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Le roi de Jordanie Abdallah et le président turc Recep Tayyip Erdogan (AFP)
Le roi de Jordanie Abdallah et le président turc Recep Tayyip Erdogan (AFP)

Le roi de Jordanie Abdallah et le président turc Recep Tayyip Erdogan (AFP)

Des images pour comprendre

par David Hearst

 

 

Source : Middle East Eye, le 25/03/2016

Le roi Abdallah dit aux hommes politiques américains que c’est en Turquie que sont “fabriqués les radicaux, et que cela fait partie de la politique turque”

Selon le site MEE (l’Œil du Moyen-Orient), lors d’une rencontre avec des hommes politiques étatsuniens de premier plan, le roi Abdallah de Jordanie a accusé la Turquie d’exporter des terroristes en Europe.

Le roi a affirmé que la crise européenne des réfugiés n’était pas un accident, pas plus que ne l’était la présence parmi eux de terroristes. « Le fait que des terroristes aillent en Europe fait partie de la politique turque, on donne bien à la Turquie une petite tape sur la main, mais cela ne va pas plus loin. »

À la question de l’un des membres du Congrès présent qui demandait si l’ÉI exportait du pétrole en Turquie, Abdallah a répondu : « Oui, absolument. »

Le roi Abdallah a fait ces déclarations lors d’une importante audition au Congrès le 11 janvier, le jour où une rencontre avec le président Obama avait été annulée.

La Maison-Blanche a été forcée de démentir que le président avait fait un affront à l’un des plus proches alliés des États-Unis au Moyen-Orient et a affirmé que cette annulation était due à un chevauchement de rendez-vous. Le roi et le président se sont toutefois brièvement rencontrés à la base aérienne d’Andrews le lendemain.

À cette réunion du Congrès se trouvaient les présidents et les membres du renseignement du Sénat, des Affaires étrangères et des comités des forces armées, y compris les sénateurs John McCain et Bob Corker et des sénateurs Mitch McConnell et Harry Reid, qui sont les chefs respectivement de la majorité et de la minorité de cette chambre.

Selon un rapport détaillé de la rencontre dont ce site a eu connaissance, le roi a entrepris d’expliquer ce qui, selon lui, était la motivation du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Il a affirmé qu’Erdogan croyait à une solution islamique radicale dans la région.

Il a répété : « La Turquie a cherché une solution religieuse pour la Syrie alors que nous, nous nous intéressons aux éléments modérés du Sud et la Jordanie a insisté pour une troisième option qui n’autoriserait pas une option religieuse. »

Le roi a présenté la Turquie comme faisant partie d’un défi stratégique sur le plan mondial.

Nous sommes sans cesse forcés d’affronter des problèmes tactiques contre l’ÉI, mais pas le problème stratégique. Nous oublions le problème des Turcs qui ne sont pas de notre côté sur ce problème, d’un point de vue stratégique.

Il a assuré que la Turquie avait non seulement soutenu des groupes religieux en Syrie et laissé des combattants étrangers pénétrer dans ce pays mais qu’elle avait aussi aidé des milices islamistes en Libye et en Somalie.

Il a soutenu que « c’est en Turquie que se fabrique la radicalisation » et il a demandé aux sénateurs étatsuniens pourquoi les Turcs entraînaient l’armée somalienne.

Le roi a invité les hommes politiques étatsuniens présents à interroger les présidents du Kosovo et de l’Albanie à propos des Turcs.

Il a affirmé que ces deux pays avaient supplié l’Europe de les admettre en leur sein, avant Erdogan.

Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Judeh, a abondé dans le sens des déclarations du roi. Il a évoqué le président albanais, Bujar Nishani, qui est un catholique marié à une musulmane et a affirmé que c’était là un modèle qui doit être protégé dans un pays à majorité musulmane.

Selon Nasser Judeh, quand la campagne de frappes aériennes russes a empêché la Turquie d’établir, dans le nord de la Syrie, des zones sécurisées destinées à enrayer le flux de réfugiés vers la Turquie, « la Turquie a envoyé les réfugiés en Europe. »

Le roi Abdallah et son ministre ont dit leur opposition au plan de 3 milliards de dollars en faveur de la Turquie. Ils ont fait remarquer que ce pays n’avait que 2 millions de réfugiés pour une population de 70 millions, tandis que la Jordanie faisait face, « proportionnellement, à un plus grand problème. »

La Jordanie et la Turquie sont officiellement des pays alliés. Le Premier ministre turc, Ahmed Davutoglu, a annulé une visite officielle en Jordanie après le dernier en date des attentats à la bombe qui, le 13 mars, a fait 34 victimes à Ankara.

Les Faucons de la Liberté du Kurdistan (TAK), une branche du PKK, ou le Parti des travailleurs du Kurdistan, a revendiqué la responsabilité de cet attentat.

La visite qui a été reportée doit avoir lieu ce week-end et Ahmed Davutoglu aura présent à l’esprit ce que le roi Abdallah a dit aux sénateurs : en substance, la Turquie utilise les Kurdes comme «une excuse » pour sa politique en Syrie.

Selon Galip Dalay, directeur de recherche du Forum Al Sharq et professeur pour les affaires kurdes et turques au Centre d’études Al Jazeera, il est erroné de présenter la Turquie comme un pays qui a pour but stratégique d’établir un gouvernement islamiste en Syrie.

« La Turquie, a-t-il déclaré, a fait de son mieux dans les huit premiers mois de la crise syrienne pour trouver une solution politique à la crise, qui n’aurait pas exclu Bachar el-Assad. À cette époque, dans la région et les pays occidentaux, on critiquait la Turquie pour sa trop grande indulgence vis-à-vis du régime d’Assad et son trop grand optimisme sur les possibilités de réforme de ce gouvernement. Quand il est devenu évident, après huit mois de tentatives laborieuses, qu’Assad n’avait aucune intention d’initier un processus politique et démocratique qui satisferait les exigences des opposants, la Turquie a commencé à soutenir l’opposition.

Galip Dalay a affirmé que l’allégation selon laquelle la Turquie achetait du pétrole à l’ÉI était un mensonge russe, concocté à Moscou après que la Turquie a abattu en vol le bombardier russe. « La Turquie n’est pas la seule à soutenir qu’il n’y a pas la moindre preuve qui appuie ces dires. Les États-Unis l’ont assuré, eux aussi. »

Le gouvernement turc n’a pas souhaité commenter officiellement les déclarations faites par le roi Abdallah le 11 janvier. Un haut responsable turc, cependant, a accusé le roi de devenir « le porte-parole de Bachar el-Assad. »

Selon ce responsable, on n’a pas l’impression que ces déclarations aient été faites par un roi, mais par « un journaliste occidental à l’esprit brouillé, qui connaît très mal la région. »

La Turquie est, sans le moindre doute, en train de lutter de toutes ses forces contre Daech. C’est en Turquie, non en Jordanie, qu’ont lieu les attentats à la bombe. Dans ces conditions, les accusations sans fondement du roi Abdallah sont totalement inacceptables.

« En outre, le fait qu’il s’attaque au problème de Daech en s’appuyant sur des informations aussi dénuées de fondement soulève la question de la légitimité de la Jordanie à jouer un rôle significatif dans la lutte contre Daech. »

Selon Galip Dalay, les déclarations du roi sur la vente de pétrole par l’ÉI à la Turquie sont non seulement absurdes, mais elles prouvent que le monarque n’avait pas la moindre petite idée de ce qui se passait en Syrie.

« Les affirmations du roi et les accusations qu’il porte contre la Turquie ne sont pas nouvelles. Malheureusement, toutes ces allégations sont les mêmes que les calomnies souvent répandues par le régime d’Assad.

« Il serait de l’intérêt de la Jordanie et de la région que ce pays, en tant qu’ami de la Turquie, se mette à travailler à une coopération stratégique avec une puissance stratégique comme la Turquie, au lieu d’agir comme le porte-parole d’Assad. »

Source : Middle East Eye, le 25/03/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Tag(s) : #Impérialisme

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