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Le Parti Communiste Français et la "construction européenne"

Rédigé par François Asselineau,

dirigeant de l'UPR

PARTIE 2 : QUELLE ANALYSE PARTI COMMUNISTE FRANcAIS EUROPE ANNéES 1947-1980 analyse Parti Communiste Français construction européenne 1947-1980 Parti Communiste Français Europe 1978 1979 France jeu Debatisse Dreyfus Laprat Streif

Dans la première partie publiée ci-dessus, j’ai récapitulé ce que fut l’analyse du Parti Communiste Français sur la « construction européenne » au cours des années 1947-1980, en donnant pour cela de larges extraits d’un ouvrage rédigé par la direction du Parti Communiste Français sur l’Europe fin 1978 et paru début 1979 : Europe, la France en jeu,Ouvrage collectif de D. Debatisse, S. Dreyfus, G. Laprat et G. Streif, paru aux Éditions Sociales.

Dans la seconde partie publiée ci-dessous, je fais part des commentaires et des enseignements que cette analyse me suggère, et comment elle prouve que la position sur l’Europe du Parti Communiste Français de 2013 n’a plus rien à voir avec ce que fut celle du Parti Communiste Français de 1947 à 1980.

IV – COMMENTAIRES ET ENSEIGNEMENTS

Quels enseignements peut-on tirer, de nos jours, des deux longs extraits (introduction  et conclusion) du livre collectif publié par le Parti Communiste Français en décembre 1978 et consacré entièrement à la construction européenne ?

Si l’on se veut précis et objectif (chose ardue sur un sujet aussi passionné que l’histoire du communisme en France), ces enseignements sont à mon avis au moins au nombre de 6.

  • 1er enseignement – Au cours des années 1947-1980, le Parti Communiste Français inscrivait fidèlement ses analyses dans une ferme continuité idéologique, en se référant expressément à des déclarations de ses dirigeants datant de plus de 30 ans.

Personne ne peut le contester puisqu’il suffit de lire les extraits qui précèdent pour s’en convaincre : dans la perspective de la campagne électorale pour les élections européennes de 1979, le Parti Communiste Français rappelait, citations à l’appui, ce que Maurice Thorez ou Jacques Duclos disaient de l’Europe à la fin des années 40 et au début des années 50.

Le contraste avec la situation actuelle est frappant : ce qui reste aujourd’hui du prétendu « Parti communiste français » n’évoque jamais ce que tous les anciens dirigeants communistes ont pu dire de la construction européenne au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Devenu européiste, le Parti Communiste Français actuel est aussi devenu un parti amnésique, faisant à peu près table rase de son propre passé et de ses propres analyses. Comme s’il en avait honte.

  • 2ème enseignement – Le PCF, ayant pour principe essentiel d’éduquer le peuple, expliquait avec précision aux Français le dessous géopolitique des cartes.

Dans les années 50, le PCF, qui drainait à lui un certain nombre de scientifiques, d’hommes de lettres, d’artistes et d’intellectuels (Frédéric Joliot-Curie – Prix Nobel de chimie et découvreur du principe de la bombe atomique -, Louis Aragon, Pablo Picasso, Roger Garaudy, Lucien Sève, etc.), affirmait être le « Parti de l’intelligence ». C’était assez prétentieux, mais cela correspondait pour partie à une certaine réalité que reflètent bien les extraits du livre Europe, la France en jeu cités ici.

En effet, fidèle à ses origines intellectuelles – la pensée marxiste se voulant d’abord un décryptage radicalement nouveau de l’Histoire, fondé surla « lutte des classes » comme moteur des évolutions politiques, économiques et sociales – le Parti communiste français avait à cœur d’éduquer le peuple à cette clé de compréhension du monde et à l’action qui devait en découler.

À l’instar de tous les « partis frères », il avait ainsi créé une « Section Centrale d’Éducation du Parti communiste français » qui œuvrait à la mise sur pied d’un appareil militant bien formé à l’analyse marxiste-léniniste. Dès la Libération, ce service publia notamment des fascicules mensuels de « l’École élémentaire du Parti communiste français » sous forme de « leçons » destinées à ses adhérents et sympathisants.

Deux exemplaires mensuels de « l’École élémentaire du Parti communiste français ». La « Troisième leçon », publiée en octobre 1944, expliqua « La démocratie française et son avenir ». La « Quatrième leçon », publiée en novembre 1944, fut consacrée à « La Nation française ».

Deux exemplaires mensuels de « l’École élémentaire du Parti communiste français ». La « Troisième leçon », publiée en octobre 1944, expliqua « La démocratie française et son avenir ». La « Quatrième leçon », publiée en novembre 1944, fut consacrée à « La Nation française ».

Plan Marshall contre Paysans : janvier 1950 La Terre journal hebdomadaire Parti communiste français monde rural.

Tiré à part de janvier 1950 de « La Terre », journal hebdomadaire du Parti communiste français destiné au monde rural.

Ce document reprenait in extenso les deux discours de Waldeck Rochet, membre du Bureau Politique, prononcés à l’Assemblée nationale les 29 novembre et 21 décembre 1949 pour dénoncer les conséquences du Plan Marshall.

Le Parti Communiste Français ne se contentait pas de s’opposer frontalement aux médias dominants, il tenait à expliquer aux agriculteurs français des années 50 les motivations géopolitiques et économiques de la politique américaine.    

Que l’on ait été favorable ou hostile aux analyses communistes, la vérité oblige ainsi à dire que le Parti Communiste Français effectua, pendant de nombreuses années, un travail d’éducation populaire d’une abnégation et d’un idéalisme dignes de bien des éloges. Le Parti Communiste Français croyait dans la Politique – avec un grand P – et se situait ainsi aux antipodes exacts du cynisme de la « politique spectacle » contemporaine.

À peu près toutes les critiques ont pu être faites depuis lors sur le « système clos » que constitue la pensée marxiste-léniniste comme philosophie, sur le caractère rudimentaire de ses analyses économiques, et sur les résultats concrets de sa mise en œuvre dans l’ordre politique et social.

Tout ou presque a également été dit sur le Parti communiste français de cette époque, et plus encore sur son refus de faire preuve, à l’égard des régimes communistes de l’URSS et des pays de l’est européen, de la même acuité dans l’analyse critique que celle qu’il réservait aux pays du camp capitaliste. (On se rappelle par exemple qu’au printemps 1956, Maurice Thorez refusa de diffuser en France le « rapport secret » de Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline, mais qu’il soutint le même Khrouchtchev en novembre de la même année lors de la sanglante répression de l’insurrection hongroise par les troupes soviétiques).

Il n’en demeure pas moins que, pendant toute la période étudiée, le Parti Communiste Français mena une puissante œuvre d’éducation populaire. À destination du grand public, il développa des analyses précises et dénuées de tout angélisme, notamment en matière de géopolitique mondiale, en rupture frontale avec la pensée atlantiste. Seules les explications géopolitiques lumineuses que Charles de Gaulle développait dans ses écrits et ses conférences publiques peuvent, à cet égard, leur être comparées.

Notons d’ailleurs que la conclusion du livre que nous venons de voir souligne expressément ce rôle explicatif, ce rôle éducatif, que s’enorgueillissait de jouer le Parti Communiste Français pour démasquer la propagande européiste : « L’Europe est perçue toujours mieux pour ce qu’elle est. L’ampleur de la crise et l’imminence de nouvelles menaces, jointes aux larges explications des communistes, y sont pour beaucoup. »

Le contraste avec la situation actuelle est donc, là aussi, particulièrement saisissant. Ce qui reste aujourd’hui du prétendu « Parti communiste français » ne se livre plus à aucun travail d’éducation populaire ni à aucune analyse critique de fond sur la géopolitique mondiale. Le Parti Communiste Français de 2013 admet comme un bien-fondé irréfutable le principe même de la construction d’une Europe supranationale, point.

Du coup, le Parti Communiste Français actuel est devenu un parti d’opposition superficielle, totalement inoffensif pour les politiques conduites. Il fait semblant de les contester, mais il n’en décortique jamais précisément les origines. Il n’analyse jamais la divergence irréductible des 28 intérêts nationaux qui expliquent les blocages continuels de l’UE et sa soumission fatale aux États-Unis, seuls capables de fédérer la majorité. Il n’en précise jamais les liens avec les traités européens qu’il refuse de dénoncer par ailleurs.

  • 3ème enseignement – Le Parti Communiste Français dénonçait explicitement « l’Europe » et l’OTAN comme une opération de « colonisation » américaine, menée avec la complicité de l’Allemagne, face à laquelle il était hors de question de « capituler ».

Comme le révèlent à la fois les déclarations des dirigeants communistes des années 1947-1980, les extraits du livre cité ci-dessus, et les affiches de l’époque, le Parti Communiste Français n’y allait pas par quatre chemins. Il dénonçait explicitement « l’Europe » et l’OTAN comme étant les deux volets d’une grandiose opération géopolitique américaine, menée avec la complicité de l’Allemagne, visant à faire de la France « un territoire colonisé ».

Le Parti Communiste Français dénonçait en conséquence les partisans français de cette opération double comme étant des « européistes », « partisans de la capitulation » et adeptes de « l’idéologie du renoncement national ».

Là encore, seul Charles de Gaulle tenait un discours comparable. Avec cette différence – qui est considérable – que l’Homme du 18 juin dénonçait AUSSI les visées hégémoniques de l’URSS, alors que le Parti Communiste Français gardait malheureusement sur celles-ci un silence complice.

Parti communiste français, de Gaulle politique américaine opération de « colonisation »  décolonisation seconde. indépendance colonies la nôtre. L’Europe occidentale protectorat Américains. domination. s’émanciper. fin de la guerre, Américains assujetti sans résistance. »

À part le Parti communiste français, seul Charles de Gaulle parlait de la politique américaine comme d’une opération de « colonisation » :

« Nous avons procédé à la première décolonisation jusqu’à l’an dernier. Nous allons passer maintenant à la seconde. Après avoir donné l’indépendance à nos colonies, nous allons prendre la nôtre. L’Europe occidentale est devenue, sans même s’en apercevoir, un protectorat des Américains. Il s’agit maintenant de nous débarrasser de leur domination. Mais la difficulté, dans ce cas, c’est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s’émanciper. Depuis la fin de la guerre, les Américains nous ont assujettis sans douleur et sans guère de résistance. »

Extrait de « C’était de Gaulle », Alain Peyrefitte, Fayard 1997, tome 2, pp. 15 -16

1978, Pierre Juillet « Appel de Cochin », qu’il parvint Marie-France Garaud signer Jacques Chirac. mouvance gaulliste géopolitique gaullienne. asservissement France Américains France vassale NON supranationalité économique effacement international France. empire marchands En 1978, Pierre Juillet (en photo ci-contre) rédigea le fameux « Appel de Cochin », qu’il parvint – avec l’aide de Marie-France Garaud – à faire signer à Jacques Chirac.

C’est le dernier texte d’importance émanant de la mouvance gaulliste à s’inscrire encore dans la ligne de la pensée géopolitique gaullienne.

Il y parlait en effet « d’asservissement de la France » par les Américains et de « France vassale », notamment dans ce passage : « C’est pourquoi nous disons NON. NON à la politique de la supranationalité. NON à l’asservissementéconomique. NON à l’effacement international de la France. […] Nous disons non à uneFrance vassale dans un empire de marchands, non à une France qui démissionne aujourd’hui pour s’effacer demain. »

presse euro-atlantiste -, Jacques Chirac Marie-France Garaud dogme européisme. Il se résignait véritable gaullisme bradage indépendance nationale,  président  République asservie.Trois ans après la publication de ce texte – qui scandalisa la presse euro-atlantiste -, Jacques Chirac (ici en photo avec Marie-France Garaud) se séparait de ces deux conseillers et se pliait au dogme de l’européisme. Il se résignait ainsi à trahir le véritable gaullisme et à contribuer au bradage de notre indépendance nationale, dans le but misérable de devenir président d’une République asservie.

Le contraste du Parti Communiste Français des années 50 avec le Parti Communiste Français de 2013 est donc, là encore, particulièrement saisissant. Ce qui reste du « Parti communiste français » de nos jours passe complètement sous silence à la fois le rôle essentiel des États-Unis d’Amérique dans la prétendue « construction européenne », la complémentarité politique, juridique et technique entre l’OTAN et l’UE, et les objectifs finaux poursuivis par Washington et l’oligarchie euro-atlantiste qui supervisent le tout.

Tag(s) : #Histoire

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