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L'euroscepticisme des Grecs
greek crisis

 

Soleil et brouillard. Sur les marchés d’Athènes, les stands commencent à manquer, de même que certains légumes de saison. Le monde paysan manifeste, les principales nationales et autoroutes sont habituellement bloquées par les engins agricoles, et la décision a été prise... d’entrer dans Athènes, engins agricoles compris pour occuper la Place de la Constitution, action prévue et annoncée pour vendredi 12 février. Situation grecque en... purin.

Les banderoles des rassemblements ont été rangées. Athènes, le 4 février


Les bannières des rassemblements de la semaine dernière ont été à peine rangées, et à travers le pays... plénier, c’est plutôt comme un vent de révolte qui se lève.

Hormis les paysans, les médecins, les avocats, les notaires, les comptables, tous sont en colère, et par de nombreux endroits, il y a en plus, les opposants à la mise en place des hots spots, lieux ainsi dits, censés accueillir les migrants, que plus personne ne veut voir nulle part en Europe.

La situation dégénère déjà comme on a l’habitude de dire dans le langage journalistique, sur l’île de Kos pare exemple, où les Policiers dépêchés en renfort depuis Athènes ont essuyé des tirs de fusils de chasse, en réponse à la répression très violente des manifestations sur les lieux. L’Union syndicale des Officiers de la Police vient même de communiquer au sujet des incidents, déplorant...
Le manque de démocratie en usage de la part du gouvernement, car il faut hélas craindre le pire dans pareilles conditions d'insurrection”.

 

La Grèce meurt. Autocollant d'une... certaine esthétique. Athènes, février 2016


La Grèce patauge ou alors elle meurt c’est selon, et les Grecs basculent... vers l’inconnu. Le gouvernement SYRIZA insiste sur le fait que “les opposants aux hots spots sont des Aubedoriens camouflés”, ce n’est que partiellement vrai et cela ne change en réalité rien aux représentations collectives du moment largement majoritaires. Les Grecs, voient de très mauvais œil l’installation durable (et d’ailleurs prétendument passagère) des migrants et refugiés chez eux. L’argument est d’ailleurs bien visible comme à chaque fois que la situation l’est pour autant fort complexe:

Nous sommes au bord de l’effondrement, qui va-t-il s’occuper des migrants ? Nous ne voulons pas devenir une zone-tampon et dépotoir de tant d’âmes... sous les ordres de l’Union... européenne du Nord. Nous les avons secourus certes, mais enfin, ces gens n’ont rien à faire ici, notre pays ne connaîtra pas le sort du Liban avec ses camps de refugiés.

Puis c’est complètement insensé, on apprend que le gouvernement et l’UE veulent prendre en charge des milliers de loyers dans Athènes pour y loger les migrants tandis que nous nous n’apercevons même plus d’allocations chômage et nous sommes rejetés par la Sécurité Sociale... et puis quoi encore ?, voilà pour le raisonnement de Chrístos encore ce matin, le voisin chômeur (comme désormais tous les voisins dans l’immeuble), argument circulant avec l’air du temps et peut-être aussi avec le... chômage impérissable.

Au soir de ce même 8 février une femme âgée crachait alors en direct (radio 90,1 FM) tout son dégout et ressenti vis-à-vis des politiciens:
Ils nous ont tous trahi. J'espère qu'ils seront tous jugés. Heureusement que mon mari est mort. Il ne voit plus tout cela. Il était handicapé et il était arrive à l’âge comme on dit de la retraite.

À la Sécurité Sociale ils ont mis plus de deux ans à examiner son dossier. Il n’a pas tenu jusque là. Et comme une partie de sa retraite devait m’être versée par la suite, en y retournant, j’ai enfin pu apprendre la cause principale de ce retard. Depuis les mémoranda précédents, et pour une bonne de leur part, la gestion des dossiers avait été confiée à certaines sociétés privées... c’est-à-dire rapaces.

Eh bien tout simplement, cette gestion avait été volontairement incomplète pour que ces dossiers reviennent une nouvelle fois vers elles ; comme elles sont rétribuées ‘au morceau’, elles en gagnent ainsi davantage d’argent... tandis que mon mari était en train de mourir et que nous basculions dans le deuil. Salopards... (citée de mémoire)
 

Musiciens et manifestants. Athènes, le 4 février

 

Les armés du passé. Musée de la Guerre, Athènes, février 2016

 

Devant la représentation de la Commission. Athènes, le 4 février

 

Renforts policiers... au débarquement. Île de Kos, février 2016 


Nous savons que ce... basculement est déjà en cours, et que cependant, les armes du passé se renouvellent alors... plus promptement que nos idées. Durant la journée d’action du 4 février à Athènes, l’immeuble qui abrite la représentation de la Commission européenne a été... de la sorte convenablement gardé, comme cela devient la règle depuis un certain nombre d’années car parfois, il est... attaqué par les manifestants.

Le basculement a déjà eu lieu dans un sens, et cette dernière affaire des migrants n’est que son (ultime ?) catalyseur. Une enquête d’opinion, issue d’un tout nouveau think tank (!) athénien, exposée au siège du patronat grec et aussitôt citée avec... tant d’effroi à travers toute la presse mainstream, fait alors état de cet
euroscepticisme devenu désormais majoritaire chez les Grecs. Pour 43% des personnes interrogées ayant entre 18 et 25 ans, il y a bien une autre issue pour la Grèce: c'est de quitter l'UE pour se rapprocher de la Russie. Seulement un Grec sur trois, estime enfin que le pays s’en sort gagnant de sa participation à l’UE !

Pour le quotidien “Kathimeriní” (du 7 février), tout cela devient... fort inquiétant:
En d'autres termes, l’euroscepticisme s’installe progressivement dans la société grecque. Et ceci est un phénomène qui doit être pris en compte par les partis dits de la ‘modernisation et d’orientation européenne’. Ils se doivent désormais vacciner leur discours politique en lui injectant cette dose nécessaire de critique devant le système européen pathogène et existant. C’est seulement de cette façon que la société grecque sera enfin maintenue sur la voie européenne, autrement, la situation peut être poussée jusqu’à l'extrême, et dans pareil cas nous irons tout droit vers le chaos.


 

Les Grecs scrutent l’horizon borné. Athènes, février 2016

 

“Nous naviguons faisant fausse route”.“Ta Néa” du 6 février

 

L'euroscepticisme des Grecs. “Kathimeriní” du 7 février


Les Grecs scrutent l’horizon borné (dont celui de la presse), sans trop y distinguer grand-chose, sauf que pour leur majorité, ils n’ont plus rien à perdre, sinon peut-être enfin leur physionomie... corporelle. “Nous naviguons faisant fausse route”, d’après le titre du quotidien “Ta Néa” (6 février), elle semble tout juste de le découvrir, cette presse très historiquement favorable à la présence de la Troïka en Grèce. Cependant, du côté de la gauche souverainiste, ceux du Plan-B (celui d’Alékos Alavános et non pas le tout nouveau... Plan-B de Yanis Varoufákis), le constat est pratiquement similaire.

La réussite jusque là du système, consiste à convaincre les gens qu'il n'y a pas de salut en dehors de l'euro, il qu’il n'y a pas d'alternative. La destitution de SYRIZA, dans les mentalités déjà, n’est pas accompagnée par l’affirmation d'une autre proposition. Et le défi demeure entier: développer enfin une proposition de sortie, en remplacement... de la crise. Cette proposition doit être très concrètement, accompagnée de la restauration des pensions et des salaires, du retour de la santé publique gratuite comme de celui de l'éducation, de la reconstruction de l'économie, puis, de la restauration des droits du travail. Bien évidemment, tout futur projet, se doit enfin être apte à apporter une solution au grand problème du chômage”.

Le Plan-B, ne peut poursuivre son action que si finalement il contribue à la formulation d’une proposition convaincante face à cette crise. Sauf que le climat n’est guère favorable, aussi, parce que les collectifs et les partis de gauche (hors SYRIZA) pédalent encore dans le vide, ils ne voient pas que l’essentiel a été déjà perdu
(extraits d’un texte diffusé par mail par le ‘Plan-B’ en février 2016). 
 

Dans Athènes... Février 2016

 

Nouveaux slogans. “Non au financement des partis sauf”... Athènes, février 2016

 

Nouveaux slogans... “Les étrangers dehors”. Athènes, février 2016

 

“SYRIZA: le loup déguisé en mouton”. Athènes, février 2016


Dans Athènes, on vend de plus en plus souvent ces éphémères collations à... petit prix, et autant de billets de loterie, comme parfois au même endroit, les incontournables revues dites “de rue”, vendues par nos sans-abris. Dans Athènes également, on y découvre à travers les façades de la ville, certains nouveaux slogans, contradictoires, sombres, voire, chaotiques, c’est-à-dire bien d’époque, comme par exemple: “Non au financement des partis politiques, exception faite au PC grec, le KKE” !

Dans la presse toujours, on peut lire parfois ces analystes qui prétendent entrevoir, et parfois même connaître... les prochaines attentions du gouvernement SYRIZA/ANEL. Comme l’impasse se profile à l’horizon, pour ne pas dire qu’elle y est déjà, Alexis Tsipras s’apprêterait à... une sortie héroïque, en conséquence, il y aurait de nouveau la tenue d’élections anticipées avant l’été prochain. Rumeurs ? Difficile à dire... hormis cette réalité de l’impasse depuis 2010. Mon ami Th., journaliste au chômage depuis un moment déjà, pense “qu'il y aura des élections anticipées tous les six mois... tant que nous restons dans l'euro”. Euroscepticisme des Grecs !

Résumant assez fidèlement toute la réalité des mentalités grecques du moment, le quotidien “Kathimeriní” a récemment publié un dessin où l’on voit apparaître le bâtiment du “Parlement bordel” (sic) comme une grillade... sous le feu des manifestations Place de la Constitution, ou encore, cet autre dessin représentant une (carte de la) Grèce retournée... sous forme d’engin agricole. 

 

Le Parlement... comme une grillade. “Kathimeriní”, février 2016

 

La Grèce retournée... sous forme d’engin agricole. “Kathimeriní”, février 2016

 

Engins agricoles entrant en ville. Presse grecque, février 2016


Sous l’Acropole en ce moment, les amandiers fleurissent et les affiches nous invitent, tantôt à nous insurger contre la mise à mort du système des retraites, tantôt à aider des inconnus... à retrouver leurs ordinateurs portables (si fréquemment) volés, le tout... en tenant compte bien entendu d’une certaine récompense.

Étranges moments grecs vraiment, ainsi choisis par le Musée Byzantin pour inaugurer son exposition sur la... “Foi éternelle Orthodoxe”. Certains y croient encore pourtant... comme de temps à autre, à la consommation, tandis que le pays n’aurait presque plus où étendre son dernier linge des convictions... pour le faire sécher. En tout cas, et comme si de rien n’était, les dieux d’Olympe ne survivent qu’à travers publicité, même dans Athènes. 

 

Les amandiers fleurissent. Athènes, février 2016

 

Affiche dénonçant la mise à mort du système des retraites, Athènes, février 2016

 

Sous l’Acropole en ce moment, février 2016

 

Retrouver son ordinateur portable volé. Athènes, février 2016

 

“Le Plan-B de Tsipras” et “L'invasion de la Méditerranée...", “Kathimeriní” du 7 février 2016


La presse toujours et encore... mainstream, évoque aussi sur sa même ‘Une’, “Le Plan-B de Tsipras sur la question des retraites et concernant la prochaine modification de la loi électorale”, et... “L'invasion de la Méditerranée par de poissons dangereux”.

C’est à se demander dans quelle mesure il n’y aurait pas comme un... sens caché (subliminal), en rapport avec l’arrivée sur les îles grecques de tant de migrants et de refugiés. “Ces pauvres gens ; ils nous arrivent par la mer... parfois noyés, en dépit du froid, car la mer est des fois d'huile, bien calme comme aujourd'hui”, affirmait-il mon ami Yórgos, joint par téléphone ce matin. 

 

Musée Byzantin - “La foi éternelle”. Athènes, février 2016

 

Musée Byzantin - “La foi éternelle”. Athènes, février 2016

 

Croire encore parfois à la consommation. Athènes, février 2016

 

Les dieux d’Olympe ne survivent que dans la publicité. Athènes, février 2016


Le café grec est ainsi amer et d’ailleurs trop cher, même pour nos touristes, me semble-t-il. Brouillard et alors parfois soleil. J’ai rendu visite ce midi à un ami un peu éloigné, Makis, il enseigne à l’École Polytechnique d’Athènes.

La surprise du dépaysement fut presque totale. Une immersion enfin... ethnographique dans un univers professionnel si éloigné du nôtre, voilà enfin des gens heureux, souriants... vivant encore sur un certain budget et sur un budget certain. Jusqu’à quand pourtant ? 

 

Linge qui sèche. Athènes, février 2016

 

Le café... grec. Athènes, février 2016

 

Sous l’Acropole en ce moment, février 2016


Devant la protestation des habitants comme de certains élus locaux, les maires du district de Thessalonique proposent d’installer le camp de refugiés et de migrants... aux anciens abattoirs de la ville... cela ne s'invente pas.

Et malgré ce que croyait Kant, - écrivait Cornelius Castoriadis - malgré ce qu’on a cru en Occident entre le XVIIIe et le XXe siècle, l’Aufklärung, les Lumières ne sont pas un passage obligé pour l’humanité toute entière, nous n’avons pas affaire à une tendance immanente de l’histoire humaine (...) Cette très grande hétérogénéité pose un énorme problème, que l’humanité sera peut-être incapable de résoudre, au risque d’en périr. Et alors lire l’Oraison funèbre de Périclès deviendra une sorte de consolation de moine médiéval perdu au milieu des Barbares. Voilà ce qu’il en est du champ contemporain”.

Peine perdue... pour ce qui est de la consolation en tout cas. L'étude d'une heure de l’Oraison funèbre de Périclès a été supprimée du programme de l'enseignement général pour les classes terminales au Lycée grec (?), depuis la décision ministérielle (SYRIZA) datant du mois de mai 2015.

Sous l’Acropole du moment le soleil revient, et seuls nos animaux adespotes (sans maître) en profitent vraiment. Voilà ce qu’il en est du champ contemporain ! 

 

Sous l’Acropole... nos animaux adespotes. Athènes, février 2016

 


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Tag(s) : #Europe
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