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Quand syndicats britanniques et Parti communiste français  mettaient en garde contre la construction européenne ...

REPRIS SUR

Des images pour comprendre

Honteux d’avoir eu raison ?

Bien entendu, vous aurez noté que, dans ceux qui se prononcent pour d’autres politiques, et surtout dans la gauche radicale, on a une majorité de fervents défenseurs d’une “autre Europe”, démocratique et sociale, qu’il ne reste, évidemment, qu’à bâtir, avec le soutien des populations étrangères qui ne manqueront pas d’être bientôt convaincues par la fulgurance de telles idées…

Une des choses qui m’étonnent tout particulièrement c’est que, les prédécesseurs de ces gens là, dans le même champ politique, mais dans les années 1950, ne voulaient absolument pas d’une telle “autre Europe sociale”, ils voulaient “pas d’Europe, merci beaucoup”, et ils expliquaient très bien pourquoi. Et l’histoire leur a donné raison. Mais leurs successeurs défendent le contraire aujourd’hui – option politique démentie par quand même 60 ans de pratique… On y reviendra à l’avenir, mais voici quelques pépites…

« Le Conseil de l’Europe sera un tremplin pour intégrer l’Allemagne dans l’Europe occidentale. Cette intégration aboutira à l’abandon de réparations et de la décartellisation de l’Allemagne. [...] Le Conseil de l’Europe ne sera aujourd’hui qu’un haut-parleur pour vanter la civilisation occidentale et demain un moyen pour obtenir des pays adhérents la cession d’une part de leur souveraineté. Le but sera la destruction du sentiment national. L’unification de l’Europe est une sainte-alliance des esclavagistes, car elle s’accompagnera d’un appel à l’action commune aux colonies »

[Madeleine Braun (députée PCF), Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, 15 juin 1949]

Voici ce que disait le parti travailliste anglais en 1950 :

Manifeste du Comité exécutif du parti travailliste britannique {juin 1950}

Certaines personnes estiment que l’unité d’action requise ne peut pas être obtenue au moyen d’une coopération entre États souverains, mais qu’elle doit être imposée par une instance supranationale disposant de pouvoirs exécutifs. Ces personnes pensent que les pays européens devraient former une Union tant politique qu’économique, en abandonnant des pans entiers de gouvernement à une autorité supranationale.

Le Parti travailliste estime qu’il n’est ni possible ni désirable de former une Union complète, politique ou économique de cette façon. Au contraire, les politiques nationales doivent être progressivement harmonisées ou coordonnées par consentement au moyen d’une coopération entre gouvernements. Les peuples européens ne souhaitent pas une autorité supranationale capable d’imposer des accords. Ils ont besoin d’une machinerie internationale capable de mettre en place des accords qui sont obtenus sans coercition. […]

Plusieurs types d’Union peuvent être envisagés. Il y a eu récemment un très fort enthousiasme en faveur d’une Union économique fondée sur le démantèlement de toutes les barrières internes au commerce, telles que les droits de douane, le contrôle des changes et les quotas d’importations. La plupart des défenseurs de cette politique croient que le libre jeu des forces économiques à l’intérieur du marché continental ainsi créé aboutirait à une meilleure répartition de la force de travail et des ressources. Le Parti travailliste rejette catégoriquement cette théorie. Les forces du marché livrées à elles-mêmes ne peuvent fonctionner qu’au prix de graves perturbations économiques – des branches entières de l’industrie en Europe feraient faillite –, d’un développement du chômage et de graves tensions politiques […]

Le fait est qu’une Union économique fondée sur le laisser-faire exigerait un degré d’uniformité dans les politiques internes des États membres qui n’existe pas pour l’instant, et qui n’existera probablement pas dans un futur proche. […]

Le parti travailliste estime que sa politique de plein-emploi et de partage équitable des richesses est d’une importance primordiale pour la croissance économique en Grande-Bretagne. […] Le coût du libéralisme économique aujourd’hui est la lutte des classes et les troubles sociaux. […] Tous les syndicats non communistes des pays bénéficiaires du plan Marshall ont indiqué en avril 1950 que « la libéralisation des échanges ne doit pas conduire à diminuer les réussites sociales et économiques des gouvernements européens progressistes. » […]

Il est certain qu’aucune assemblée parlementaire ne pourrait assumer des pouvoirs supranationaux si elle n’était pas d’une certaine façon strictement représentative des peuples européens. Or une telle instance représentative en Europe de l’ouest serait nécessairement anti-socialiste ou non-socialiste. […] Aucun gouvernement socialiste en Europe ne pourrait se soumettre à l’autorité d’une instance dont les politiques seraient décidées par une majorité anti-socialiste. […] ni accepter un système dans lequel d’importants domaines de la politique nationale seraient abandonnés à une autorité représentative européenne supranationale, puisqu’une telle autorité disposerait en permanence d’une majorité anti-socialiste, et qu’elle causerait l’hostilité des travailleurs européens.

1951, lancement de la CECA (Source) :

Le 14 janvier 1957, Étienne Fajon, député communiste de la Seine et membre du bureau politique du Parti communiste français (PCF), dénonce dans le quotidien L’Humanité les dangers que ferait peser le Marché commun sur la France (source) :

L’Assemblée nationale reprend ses travaux demain. En tête de son ordre du jour figure un débat sur le projet de création du « Marché commun européen ».

Le « Marché commun » s’étendrait à six pays : Allemagne occidentale, France, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg. Il s’agit d’instaurer progressivement, au sein de ce morceau d’Europe, la libre circulation des marchandises, des capitaux et de la main-d’œuvre. Selon les promoteurs du projet, le « Marché commun » contribuerait à la prospérité de la France et au bonheur de son peuple.

Pour apprécier la valeur de ces promesses, il importe de se rappeler que le « Marché commun » n’est pas la première étape de la prétendue construction européenne. En 1951, déjà, la « Communauté européenne du charbon et de l’acier » avait été créée entre les six pays. Son inspirateur, le funèbre Schuman, assurait qu’elle devait aboutir à la baisse des prix et à l’essor de notre industrie. Les résultats sont maintenant connus : hausse de l’acier et du charbon, fermeture d’une centaine de puits de mine en France, interdiction d’utiliser notre charbon selon nos besoins, dépendance aggravée de l’économie française à l’égard des monopoles allemands.

Le projet de « Marché commun » s’inscrit dans une même politique néfaste pour la nation, pour la classe ouvrière et pour la paix.

1. L’association envisagée est une association économique entre pays capitalistes, c’est-à-dire qu’elle est soumise aux lois de la concurrence et du triomphe des plus forts. Or, dans l’Europe des Six, c’est l’Allemagne occidentale qui dispose de loin du potentiel le plus élevé

Dès 1955, elle produisait deux fois plus de charbon, d’acier et d’électricité que la France. Sa production chimique est le triple de la nôtre. Ses réserves d’or, infiniment supérieures, lui confèrent d’immenses possibilités d’investissement de capitaux. La domination du « Marché commun » par les monopoles allemands serait donc certaine et rapide. Elle aurait pour conséquence l’arrêt de nombre de nos entreprises. Elle préparerait en fin de compte la désindustrialisation de la France et l’hégémonie du capitalisme allemand dont Hitler et Pétain avaient fait leur programme. Notre patrie perdrait ainsi, tout en se ruinant, les bases économiques de son indépendance nationale.

2. Le projet comporte l’unification progressive des charges sociales entre les six pays. C’est là une menace très grave pour les travailleurs français.

En effet, grâce aux luttes ouvrières, grâce aux conquêtes sociales obtenues aux temps du Front populaire et de la Libération, quand les communistes faisaient partie du gouvernement ou de la majorité, le niveau des salaires en général et des salaires féminins en particulier, le taux des heures supplémentaires, le régime des congés payés, sont supérieurs en France par rapport à l’Allemagne occidentale ou à l’Italie.

Il est vrai qu’on fait miroiter aux travailleurs la promesse d’une unification par en haut. En réalité, la recherche du profit maximum par les trusts des six pays et le déchaînement de la concurrence entre eux conduiraient nos capitalistes, particulièrement menacés par leurs rivaux allemands, non seulement à s’attaquer à des «charges» sociales qu’ils ont toujours dénoncées, mais à renforcer leur opposition à toutes les revendications ouvrières. Et l’offensive des exploiteurs serait favorisée par la présence sur le « Marché commun » d’une armée permanente de chômeurs, déjà importante en Italie et en Allemagne, grossie demain par la mort des usines françaises les moins bien armées pour résister. [...]

Nous assistons ainsi, au mépris de l’intérêt national, à une entreprise de revanche de la CED, à une relance de la guerre froide, à la tentative de dresser contre la partie socialiste de l’Europe une Europe capitaliste agressive, où la France aliénerait plus encore sa souveraineté et où la domination appartiendrait bien vite aux militaristes allemands, vassaux préférés de l’impérialisme américain. Guy Mollet et d’autres dirigeants socialistes se consacrent à cette politique « européenne » avec d’autant plus d’ardeur qu’elle constitue par excellence, sur le plan intérieur, la base d’alliance entre le Parti socialiste et la réaction cléricale des Bidault et des Pinay. [...]

Nous voulons de tout cœur la coopération économique de l’Europe, mais de toute l’Europe, des pays capitalistes et des pays socialistes, dans le respect de l’indépendance de chacun et dans l’intérêt de tous.”

Ou 1979 :

« L’élargissement et l’intégration dans l’Europe supranationale conduiraient notre pays au déclin, à la dépendance, à ne plus être qu’une province secondaire de l’empire américano-germanique. Comme en 1938 pour dénoncer la trahison de Munich, comme dans la résistance à l’occupation nazie, comme en 1954 dans la lutte pour empêcher la création d’une armée européenne sous commandement allemand et américain, le Parti communiste se dresse contre l’entreprise de régression sociale et de capitulation nationale. Il appelle au combat tous les travailleurs, tous les patriotes, ceux qui veulent une France écoutée et respectée, ceux qui veulent “vivre, travailler et décider au pays” [Manifeste du PCF pour les élections européennes de 1979, Pour une France indépendante, une Europe démocratique.]

(si vous en avez d’autres, merci de les citer en commentaire)

Mais maintenant, le PCF est “enfin moderne” :(     Ainsi, dans son programme présidentiel de 2007, Marie-George Buffet en appelait à un état des lieux des textes « qui fondent l’Europe libérale. L’objectif sera de faire sauter les verrous au déploiement d’une politique de progrès social, d’une démocratie citoyenne et d’une stratégie internationale de co-développement ».

Alors que c’est simple : c’est à peu près tous les textes importants…

Le délire utopique comme ligne de vie et d’action ?

Bref, apparemment, bon nombres d’utopistes n’ont pas l’air de comprendre que vouloir bâtir une “autre Europe, sociale et démocratique” est à peu près aussi crédible que bâtir un “autre fascisme, démocratique et humaniste”… Sur le papier tout est toujours possible, mais hélas, les rares qui ont vraiment creusé le sujet du point de vue historique, sociologique, anthropologique et économique, “l’Europe”, c’est à dire “L’Organisation néolibérale de Bruxelles”, remplit aujourd’hui 99 % de ses objectifs pour le plus grand plaisir du 1 %…

Tag(s) : #Europe
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