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Les médias, la Syrie et le rapport à la vérité,  par Chokri Ben Fradj
Les médias, la Syrie et le rapport à la vérité,  par Chokri Ben Fradj

"canempechepasnicolas" : 

En fait, les journalistes français ne sont pas des "hommes libres". Ils appartiennent à des médias qui sont tous la propriété de financiers, de grands patrons ou qui dépendent du gouvernement, fondé de pouvoir du capital...

Les hommes de plume de celui-ci ne sont pas recrutés pour "dire la vérité", mais pour imposer au public les idées conformes aux intérêts de ceux qui possèdent moyens de production et d'échange et le pouvoir d'Etat à leur service.

Comment, dans ces conditions, attendre des journalistes de des informations objectives conformes à la vérité ?

 

Les médias français et la Syrie : 

désinformation et déraison « entre amis »

 

La crise syrienne entrera, dans quelques mois, dans sa cinquième année sans que son terme se dessine vraiment à l’horizon. Depuis son déclenchement, en mars 2011, je me suis efforcé de suivre le traitement que lui ont réservé les médias français.

Et je suis bien obligé de dire que j’en suis tout simplement sidéré. Je le suis d’abord par la suffocante mauvaise foi et l’effarante partialité dont ces médias ont fait et font toujours preuve chaque fois que la discussion porte sur la situation en Syrie. Je le suis, ensuite, par l’ampleur de l’ignorance et l’étonnante légèreté - prévalant chez ceux qui en ont si souvent parlé dans ces médias – des réalités de ce pays comme – de manière plus générale - de celles de l’espace géoculturel auquel il appartient.

Du jour au lendemain, des journalistes - ne s’étant, dans leur écrasante majorité, jamais intéressés auparavant à la Syrie - se sont mis à débiter « leurs vérités » à son propos, « vérités » allant, bien entendu, toujours et systématiquement dans le même sens.

Et cela, visiblement, pose forcément un gravissime problème à la fois déontologique et démocratique.

Une petite question trotte dans mon esprit à ce sujet et j’aimerai bien que quelqu’un « du métier » veuille bien y répondre sérieusement : Quelle mission au juste devrait se fixer un journaliste dans un Etat de droit, en matière de politique étrangère ?

Doit-il s'aligner mécaniquement sur le discours officiel jusqu'à en faire le sien et en devenir ainsi le porte parole obéissant ou bien devrait-il, au contraire, veiller constamment à prendre ses distances avec ce discours et ceux qui le professent afin de préserver sa liberté de jugement et d'appréciation ?

Loin d’être anodine, cette question est devenue incontournable car nous sommes ici, je crois, réellement en présence d’un problème particulièrement inquiétant.

La position officielle des dirigeants français actuels (héritée, du reste, du gouvernement précédent) à l’égard de leurs homologues syriens est de notoriété publique. Elle est faite, depuis 2011, d’une farouche hostilité devenue, avec le temps, quasi-pathologique. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, se charge, d’ailleurs, régulièrement – avec son « talent et sa finesse de jugement habituels » - de la réaffirmer sans ambigüité. Cynique et objectivement insensée, elle est très difficilement défendable. De par la « logique » qui semble la déterminer, cette position n’est, du reste, pas sans lien avec la débâcle idéologique et éthique des socialistes français de ces dernières décennies, comme de leur criante incapacité de rompre avec les errements d’un passé pas si lointain (j’y reviendrai).

Les médias français auraient donc pu aisément – s’ils l’avaient voulu - trouver ici, largement matière à dénoncer cette position en en montrant les aberrations et les inconséquences. Or, non seulement, ils ne le firent pas mais ils s’appliquèrent,, presqu’unanimement, à l’étayer et à la justifier, comme si leur rôle consistait – au mépris de tout principe déontologique – à s’asseoir sur la vérité pour servir de porte voix au pouvoir et à ceux qui le détiennent.

En tout cas, pour un observateur attaché à son libre arbitre, assister, en direct - et sans le moindre motif raisonnablement soutenable - à la transformation des médias d’un pays supposé démocratique en une vulgaire arme de guerre contre un Etat étranger souverain, était à la fois choquant et intolérable. Voir l’information si bassement instrumentalisée au service du conditionnement et de la manipulation de l’opinion publique française rappelle, en effet, des époques sombres que l’on croyait révolues...

 

Pourtant, l’incroyable lavage de cerveau – nourri des mensonges les plus éhontés - ayant accompagné, aux Etats unis, la préparation de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, est encore dans toutes les mémoires de ceux ayant vécu ce honteux moment de l’histoire contemporaine. C’est à croire que la Syrie a fait perdre la tête (à quelques rares exceptions prés) aux journalistes occidentaux et tout particulièrement français qui en ont parlé ces dernières années. Elle les a rendus quasiment fous. Le rouge, le noir, le blanc, le gris, le vrai, le faux, le décent et l’indécent, le légitime et l'illégitime, le rationnel et l'irrationnel, l'honnête et le malhonnête se sont télescopés à l'intérieur de leurs cerveaux, dans une immense pagaille dont la principale victime fût indiscutablement leur capacité de discernement.

 

Certes, au bout de quatre années d'une hallucinante offensive médiatique anti "régime syrien" (déclenchée d'un seul coup comme sous la conduite d'un chef d'orchestre invisible), le délire a fini par s'essouffler, le filon s'étant largement épuisé. Après avoir occupé le devant de la scène des années durant, la Syrie a, donc, aujourd'hui, presque disparu des radars de nos si chers médias. Malgré de pressantes incitations, le vent n'a pas daigné avoir l'élégance de souffler dans le "bon sens" si ardemment souhaité par les "maitres du monde" et leurs serviteurs régionaux. Le dit " régime syrien " s'obstine, en effet – « quel "manque de savoir vivre, décidément » - à ne pas vouloir s'effondrer.

Pire encore :

Non seulement il résiste, mais il est en train de repasser (et ceux qui continuent à suivre de prés ce sujet le savent pertinemment), méthodiquement à la contre offensive. Appuyée par ses puissants alliés iraniens, libanais (avec qui la Syrie forme désormais un redoutable « axe de la résistance ») et russes, l’armée nationale syrienne est, en effet, aujourd’hui, plutôt bien partie pour venir à bout, à terme, de ses ennemis. Ses stratèges - instruits par l’expérience acquise sur le terrain- maitrisent, en effet, à présent, la bonne manière de contrer les méthodes des fossoyeurs de la Syrie et de son peuple.

Non seulement, cette armée reste solide et ne s’est absolument pas décomposée, mais elle continue (avec ses alliés libanais) à se battre, avec courage et détermination, pour défendre sa terre et sa patrie. Cette très sale guerre à laquelle l’armée syrienne est contrainte de faire face ne ressemble-t-elle pas, d’ailleurs, ( tiens… comme c’est curieux et fort révélateur à la fois ) très étrangement, à ces abominables guerres criminelles de destruction, de sabotage et de terreur, décidées et fabriquées de toutes pièces par l’ancien président américain Ronald Reagan ( et menées – comme actuellement en Syrie - par mercenaires et collabos interposés ) en Amérique latine, notamment contre les sandinistes et leur régime progressiste au Nicaragua dans les années 80 ?

 

La nature du conflit syrien ne rappelle-t-elle pas aussi celles de ces guerres, du même genre, menées par l’ancien pouvoir de l’Apartheid en Afrique du sud contre ses deux voisins angolais et mozambicain à la même époque ou encore ce que fût le conflit afghan, de ses débuts jusqu’au années 90, quand les américano- saoudiens s’attachèrent massivement à l’alimentation militaro-idéologique de « la guerre sainte » contre l’ancien pouvoir socialiste « mécréant » installé à Kaboul ( avec le soutien soviétique ) de 1978 à 1992 ?

La réponse, ici, se trouve dans la question.

Il suffit de la déchiffrer.

Nos chers médias français ont donc, apparemment, le cafard. Ils sont démoralisés pour avoir investi en pure perte – en suivant le sillon de l’oligarchie occidentale et de ses alliés – tant de temps et d’énergie pour la réalisation d’un objectif (en réalité indéfendable et totalement absurde) qui ne semble pas se décider à se réaliser. Ils y ont cru, pourtant, à un certain moment et leurs archives sont bien là pour le prouver.

Dans ce genre de choses, cependant, croire ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir, mais là les fameux « spécialistes de la Syrie » ne semblent pas l’avoir compris. Le fait est là en tout cas : plus de 4 ans après le début de l’agression étrangère contre la Syrie, le président syrien est encore bel et bien en place et son régime n’est toujours pas prêt de tomber.

Qu’est- il donc arrivé à nos chers médias pour qu’ils perdent ainsi le nord ?

Tout indique, à vrai dire, que leurs précieux « experts » ont, tout bêtement, raté plusieurs marches de l'escalier ainsi qu’une majeure partie du film et qu’ils n’en ont pris conscience que très tardivement. C’est pourquoi probablement préfèrent-ils, depuis quelque temps, se faire un peu oublier.

 

Oui, mais voilà, moi, je n'ai rien oublié et je n'oublierai pas. Dans ma mémoire est gravé, pour toujours, le déchainement de haine et de mépris, digne des médias d'un régime totalitaire, qui - par intoxication et désinformation systématiques interposées - cherchait non seulement à disqualifier l'Etat syrien et à délégitimer ses dirigeants, mais aussi à promouvoir, en lieu et place, une bande de minables fantoches et de mercenaires surgis de nulle part. Grassement payés, par leurs employeurs régionaux et occidentaux, pour servir de couverture politique à la guerre engagée contre la Syrie, ces pantins ont été présentés par les médias français comme l’incarnation d’une « alternative démocratique » au gouvernement légitime de Damas (toujours reconnu comme tel par l’écrasante majorité des Etats du monde.)...

 

Ayant, pour la plupart, quitté la Syrie depuis des décennies sans jamais y retourner, ces pitoyables clowns sont de purs opportunistes dépourvus de tout projet crédible pour leur pays d’origine. En outre, très largement influencés par l’islam radical à la sauce saoudienne (autrement dit wahhabite), ils ne sont réellement unis que par la haine qu’ils portent à l’Etat syrien laïc et à ses dirigeants.

Plus choquant encore : ces supposés « patriotes » allaient vite s’illustrer par une initiative lourdement significative en décidant de bannir - de leurs publications, comme lors de leurs réunions ou manifestations diverses - le drapeau national syrien actuel (celui de l’indépendance et de la fierté nationale) pour lui substituer celui en vigueur à l’époque du mandat français sur la Syrie, autrement dit le drapeau de la Syrie coloniale.

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Nos chers amis des médias français ont, bien évidemment, pris bien soin de passer tout cela sous silence , de la même façon, d’ailleurs, qu’ils se sont totalement abstenus de commenter – et encore moins de critiquer – cette lamentable scène surréaliste se déroulant à l'Elysée, fin 2012, montrant le si "clairvoyant" président Hollande en train d'adouber - à la manière d'un seigneur féodal - les chefs de cette si dérisoire opposition syrienne , les déclarant ( rien que çà ) « seuls représentants légitimes du peuple syrien » aux yeux de la France. Ce jour là, pourtant, il y avait, réellement, de quoi s’interroger – devant pareil spectacle - sur l'état mental des dirigeants français et sur la très inquiétante et très glissante pente sur laquelle ils étaient en train de s’engager

Or, les médias français, eux, n’y ont vu aucun mal, comme s’il s’agissait d’un évènement on ne peut plus normal. Certes, la baudruche s’est, depuis, largement dégonflée, mais l'incroyable escroquerie morale et politique, inhérente à cette démarche, n’a jamais été dénoncée par les médias. Elle ne s'effacera pas, pour autant – j’en suis persuadé - de sitôt des esprits. Est-ce tout ? Fort malheureusement, non.

Nous sommes ainsi en droit d’interpeler nos chers amis des médias français sur la validité des informations qu’ils nous ont, sans interruption, débité sur la Syrie depuis 2011. On peut déjà parier que la très grande majorité des prétendus « experts » de ce pays, n’y ont jamais mis les pieds. Comment peuvent-ils, dans ces conditions, se montrer si catégoriques et si affirmatifs dans ce qu’ils nous racontent ?

D’où détiennent-ils donc les chiffres qu’ils avancent concernant, notamment, le nombre des victimes de ce conflit ? Par quels moyens, rigoureux et vérifiables, les ont-ils obtenus et comment ont-ils réussi à identifier, avec certitude, les vrais responsables des crimes (réels ou imaginaires) qu’ils dénoncent?

Croyaient-ils sérieusement que les dizaines de milliers de militaires et de civils, de toutes confessions, assassinées, dans des conditions affreuses, pour la simple raison d'appartenir à telle ou telle confession ou pour être restés fidèles à leur pays et à leur Etat, ont été massacrés par ce « si méchant Bachar "qu’ils n’ont pas cessé, à tort et à travers , d’ accabler de tous les crimes et de tous les méfaits ?

Quant aux autres victimes, qu’espéraient donc, nos chers journalistes français ? Qu’un Etat massivement envahi et attaqué sur son propre territoire – avec la complicité directe et active de pays étrangers - par des hordes de barbares lobotomisés, recrutés sur place ou venus – par dizaines de milliers - de partout pour y semer, destruction, mort et désolation - les accueille avec fleurs et fanfares ?

Il ya certes beaucoup de morts civils dans une sale guerre de ce type, (ainsi d’ailleurs que dans toutes les guerres, les millions de victimes « non combattantes » du second conflit mondial en étant la parfaite illustration) mais qui en est, dans le cas présent, le tout premier responsable ? Celui qui se bat pour défendre sa terre et son peuple ou les fous furieux acharnés à agresser et à martyriser ce dernier ? N’importe quel Etat au monde (aussi démocratique soit-il) aurait réagi de la même façon que l’Etat syrien s’il s’était trouvé confronté à la même situation.

Cela, les faiseurs d’opinion français (qui ne sont tout de même pas idiots) le savent parfaitement, bien évidemment, mais veillent très attentivement à ne jamais le mentionner. La même coupable défaillance ne se retrouve-t-elle pas, d’ailleurs, au niveau des sources auxquelles se réfèrent les médias français au niveau de leur relation du conflit syrien en général ?

En tant que citoyen, j’aimerai bien savoir s‘ils ont jamais pris, une seule fois, la peine de s’interroger sur leur sérieux comme sur leur crédibilité et s’ils ont fait l’effort – comme le dicte leur devoir déontologique - de les confronter à d'autres sources, indépendantes et vraiment impartiales " ?

Des journaux - tels "le Monde" ou "Libération"- Résultat de recherche d'images pour "Les médias français et la Syrie Images"Résultat de recherche d'images pour "Les médias français et la Syrie Images"

 

sont souvent cités en référence, mais sans jamais souligner le fait que ces derniers ont, depuis le tout début de la crise syrienne, choisi très clairement leur camps : celui du soutien aveugle et inconditionnel à ce qu’ils appellent, sans rire, la « révolution syrienne » sans s’être jamais encombrés des règles les plus élémentaires de la profession et de l’éthique journalistique.

Et quand ce ne sont pas des journaux français (et plus généralement occidentaux) qui servent de « sources », c'est quasi exclusivement auprès du fameux "observatoire syrien des droits de l'homme" (officine de propagande des frères musulmans, adversaires historique de l’Etat syrien et très liés à ses ennemis actuels) que l’on va chercher « l’information ».

En agissant de la sorte, les médias français prennent-ils donc l’ensemble de leurs auditeurs – lecteurs pour de simples gogos ? Espèrent-ils que les gens raisonnables et dotés d’intelligence, ingurgitent, illico, une information aussi grossièrement biaisée ?

A la guerre comme à la guerre, me diriez-vous, mais, dans ce cas, il valait mieux que ces médias jouent carrément franc jeu en évitant, si possible, de nous prendre pour de vulgaires imbéciles.

Vous souhaiteriez, peut-être, chers amis des médias français, que je sois plus précis. Eh ben, volontiers : Pourriez- vous me dire, s’il vous plait, pour quelle raison au juste vous vous êtes systématiquement abstenus, depuis 2011, de donner la parole, ne serait-ce qu’une seule fois, à un quelconque représentant de l'Etat syrien pour qu'il puisse, à la fois, commenter les chiffres que vous avancez et exposer le point de vue de son gouvernement sur les évènements en cours dans son pays ? 

Les représentants de la prétendue « opposition syrienne » en France, paradaient, pourtant, en permanence sur vos plateaux et antennes. Ils pouvaient, ainsi, en toute liberté et sans être contredits le moins du monde, raconter leur propre « version » de ce qui se passe en Syrie. Il a fallu attendre quatre ans de guerre pour qu’une chaine publique (à savoir France 2) se décide à donner la parole au président syrien Bachar Al Assad. Toutefois – et outre le fait que les déclarations de ce dernier furent largement et très arbitrairement amputées au moment de leur diffusion à l’antenne - l’impression dominait, ce jour là, que c’est plutôt, à une sorte de procès en règle du président syrien qu’on assistait, par journaliste français interposé, et nullement à une démarche honnête permettant d’éclairer le public sur les vraies positions de l’Etat syrien.

Pourquoi donc un tel choix ?

Pourquoi cette si flagrante discrimination ?

Pourquoi un tel parti pris ?

Sans doute parce que nos chers médias craignent, plus que tout, d’être confrontés – lors d’un débat contradictoire et loyal, qu’ils auraient parfaitement pu organiser – à la parole des « autres », celle qui pourrait très rapidement pulvériser le discours préfabriqué sur la guerre en Syrie auquel ces médias sont si attachés.

Ceci a, d’ailleurs, toujours été la méthode des lâches et des escrocs que d’agir ainsi. Empêcher ceux qu’on s’est choisi comme adversaires de s’exprimer sur les médias, c’est empêcher leur voix de parvenir au grand public afin de pouvoir procéder plus facilement à son conditionnement et au lavage de son cerveau ?

Tous les dictateurs et les fascistes d’hier et d’aujourd’hui, le savent parfaitement, mais, entre nous, chers amis des médias français, quel aveu de faiblesse.

Pourquoi, donc, boycotter la parole de l’autre si vous êtes vraiment sûrs d’être dans le vrai ? En fait, plus j’avance dans ma réflexion sur ce sujet, plus une conviction toute simple s’impose à moi….comme une évidence. Je la formulerai ainsi : C’est, avant tout, pour avoir refusé de « singer » la démarche d’indignité, de servitude et de renoncement adoptée par la quasi-totalité des dirigeants arabes actuels, en devenant un simple rouage de la domination occidentale dans la région, que la Syrie et aujourd’hui si durement frappée ; c’est aussi pour s'être montrés jaloux de leur indépendance de choix et de décision comme de la défense acharnée de leur souveraineté nationale que l'Etat syrien et ses dirigeants se trouvent si détestés par l’oligarchie dominante, relayée par nos chers médias.

L’évocation de la question démocratique dans ce pays (réelle mais guère propre à la Syrie) ne joue ici que son habituel rôle de diversion : celui d’un vulgaire prétexte prétendant camoufler les vraies motivations des agresseurs. Les précédents, dans ce domaine, sont si éloquents pour qu’il soit nécessaire d’en dire davantage. L'actuelle guerre contre la Syrie a été, pour parler encore plus clairement, déclenchée par ceux aux yeux desquels la simple évocation de la souveraineté nationale des peuples constitue une intolérable grossièreté.

Nos amis des médias français - qui vivent et travaillent dans un pays dont la souveraineté n’est plus, depuis si longtemps, qu’un lointain souvenir, noyée, comme elle est, dans le double marécage de la mondialisation néolibérale et de son relais continental, l’union européenne - ne sont probablement plus capables, intellectuellement parlant, de percevoir la notion de souveraineté autrement que comme « un affreux anachronisme », incompatible avec les postulats de la « néo-modernité triomphante ».

De ce fait, ils se condamnent – et c’est là l’une de leurs grandes faiblesses – à ne plus pouvoir saisir l’importance capitale que ce principe peut revêtir, dans l’imaginaire politique des autres peuples, et tout particulièrement de ceux ayant déjà subi, dans leur chair, la traumatisante expérience coloniale. Ils ne peuvent pas comprendre, ces chers amis des médias français, ce que veut dire réellement le patriotisme et le lien organique qu’il peut avoir avec une certaine mémoire historique spécifique à chaque peuple, surtout quand les « donneurs de leçons » sont originaires de l’ancien pays colonisateur et qu’ils n’hésitent pas à épouser, comme dans le cas présent, une cause aussi abjecte, colorée de haine, de rejet mais aussi –il faut le dire très fort – d’un indiscutable racisme.

Familier de la pensée politique française, je peux affirmer que l’un des handicaps majeurs de l’oligarchie française (y compris dans sa composante médiatique) réside dans son incapacité structurelle de rompre avec la bonne vieille idéologie coloniale et avec ses différents postulats.

Elle en est tellement imprégnée depuis des siècles que cette idéologie est devenue une donnée culturelle majeure inséparable de son identité et de sa vision du monde. Dans son miroir médiatique et dans la lecture que ladite oligarchie privilégie de ses rapports avec les pays du sud, continue, en effet, à l’emporter une logique et des réflexes (souvent associés à un paternalisme se prétendant bienveillant) excluant, dans les faits, tout rapport véritablement égalitaire respectueux des droits fondamentaux et de l’indépendance des deux protagonistes.

 

Très objectivement, je pourrai dire que ces rapports demeurent, sous des « appellations rénovées », semblables à ce qu’ils étaient « au bon vieux temps des colonies, ». Ce sont toujours – et dans tous les domaines - ceux de dominants à dominés ou de seigneurs à esclaves. Les courbettes - factices et hypocrites – que les représentants de l’oligarchie française (et occidentale en général) concèdent aux rois du pétrole ne doivent, dans ce sens, pas faire illusion. Elles cachent, en effet, un très profond mépris – à peine dissimulé - à l’égard de ces « chameliers primaires et incultes » que « la nature mal faite – comme disait un ministre de Georges W. Busch - a installé sur un océan de pétrole ».

Raison de plus pour ne pas prendre de gants avec les autres pays du sud. Cette amère réalité s’est, à de très nombreuses reprises, illustrée, dans les décennies précédentes, autant en Afrique qu’en Asie et en Amérique latine avec la liquidation pure et simple de dirigeants réfractaires à la domination occidentale et le renversement des régimes progressistes ou nationalistes dont ils étaient l’incarnation. Avec son soutien indéfectible au hezbollah - le puissant mouvement de résistance libanaise (que les israélo-américains et leurs alliés régionaux rêvent, depuis longtemps, de briser mais, jusque là, sans y parvenir ) , avec - et ce point me parait absolument capital - son refus obstiné de capituler devant l’état d’Israël, en signant, avec lui, une paix aussi honteuse que chimérique ( sur le modèle des accords israélo-palestiniens d’Oslo ou de ceux, israélo-égyptiens de camp David ), avec ses solides alliances stratégiques avec l'Iran et la Russie, avec, enfin, ses étroites amitiés avec nombre de pays du sud , l'Etat syrien ne pouvait donc échapper à la règle commune très arbitrairement établie par l'oligarchie occidentale.

Après l’effondrement du nassérisme en Egypte, la destruction de l’Irak de Saddam Hussein et de la Libye de Kadhafi, le régime syrien actuel ne pouvait, en effet, apparaitre, dans le regard de l’oligarchie occidentale, que comme une sorte de survivance baroque dont il faut impérativement se débarrasser.

En un mot, l’Etat syrien est – comme le préconisait très franchement Laurent Fabius lors d’une visite en Turquie en août 2012 - « à abattre », ses ennemis rêvant de lui substituer une sorte d' "entité eunuque" impuissante et disloquée qui – parce que neutralisée politiquement, économiquement et militairement – sera à la merci de l’occident comme de ses alliés régionaux.

Et s’il faut, pour atteindre cet objectif, s’allier aux pires groupes criminels et terroristes de la terre, pour les instrumentaliser comme fer de lance de cette « si noble cause », eh ben soit. Notre fière oligarchie n’y voit aucun inconvénient. Que cela se fasse au prix d’innombrables massacres, de la destruction de la Syrie, de l’anéantissement de sa civilisation et de son irremplaçable patrimoine historique...ne constituent pas vraiment le genre d’arguments de nature à peser dans la balance de notre si chère oligarchie.

L’ennui c’est qu’en lieu et place d’une « libération de la Syrie » à la manière occidentale et plus précisément américaine (le modèle irakien servant de référence avec les résultats que l’on sait), c’est dans un enfer généralisé que les ennemis de la Syrie risquent, à présent, de plonger l'ensemble de la région. Tout cela, les médias français (à moins d’être complètement déconnectés du monde) ne pouvaient pas ne pas le savoir et ce depuis le début du drame syrien.

Et pourtant, ils ne l’ont jamais réellement et sérieusement expliqué à leur public qu’ils sont, pourtant, sensés éclairer. Et pourquoi donc ce silence ? Allez donc savoir, braves gens…..

Cette nouvelle guerre coloniale menée en terre arabe a, toutefois, eu une conséquence imprévue par ses initiateurs que les médias occidentaux n’ont également pas du tout vu venir.

Et là, si j’étais à la place des dirigeants syriens, je ne manquerai pas d’en remercier les ennemis de la Syrie : « Grâce » à l’acharnement des ennemis de la Syrie contre le président Bachar Al Assad, celui-ci ainsi que le régime qu’il dirige sont, en effet, en train de devenir - dans le regard de la grande masse des patriotes et des progressistes arabes - le symbole, par excellence, de la double résistance des pays du sud, à la fois aux visées hégémoniques d’un occident impérialiste, aveuglé par sa volonté de domination, et aux idéologies de mort et des ténèbres qui en sont – quoique prétendent les dirigeants occidentaux - les alliés objectifs et les complices actifs.

Plus encore : la guerre de Syrie est en voie de muer, dans les yeux de plus en plus d’Arabes et de militants anti-impérialistes des pays du sud (auxquels, bien entendu, les médias occidentaux ne donnent jamais la parole) en une sorte de nouvelle guerre d’Espagne. Le président syrien et l’armée nationale syrienne y occupent la place des républicains et des démocrates et leurs ennemis celle des fascistes dirigés par Franco. L’Etat syrien mène, en effet, aujourd’hui, le même type de combat existentiel, pour la liberté et la dignité, que celui engagé par les républicains espagnols des années 30, à la différence prés que la Syrie de Bachar Al Assad ne sera, quasi certainement, pas vaincue. Chaque camp a ses alliés et c’est là que réside la tragique ironie de l’histoire : Alors qu’elles s’étaient engagées (quoique timidement) contre les fascistes lors du conflit espagnol, les démocraties occidentales adoptent, à présent, une attitude radicalement inverse. Se positionnant ouvertement à coté d’Etats totalitaires et ultra réactionnaires, berceau et organisateurs d’un terrorisme sanguinaire et ultra-obscurantiste, l’oligarchie occidentale marche, actuellement, sur la tête.

Tournant le dos aux principes fondateurs sensés régir leurs Etats dits démocratiques, ses dirigeants politiques semblent sombrer a dans une franche déraison.

Plus il durera, d’ailleurs, plus la signification de ce conflit syrien débordera de son cadre national et régional pour revêtir (de par sa force symbolique profonde) les traits d’une nouvelle lutte des peuples du sud contre la coalition des forces de l’agression et de l’oppression à l’échelle mondiale. Cette évolution, encore balbutiante aujourd’hui, aura demain – la chose me semble en bonne voie – un impact déterminant sur les rapports de force au niveau de la planète.

 

N’importe quel journaliste politique digne de ce nom l’aurait compris, mais vous, chers amis des médias français, vous ne semblez pas du tout en être conscients. Le train de l’histoire passe, pour la énième fois, devant vous en vous laissant, pantois, sur le quai. Puis-je savoir pourquoi ? Auriez-vous, un jour, le courage de le reconnaitre ? J’aimerai bien le croire, mais excusez mon scepticisme s’il s’avère profond.

D’autres questions continuent à cogiter dans mon esprit et j’aurai bien aimé que les médias français prennent la peine d’y répondre sérieusement : Que vous a donc fait, chers amis des médias français, le peuple syrien, pour que vous ajoutiez aux malheurs qu'il subit votre si détestable contribution ? On dit toujours que les Etats sont des monstres froids guidés uniquement par leurs intérêts, mais alors où est donc l'intérêt de la France à se conduire de la sorte à l'égard de la Syrie ?

Qu’espériez-vous donc obtenir, en tant que médias, en vous acharnant - des années durant – contre le président syrien Bachar Al Assad que vous n’êtes pas loin d’assimiler – comme, Saddam Hussein en son temps – à un nouvel Hitler ?

 

Avez- vous déjà oublié qu’il ya encore quelques années, ce même président était reçu en grandes pompes en France et que vos journalistes n’étaient pas les derniers à vouloir lui parler et à faire l’éloge de « sa jeunesse, de son ouverture d’esprit et de sa modernité » ? Certes, le président syrien n'est guère un ange, mais est-ce vraiment un scoop ?

 

Qui donc, parmi les autres dirigeants de la planète, peut raisonnablement prétendre à un tel qualificatif ? Alors, quand j’entends Fabius, notre impayable ministre des affaires étrangères, pousser, à intervalles réguliers, de grands cris d’indignation à propos d’un prétendu « dictateur syrien qui massacre son peuple et qui doit partir », je me demande vraiment quand ce monsieur, et vous avec, allez enfin cesser de nous prendre pour des analphabètes politiques ?

 

Et puis, pourriez-vous me dire au nom de quel droit les dirigeants français et occidentaux en général entendent-ils dicter au peuple syrien le choix de ses gouvernants et au nom de quels principes s'estiment-ils autorisés à exiger le départ du président actuel et à lui interdire de participer au processus politique sensé mettre, un jour, peut-être, un terme au conflit en cours ?

 

Nos chers dirigeants "socialistes" se croient-ils encore à l’époque où leurs lointains prédécesseurs nommaient et révoquaient directement et à leur guise les gouverneurs ou résidents généraux appelés à diriger les " possessions coloniales françaises" d'Afrique et d’Asie ? Entendent-ils appliquer à la Syrie les mêmes méthodes qu'en Afrique noire quand, il n'ya pas si longtemps encore, la France faisait et défaisait les présidents en place, et ce en fonction de leur niveau de soumission au bon vouloir de l'ex "métropole "?

Si le tandem Hollande et Fabius et leurs homologues occidentaux ne sont toujours pas au courant que les temps ont changé, il serait peut-être urgent que les « faiseurs d’opinion » se chargent de les réveiller.

La Syrie - gouvernée par un régime laïc - comptait, jusqu'il ya quelques années, parmi les pays les plus évolués du monde arabe. Là voilà en train d'être transformée en un champ de malheur et de ruines. Qui donc est à l’origine de ce désastre et qui devra en assumer les conséquences devant le peuple syrien martyr, devant les peuples arabes et devant l’histoire ?

L’oligarchie occidentale – à la mémoire lourdement chargée par les innombrables et innommables abominations commises dans les colonies et contre les peuples du sud, à partir du 16è siècle - n’a aucune leçon de démocratie et de liberté à donner aux peuples qu’elle écrasait, il ya encore quelques décennies, sous sa botte.

Vous nous parliez, chers amis des médias français, du « droit du peuple syrien à vivre sous un régime démocratique ». Ceci constitue, certes, une revendication légitime, mais avez-vous, un seul instant (ainsi que ceux que vous servez), laissé, depuis 2011, le temps aux Syriens pour qu’ils s’y attèlent ?

 

Croyez-vous vraiment que c’est en y répandant terrorisme, massacres et horreurs en tout genre que vous allez aider le peuple syrien à y parvenir ?

Et puis, dites moi, s’il vous plait, chers amis des médias français : avez-vous oublié où se trouve géographiquement la Syrie ?

Connaissez- vous l’état des libertés et des droits de l’homme chez ses voisins ?

Que faites vous donc du cas de la très sinistre Arabie saoudite, à coté de laquelle le « régime de Bachar Al Assad » - comme vous l’appelez avec une rage non dissimulée – représente, dans tous les domaines et de très loin, un phare de liberté, de modernité et de tolérance ?

Pourquoi donc ne dites vous pas aux français qu'en cette Arabie saoudite, si amie et si proche de nos charmants dirigeants, n'existent ni constitution ni liberté d’opinion ou de croyance, ni élections ni parlement ni partis politiques, ni syndicats, ni liberté de la presse ni médias autres que ceux à la botte de la famille royale, que le Coran et la charia ( dans leur lecture la plus rétrograde et la plus primaire qui soit ) y font la loi à tous les niveaux, que les femmes sont écrasées sous le poids d' un abominable statut moyenâgeux qui en fait des mineures à vie et de véritables esclaves des hommes, que la simple évocation de la démocratie ou de la laïcité est assimilable à une mécréance susceptible d’être sanctionnée par la décapitation en place publique ( au même titre d'ailleurs que l’homosexualité, l’adultère, le cambriolage, la sorcellerie, la consommation de drogues et j'en passe ), que les caisses de l'Etat et celle de la famille royale n'en font qu'une, que la corruption systématique chez les dirigeants y constitue un véritable mode de gouvernement et que c’est dans les écoles coraniques et les mosquées de ce pays que l’hydre obscurantiste et terroriste s’est nourri et a grandi avant de se propager – comme une métastase cancéreuse et avec la bénédiction des dirigeants politico-religieux de ce pays - dans l’ensemble du monde musulman ?

Que la France, chers amis des médias français, se soit laissée embarquer dans une alliance quasiment organique avec pareil Etat dépasse franchement tout entendement.

Mais pourquoi donc vous ne le dites pas?

Pourquoi vous ne soulignez pas non plus à quel point cette alliance (motivée, bien évidemment, par des considérations financières et économiques) est particulièrement désastreuse quant à la crédibilité du discours politique sur les « valeurs de la république », comme s’il était normal - selon la jolie formule consacrée – que « la main droite ne se sente pas concernée par ce que fait la main gauche » ?

Ne trouvez-vous pas, enfin, chers amis des médias français, qu’un Etat enfoncé, à ce point, dans des contradictions aussi inextricables, ne peut être que très mal outillé, idéologiquement et moralement parlant, pour prétendre réussir à contrer efficacement les courants obscurantistes, rétrogrades et intolérants à l’intérieur même de la France, ces derniers n’hésitant pas à s’engouffrer dans les brèches béantes - ouvertes par de si graves inconséquences de la classe dirigeante – pour s’atteler, chaque jour davantage, au grignotage méthodique du terrain pourtant conquis, de haute lutte, par la république depuis plus d’un siècle ?

A la réflexion, dois-je réellement m'étonner de cette manière si singulière, que vous avez, de traiter l'information ?

N'est-elle pas, tout simplement, le fidèle reflet de ce qu'est devenu le monde dans lequel nous vivons et qui se transforme, à une vitesse terrifiante, de plus en plus en une véritable " jungle" où les plus forts croient plus que jamais pouvoir s'octroyer, en toute impunité, tous les droits, à commencer par celui d'écraser et de piétiner qui bon leur semble en jetant, par-dessus bord , toutes les notions de droit, de vérité et de justice ?

Les choses étant ce qu'elles sont, pouvons-nous raisonnablement espérer de ceux ayant la supposée "noble mission" de nous éclairer et de nous informer, qu'ils se conduisent autrement ?

Que dire, pour terminer ?

Peut-être ceci : L’occident est, à bien regarder, bien étrange. Il ne cesse de m’intriguer mais aussi de terriblement me décevoir : capable de briller de mille lumières et de m’éblouir par l’exceptionnel génie de ses innombrables créateurs, il se laisse, pourtant, en même temps, et avec une énergie destructrice à peine croyable, entrainer vers des abimes sans fond qui sont la négation même de tout ce qu’il prétend être.

Cela ne vous a surement pas échappé, chers amis des médias français.

Pourquoi, alors, vous entend-on si peu à ce sujet ? Un jour viendra, sans doute, où il va falloir solder, d'une manière ou d'une autre, tous ces comptes de l’infamie, mais pourquoi donc attendre pour dénoncer l’intolérable et l’insupportable ?

On découvrira, immanquablement, à un moment ou à un autre, l’ampleur de l’'implication et de la collusion des différentes composantes de l'oligarchie occidentale dans le martyre actuel des peuples arabes.

Mais vous, chers amis des médias français, vous en connaissez déjà certainement un bon rayon.

Pourquoi, alors vous n’en dites rien ou pas grand-chose ?

Pourquoi attendre pour réagir. Tout homme lucide ne peut, pourtant, que facilement constater à quel point l’humanité est engagée désormais dans un processus autodestructeur sonnant le glas d’une certaine « civilisation » et annonçant l’avènement de l’ère de nouvelles barbaries. Le reconnaitre serait ni plus ni moins qu’un retour au réel et c’est – de la part de médias œuvrant dans un pays démocratique et respectant un tant soi peu leur mission – le moins que l’on puisse espérer.

 

Chokri Ben Fradj

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