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Elections au Portugal : pas de majorité stable pour le gouvernement sortant

A l’issue des élections générales qui se sont déroulées le 4 octobre au Portugal, la coalition de droite sortante (Parti social-démocrate, PSD, et Parti populaire, PP-CDS) arrive en tête avec 38,6% des suffrages. Elle recule cependant nettement par rapport au scrutin de 2011 (50,4%), et manque ainsi, avec 104 sièges sur 230, la majorité absolue. Pour sa part, avec 32,4% des voix (+4% par rapport à 2011), le PS comptera 85 députés, contre 74 élus précédemment.

Les deux partis qui avaient clairement fait campagne contre l’austérité progressent : le Bloc de gauche (BE) passe ainsi de 5,2% à 10,2% des suffrages, et obtient 19 sièges (+11). La coalition CDU, qui rassemble le Parti communiste (PCP) et les Verts, augmente également son score, quoique plus modestement : avec 8,3% (+0,4%), elle disposera de 17 élus contre 14 dans l’Assemblée précédente. Le PCP avait clairement affiché sa proposition de sortir de l’euro et de l’UE.

Le scrutin, auquel étaient appelés à participer 9,6 millions d’électeurs inscrits, a été marqué par une abstention record : 43,1%, soit +1,2% par rapport au scrutin de 2011, lors duquel les électeurs avaient déjà massivement boudé les urnes.

Hausse des forces anti-austérité et baisse – attendue – de la participation électorale : les citoyens portugais sont loin d’avoir plébiscité la coalition PSD-CDS, qui mettait en œuvre avec zèle depuis 2011 la politique dictée par la Troïka en échange d’un renflouement de 83 milliards accordé au pays pour régler ses créanciers. Baisse des salaires des fonctionnaires, des retraites, augmentation du nombre de jours travaillés, et accélération brutale de la précarité : les mesures imposées par l’UE ont été appliquées avec zèle par le gouvernement sortant, au point que le pays avait été vanté comme l’« élève-modèle de l’Europe ». Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho a mis en avant un « frémissement » de l’économie du pays.

La campagne du PS, qui avait promis d’adoucir l’austérité sans sortir du cadre prescrit par Bruxelles n’a pas permis à ce parti, donné gagnant il y a quelques mois, de devancer son rival. Le chef de file socialiste, l’ancien maire de Lisbonne Antonio Costa, a indiqué qu’il ne s’opposerait pas à la formation par M. Passos Coelho d’un gouvernement sans majorité stable. L’attribution des quatre sièges relevant des Portugais de l’étranger ne devrait pas changer le rapport de force.

Le nouveau paysage politique, qui reflète les désillusions d’une large part du peuple portugais, est donc marqué par la reconduction d’un exécutif affaibli. Un contexte qui pourrait favoriser un développement des résistances aux politiques menées jusque-là sous l’égide de l’UE.

 

Un reportage complet à Lisbonne, réalisé quelques jours avant le scrutin, est paru dans l’édition de Ruptures du 29 septembre 2015.

 

Tag(s) : #Europe
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