 2004), Maribel Verdu, Carlos Bardem.

 

 

Au Mexique, à l’heure où les enlèvements surviennent à la même fréquence que les vols à l'arraché de portable en France, les personnes aisées se sentent de plus en plus menacées ; le problème de l’insécurité a largement dépassé celui de pays comme le notre.

 

Dans ce pays d’Amérique Latine, la fracture sociale est très nettement visible et le climat d’insécurité ne fait que renforcer les inégalités de conditions de vie. C’est ce contraste très marqué que nous fait découvrir le film « la Zona » à travers un magnifique scénario tenant autant de la fiction que de la réalité.

 

Dans un tel climat, l’insécurité justifie aujourd’hui les moyens comme par exemple la construction de zones barricadées à l’intérieur desquelles se retrouvent de riches propriétaires craintifs du contexte national : ainsi la Zona est l’un de ces territoires privés où de riches propriétaires se sentent en sécurité grâce à des infrastructures de surveillance hyper développées.

Mais alors que ses habitants se renferment un peu plus chaque jour sur une haine injustifiée envers la populace des bidonvilles, une brèche s’ouvre accidentellement sur le mur de la Zona ; et quand les habitants apprennent le drame qui arrive dans une des somptueuses propriétés de la zone, une panique irrationnelle s’installe.

 

Cette panique visible sur les visages, audibles par les coups de feu tirés illégalement par des propriétaires prônant la légitime défense, ressentie dans cette envie de traquer la bête entrée dans la zone, est volontairement amplifiée au conseil de sécurité de la Zona – une sorte de comité de propriétaires où des délégués prennent les décisions pour l’ensemble du campus –.

Alors que deux cambrioleurs ont été assassinés dans leur tentative de fuite, une dernière bête reste à abattre : après un vote – sur la question de faire appel à la police – qui fait l’unanimité au sein du conseil de la Zona grâce aux arguments propres à une vengeance insensée, la chasse est ouverte.

Les tentatives d’un inspecteur de police de mener une enquête seront-elles écrasées par le problème qui touche plus que jamais la police mexicaine ? Le chasseur réussira-t-il à s’emparer du gibier ? Quel impact auront les événements sur les habitants de la Zona ? Qu’en sera-t-il pour la pauvre mère du jeune coincé dans les grilles de la haine ? Retrouvera-t-elle son fils 

A travers de magnifiques plans, une mise en scène spectaculaire et des acteurs de qualité, le réalisateur nous ouvre grands les yeux sur un pays corrompu où la sauvagerie humaine est à son paroxysme. Que se passe t-il quand ceux qui se sentent traqués au point de se renfermer dans des ghettos barricadés matériellement riches, traquent pour défendre leur patrimoine mais surtout pour obéir aux dures lois de leur désir irrationnel de sécurité qui vire à la haine ?

 

 

par Jean Lévy
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