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Le Point -

 

Ces logiciels qui prédisent les crimes

 

Le croisement de bases de données permet de dresser des cartes intelligentes qui se rapprochent dangereusement des pires cauchemars de la science-fiction.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration.
 
 
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Vous vous souvenez de Minority Report, ce film dans lequel Tom Cruise incarne un policier d'une unité spéciale qui arrête et fait condamner des criminels pour des crimes qu'ils n'ont pas encore commis ? Chaque jour, on s'en rapproche un peu plus. Grâce à des logiciels et à des algorithmes, les forces de l'ordre de plusieurs pays essaient de prédire les crimes et les délits, pour empêcher qu'ils ne se produisent. Dans leur grand mixeur informatique, ils placent les statistiques issues de leurs propres fichiers (police, justice, etc.), mais aussi les données fournies par les sociétés de transport en commun, par l'Éducation nationale ou encore par les gestionnaires d'immeubles HLM. Le mélange est distillé par un algorithme, qui projette sur une carte des zones jugées « à risque ». Et les policiers s'y rendent en priorité.

Ces logiciels s'appellent PredPol aux États-Unis, ou Corto en France, et sont en effet efficaces pour traduire, de façon lisible, des montagnes de données qu'aucun cerveau humain ne pourrait prendre en compte aussi largement. C'est pourquoi ils sont vendus à prix d'or par des entreprises spécialisées. Selon Le Canard enchaîné, la municipalité PS de Lyon a « claqué 198 000 euros en 2013 » simplement pour mettre à jour sa version de Corto. Le logiciel est donc une ligne de budget importante et durable, ce qui a peut-être redoublé la motivation des gendarmes français à développer leur programme maison.

Le paradis des pirates

Le véritable problème de ces logiciels apparaît lorsqu'ils jouent aux apprentis sorciers. Non contents d'afficher sur leur carte les événements passés, ils essaient d'y ajouter des prédictions futures, grâce à des algorithmes de plus en plus complexes. S'il est louable de prédire, grâce à des faits passés, que la délinquance sera plus importante dans telle ou telle zone, il serait tout de même inquiétant de voir des officiers de police obéir uniquement à un algorithme. Aide à la décision, oui, mais officier de substitution, non !

Autre problème potentiel : le détournement à d'autres fins que la sécurité des citoyens. Non seulement les données peuvent être piratées plus facilement si elles sont réunies en un seul espace, mais en plus les logiciels permettent de tout faire. Corto, édité par le français Spallian, propose par exemple aux candidats aux élections de « projeter, croiser et analyser l'ensemble des données politiques disponibles dans une circonscription afin de mener une campagne gagnante ». Un mélange des genres qui, s'il peut être encadré, pose nécessairement des questions sur la sécurisation des données publiques et sur la déontologie de ceux qui les utilisent.

Tag(s) : #Libertés