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Réfugiés : Conseil européen du 14 septembre, et causes de la crise

Plus d’informations, d’analyses et de commentaires dans l’édition papier

de Ruptures à paraître le 29 septembre

 

Ce qu’il est convenu de nommer « la crise des réfugiés » n’a cessé de s’amplifier au cours de l’été. Le malheur des centaines de milliers d’hommes de femmes et d’enfants fuyant les guerres, les camps ou la misère, et plus encore le sort funeste de ceux qui y ont laissé leur vie, ont légitimement ému.

Les passeurs et autres mafias en sont un instrument majeur. Mais au-delà de ces réseaux, on ne peut qu’être frappé de l’appétit que ne cachent guère les grands patrons européens, avides d’une main d’œuvre souvent bien formée, et prête à tout pour survivre après l’enfer.

Cette appétence est particulièrement ostensible en Allemagne. Le patron du BDA (le Medef allemand), celui du BDI (industrie), ceux des chambres de commerce multiplient les appels publics pour souligner la « formidable opportunité », et demander que soient simplifiées les formalités d’embauche. Le pôle emploi d’outre-Rhin explique même aux employeurs comment contourner les réglementations pour embaucher les étrangers. Le très réactionnaireBild, quotidien à grand tirage et à sensation, qui s’était entre autres illustré dans ses invectives contre ces « fainéants » de Grecs sommés de vendre leurs îles, a lancé une campagne « réfugiés bienvenus » – une première !

Car le 5 septembre, Angela Merkel a annoncé solennellement une large ouverture aux réfugiés. Les images de citoyens acclamant ces derniers et leur offrant gite ou denrées tournent alors en boucle. Très vite cependant, l’afflux est tel que ce qui était prévisible survient : en moins de deux semaines, plus de 63 000 personnes arrivent dans la seule gare de Munich, et même 40 000 pour le week-end des 12 et 13 septembre. Partout, les autorités sont débordées. Un certain chaos commence à s’installer.

Le 13 septembre au soir, Berlin annonce le rétablissement des contrôles à sa frontière avec l’Autriche. Un coup de tonnerre : certes une telle disposition est autorisée à titre exceptionnel et transitoire par le traité de Schengen, mais très vite, il apparaît que c’est le principe même de cet accord de circulation interne sans contrôle qui est ébranlé – un des fondements tant vanté par les dirigeants européens. Car, effet domino, l’Autriche et la Slovaquie imitent l’Allemagne ; la Tchéquie, la Pologne et même les Pays-Bas prennent des mesures dans le même sens… Quelques jours auparavant, le Danemark avait provisoirement bloqué à sa frontière les migrants transitant d’Allemagne vers la Suède.

Le Conseil du 14 septembre

C’est dans ce contexte que s’est déroulé le Conseil des ministres européens extraordinaire, le 14 septembre. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait présenté quelques jours auparavant un plan. La mesure phare consistait à « relocaliser » 160 000 réfugiés arrivés en Grèce, en Italie et en Hongrie, réfugiés que ces pays sont bien en mal de gérer. Une clé de répartition était proposée, tenant compte de la population, du PIB, du taux de chômage et d’autres paramètres. M. Juncker souhaitait également mettre en place un mécanisme de « quotas » qui se déclencherait automatiquement au fur et à mesure des nouvelles arrivées, et qui s’imposerait à chaque pays.

Les Vingt-huit n’ont pu s’entendre que sur un schéma discuté (mais rejeté) en juin, et qui concerne 40 000 réfugiés. Un prochain Conseil est prévu pour le 8 octobre. Dans les conclusions de la présidence du Conseil (assurée par le Luxembourg, ce semestre) figurent diverses autres orientations : mise en place rapide des points d’enregistrement des migrants dans les pays de premier accueil ; établissement d’une liste des « pays d’origine sûrs », dont les ressortissants pourraient être déboutés plus rapidement de l’asile politique ; accélération du retour vers leur pays d’origine des migrants « économiques » déboutés ; contrôle accru des frontières extérieures de la zone Schengen ; financements pour les camps de réfugiés en Turquie, au Liban, en Jordanie ; et « aides » aux pays d’origine (essentiellement africains).

Le revers subi par M. Juncker s’explique par la position des Etats du « groupe de Visegrad » – Slovaquie, République tchèque, Pologne, Hongrie – rejoints par la Roumanie. Ceux-ci ont maintenu leur opposition, au demeurant en phase avec l’état d’esprit populaire majoritaire dans ces pays, à se voir imposer des quotas.

Pour justifier son manque d’enthousiasme à accueillir des réfugiés, le premier ministre slovaque, le social-démocrate Robert Fico, n’avait pas hésité à affirmer dans un quotidien autrichien : « la Slovaquie n’a aucun devoirce n’est pas elle qui a provoqué le chaos en Libye en bombardant Kadhafi ».

M. Fico a le mérite de mettre le doigt sur les causes essentielles des drames actuels. Car la liste des pays d’origine des damnés de la Terre d’aujourd’hui – Syrie, Irak, Afghanistan, Soudan, mais aussi Balkans – dessine la carte exacte des guerres occidentales de la dernière décennie.

 (Plus d’informations, d’analyses et de commentaires dans l’édition papier de Ruptures à paraître le 29 septembre)

 

 
Tag(s) : #Pages d'écriture
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