Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A Londres, le métro, c'est bouclé : les travailleurs font grève p)our la seconde fois dans la dernière période
A Londres, le métro, c'est bouclé : les travailleurs font grève p)our la seconde fois dans la dernière période

A Londres, le métro, c'est bouclé : les travailleurs font grève p)our la seconde fois dans la dernière période

Blog d'information et d'analyse des mouvements politiques

 

Le Parti travailliste s’apprête à changer de tête.

Jeremy Corbyn est devenu favori de l’élection interne

sur un programme anti-austérité.

Londres (Royaume-Uni), envoyé spécial.

Ah ça, pour une surprise, c’est une surprise !

Voyez la scène rapportée dans la presse anglaise, qui raffole toujours du détail qui tue : au cours d’un meeting rassemblant, comme à chaque fois, des centaines de partisans, Jeremy Corbyn, candidat à la tête du Parti travailliste (Labour) et figure méconnue jusque-là de son aile gauche (lire l’Humanité du 4 août), s’ennuie ferme quand un de ses collègues député développe son plan pour les panneaux solaires ; le voilà qui décroche un instant, il fouille dans les poches de son pantalon, il en sort un billet de cinq livres sterling, et il n’en revient pas de sa découverte. C’est incroyable, le député antiguerre, anti-austérité, antiprivatisation – à des années-lumière de Tony Blair – en fait une tête, la bonne fortune de la gauche était là, et personne, même pas lui, ne le savait.

En Grande-Bretagne, l’accident de l’Histoire se profile à l’horizon. C’est ce mercredi à midi que les listes électorales pour la désignation, le 12 septembre prochain, du futur chef du Labour seront bouclées. Contre la somme modique de trois livres sterling – un peu plus de quatre euros –, ou même gratuitement pour les adhérents des grandes fédérations syndicales affiliées au Parti travailliste, les « sympathisants » du parti ont pu s’enregistrer afin de participer, au même titre que les membres du Labour, au scrutin. Avant sa déculottée aux législatives au printemps – doublée d’une percée des forces anti-austéritaires avec les autonomistes écossais du SNP et les Verts –, le Parti travailliste comptait 200 000 membres environ. 70 000 ont adhéré dans la foulée du scrutin. Et d’après les chiffres, avant même la date limite pour les inscriptions, 120 000 sympathisants se sont inscrits pour voter par la poste ou par Internet à partir de vendredi prochain.

Des agents du métro londonien en grève la semaine dernière

En changeant l’année dernière le mode d’élection au sein de leur parti et en abandonnant un mécanisme de suffrages censitaires où les parlementaires faisaient la décision, les dirigeants du Labour, convertis dans leur écrasante majorité depuis des décennies à l’intégrisme néolibéral, n’ont pas vu venir la sortie de route : ils voulaient un patron à l’image de la société, plus en phase avec les humeurs des « gens ordinaires », et ils vont l’avoir ; juste, ils n’auront peut-être pas celui qu’ils espéraient car dans leur approche des aspirations populaires, ils semblent s’être trompés sur toute la ligne…

« Je capte l’espoir du peuple d’en finir avec l’austérité », explique simplement Jeremy Corbyn, interrogé sur les foules qui se pressent pour l’entendre. Il suffit d’ouvrir les yeux, en effet. Voici le paysage, rien que sur ces derniers jours.

Des agents du métro londonien en grève la semaine dernière, pour la deuxième fois en moins d’un mois, pour défendre leurs acquis sociaux et refuser la « négociation » avec le revolver sur la tempe destinée à leur imposer plus de travail de nuit.

Des activistes qui, samedi, dans l’est de la capitale anglaise, organisent une visite guidée de Tower Hamlets, un quartier populaire soumis à l’appétit des promoteurs. « Des promoteurs de misère, devrait-on dire, souligne Amanda Bentham, une institutrice membre de la coalition Stop the blocks. Pour assurer leurs profits immédiats et pour livrer le quartier aux riches, ils prennent les espaces publics, ils chassent les habitants de leurs maisons et organisent le nettoyage social. » Illustration en creux, lundi matin, dans un petit lotissement du nord de Londres – Sweets Way – où une centaine de militants ont réussi à empêcher l’expulsion d’un père handicapé et de ses enfants pour livrer le terrain à la spéculation immobilière.

Et hier, mardi, à la National Gallery, le célèbre musée qui abrite une collection de Giotto, Raphaël, Vermeer, Van Gogh et tant autres, les agents qui ont cessé le travail pour une durée illimitée afin de protester contre l’externalisation de 400 de leurs emplois publics (sur 600 au total).

Alors que le gouvernement conservateur de David Cameron repart sur les chapeaux de roue pour parachever la besogne de Thatcher en poursuivant le démantèlement de la protection sociale, en attaquant les droits syndicaux et en asphyxiant les derniers services publics par les coupes budgétaires, Jeremy Corbyn, en tête dans tous les sondages pour l’élection interne au Labour, propose résolument une autre voie, quand la majorité des députés travaillistes, et ses trois rivaux pour la direction du Labour, se contentent, au mieux, de protester mollement tout en s’inclinant devant le fameux « There is no alternative » (Tina, « il n’y a pas d’alternative »).

De quoi susciter la rage des blairistes, qui, après avoir raillé le « marxiste dépassé » qu’est, à leurs yeux, le favori surprise de l’élection, dénoncent, mauvais perdants en puissance, « l’entrisme » de militants « communistes » ou « gauchistes » et appellent à « arrêter cette folie ». « L’entrisme, s’il existe, c’est le fait des anciens travaillistes qui avaient quitté le parti il y a des années et surtout des jeunes générations qui n’en peuvent plus de ces politiques qui tuent tous leurs espoirs, répond Jeremy Corbyn, en haussant les épaules. Nous devrions tous nous en réjouir. » Au bas du formulaire d’inscription pour le vote, les « sympathisants enregistrés » doivent s’engager à « soutenir les objectifs et les valeurs du Labour ».

Demain, si le candidat anti-austérité l’emporte à la surprise générale des élites britanniques, ces « objectifs » et ces « valeurs » risquent d’être passablement chamboulés et la longue parenthèse du blairisme pourrait être fermée. Les détails qui tuent ou les accidents de l’Histoire ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

source:http://www.humanite.fr/grande-bretagne-retour-surprise-de-la-gauche-581328

 

Tag(s) : #Europe
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :