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Hier 10 avril, le premier ministre ukrainien A. Yatséniuk a annoncé sa démission. Il est difficile de dire que la surprise est de taille, sa popularité est au plus bas, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. L'inconnu réside plutôt dans les conséquences politiques de ce changement de phase.

Hier 10 avril, le premier ministre ukrainien A. Yatséniuk a annoncé sa démission. Il est difficile de dire que la surprise est de taille, sa popularité est au plus bas, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. L'inconnu réside plutôt dans les conséquences politiques de ce changement de phase.

Russie politics

 

Dans son annuel discours à la nation, A. Yatséniuk a annoncé sa démission, pour mettre un terme à la crise politique dans le pays. Evidemment, il n'a pu s'en sortir sans quelques surprenantes formulations. Notamment, lorsqu'il envsage se tourner maintenant vers des horizons politiques plus larges que ceux d'un premier ministre.
 
L'étrangeté des propos n'a pu laisser sans réaction la porte-parole du Ministère des affaires étrangères russe, qui non sans humour se demande si cette démission ne prend pas, pour Yatséniuk, une dimension cosmique, puisqu'elle doit être votée le 12 avril, journée internationale du vol spacial habité.
 
Les raisons évoquées de cette démission
 
L'on peut trouver, de manière synthétique, quatre raisons à cette démission, raisons qui ne sont pas exclusives les unes des autres.
 
Le mécontentement intérieur
 
C'est un article du New York Times qui épingle Yatséniuk sur ce fondement, le qualifiant de symbole de l'impasse politique post-Maïdan:
"Mr. Yatsenyuk had become emblematic of Ukraine’s impasse after the heady days of the pro-European street movement. He emerged as a popular figure, but his support largely evaporated because of various scandals and missteps. "
Selon la presse ukrainienne, Yatséniuk est le champion du populisme et ses discours sont de grandes déclarations creuses. Un sondage a été réalisé en Ukraine, publié le 23 décembre 2015, pour voir quels partis seraient élus si des élections parlementaires avaient lieu à ce moment-là. Le parti de Yatséniuk a obtenu 0,6%.
 
Il est difficile de garder un Premier ministre avec une telle popularité. Il faut dire que de nombreux projets surprenants sont à son actifs. L'on retiendra notamment ce Mur qui devait protéger l'Ukraine de la Russie, une logueur de fortifications de 2400 km, dont 270 km furent construits. L'opération a couté 40 millions $ sur les 180 prévus pour la totalité et la grandeur de la défense ukrainienne s'est arrêtée là. Au milieur d'un champs. Quant au soutien politique, on se souviendra aussi de Yatsniuk avec un bouquet de fleurs "porté" de la tribune au mot de "débile".
 
Депутат Олег Барна пытается удалить премьер-министра Арсения Яценюка с трибуны во время заседания парламента в Киеве
 
Le mécontentement des sponsors étrangers
 
D'une part, Yatsnéiuk a rempli le "contrat" pour lequel il a été mis en place: désindustrialisation de l'Ukraine, rupture des liens commerciaux avec la Russie, ouverture du capital de l'exploitation des ressources naturelles aux "investisseurs" étrangers, mise sous tutelle du pays. Mais ce processus s'est accompagné non seulement d'une dégradation importante du niveau de vie de la population, ce qui intéresse peu les sponsors, mais d'une agravation telle de la corruption qu'il est impossible de détourner le regard. 
 
Pour qu'un individu comme M. Saakachvili, roi de la corruption, puisse se poser en donneur de leçons de morale, c'est que le pays est tombé bien bas. Trop bas, car il risque de devenir totalement ingérable. Et cela, les sponsors n'en veulent pas.
 
Le départ de Yatséniuk est donc devenu une condition au versement des aides financières. Et Baïden, le vice-président américain a très rapidement salué la décision de Yatsniuk, l'a remercié pour ses bons et loyaux services. Au revoir.
 
Maintenant, Kiev attend 1 milliard $ des Etats Unis, 600 millions d'euros de l'Union européenne et la nouvelle tranche du FMI à hauteur de 1,6 milliard $.
 
Le mécontentement des oligarques
 
Certains voient dans le départ de Yatséniuk également l'exaspération des oligarques, trop écartés des affaires juteuses. Il paraît qu'un accord a été passé en contre partie du départ de Yatséniuk avec les oligarques Kolomoïsky (Privat Bank) et Akhmetov (dans l'énergie). Poroshenko se serait entretenu avec eux pour trouver une sortie de crise qui satisfasse tout le monde.
 
Ainsi, le conflit autour de Privat Bank pourrait se calmer et Akhmetov pourrait prendre des parts dans des entreprises publiques. Les oligarques qui avaient investis dans le Maïdan, doivent pouvoir y retrouver, au moins en partie, leur intérêt.
 
Victoire de Poroshenko
 
Le grand gagnant est le président ukrainien P. Poroshenko qui écarte un opposant politique et reprend la main sur le Parlement et met fin au conflit intérieur avec le Gouvernement. En effet, P. Poroshenko a évincéun concurrent politique, mais maintenant il porte toute la responsabilité des réformes. 
 
Cette responsabilité est tout autant devant sa population qui ne verra pas revenir les aides sociales, ni baisser les prix ou les taxes, parce que le pays n'en a ni la volonté, ni les moyens. Donc, la pression sociale va pouvoir se déplacer du premier ministre vers le président.
 
Et cette responsabilité est également internationale, alors que la position de Poroshenko est fragilisée avec la publication de ces fameux Panama papers.
 
Les candidats au poste de Premier ministre
 
Plusieurs noms ont été avancés. Il y a eu celui de la ministre américaine des finances, Natalia Iaresco. Même si elle a accepté l'idée, il y a peu de chances, justement en raison de sa très récente nationalité ukrainienne. Il y aurait aussi le maire de Lvov, Andreï Sadovy ou même le très populaire M. Saakachvili.
 
Toutefois, la personnalité la plus probable est Vladimir Grossman, actuellement à la tête du Parlement. Il présente l'intérêt d'être dans le clan Poroshenko, d'être ukrainien et de n'avoir aucune ambition politique connue.
 
Mais vu le chaos politico-social en Ukraine aujourd'hui, rien n'est joué.
 
Quel gouvernement pour quelle Ukraine?
 
Le choix du Premier ministre va donner une indication sur la politique envisagée en Ukraine par leurs sponsors. Une alternative s'impose à première vue, même si le temps permettra de préciser la nouvelle donne, notamment avec la composition du Gouvernement.
 
Il semblerait que, même si le Gouvernement va être renouvelé à 90%, les ministres actuels des finances, de la politique sociale, de l'intérieur, voire du développement régional devraient garder leur poste.
 
La voie qui s'avance est celle d'un Gouvernement technique, dont le Premier ministre, n'ayant aucune ambition politique, va se poser en exécutant des ordres transmis par le Président. Ce qui annonce une tutelle totale sur le pays.
 
L'autre alternative est la pacification des relations avec la Russie, ce qui ne signifie pas pour autant un règlement de la question ukrainienne. Yatséniuk était une personnalité belliqueuse, qui était du parti d'entretenir le conflit avec la Russie. Poroshenko est un oligarque, une personnalité plus molle, qui est prêt à trouver un compromis tant que les affaires marchent. 
 
Et les Etats Unis ont intérêt à calmer temporairement le jeu en Ukraine alors qu'ils sont en pleines élections et que la situation se crispe sur la ligne de front. Mais ils n'ont clairement pas intérêt à régler la question ukrainienne, qui doit rester comme une épine sur la Russie, que l'on peut manipuler selon les besoins.
Tag(s) : #Europe
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