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La CGT dénonce et combat la souffrance au travail. L'élu LR de de Gouzon n'y voit qu'un "comportement scandaleux" d'un syndicat. Photo : Marta NASCIMENTO/REA

La CGT dénonce et combat la souffrance au travail. L'élu LR de de Gouzon n'y voit qu'un "comportement scandaleux" d'un syndicat. Photo : Marta NASCIMENTO/REA

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On ne sait pas dans quelle rubrique ranger l’affaire : faits divers, politique, travail ? Une chose est sûre, elle dit quelque chose du climat, et d’une certaine forme de violence qui s’exprime aujourd’hui en France. Commençons par la fin. Cela se passe à vingt kilomètres à l’est de Guéret, dans la Creuse, mardi 12 juillet. Le conseil de la communauté de communes du Carrefour des quatre provinces – la « com com » comme on dit ici – doit se réunir dans une salle communale de Cressat. Mais le maire se tient à l’entrée de la salle et filtre les entrées. Il a pris un arrêté municipal interdisant toute manifestation et n’autorise l’accès qu’aux élus montrant leur convocation.

Selon le récit du quotidien la Montagne, il « bouscule rudement » et « jette à la porte » plusieurs citoyens qui tentent d’entrer et contestent ses méthodes. Lui nous assure avoir été « agressé verbalement » et avoir essuyé des « crachats ». L’une des bousculées est la secrétaire départementale de la CGT des agents territoriaux, Brigitte Parelon. Victime d’un coup du lapin, elle a porté plainte avec le soutien de l’union départementale CGT et de la fédération CGT des services publics.

Tentative de suicide

d’une agent de la communauté de communes

L’homme, Jean Auclair, n’en est pas à son premier coup d’éclat. Ancien député UMP de la Creuse, élu « Les Républicains » (LR) aujourd’hui, il est connu pour avoir lancé « à poil Ségolène ! » dans l’Hémicycle, pour être favorable à la peine de mort et avoir fait l’objet en 2011 d’une plainte de SOS Racisme pour des propos à caractère raciste. Mais, cette fois, c’est une affaire de souffrance au travail qui déclenche son courroux, et ses méthodes. Ce 12 juillet, la poignée de citoyens et militants était venue dénoncer auprès des élus les conditions de mal-être intolérable de certains agents de la communauté de communes, alors qu’une grave crise ouverte depuis plus d’un an peine à déboucher. « Je n’ai jamais vu un dossier aussi lourd, explique Brigitte Parelon, qui milite depuis quarante ans dans la territoriale. Depuis le début, on a affaire à une collectivité qui s’enferme dans le mutisme, qui s’arc-boute, qui est en opposition à tout, la médecine du travail, l’inspection du travail, l’expert. Et l’État, le préfet, le procureur ne bougent pas. »

Basée à Gouzon, la communauté de communes créée en 1999 regroupe seize communes et emploie une vingtaine de fonctionnaires et contractuels. Depuis 2014, elle est présidée par le maire de Gouzon, Cyril Victor, également conseiller régional LR, et connu pour être le poulain de Jean Auclair. En mars 2015, les syndicats CGT, FO et FSU de la fonction publique territoriale sont alertés par des agents après la tentative de suicide de l’une d’entre eux sur le lieu de travail, par prise de médicaments.

Comme le raconte l’une des victimes, ce drame était l’aboutissement d’une lente descente aux enfers mêlant surcharge de travail et problèmes relationnels avec la directrice, une technicienne pas formée au management. La communauté n’a cessé de voir ses missions augmenter, sans que les recrutements suivent. L’année 2014 a été un tournant avec l’ajout de deux communes et des activités périscolaires, et l’arrivée du nouveau président, Cyril Victor, fermé aux difficultés du personnel. Un autre élu LR ayant pris leur défense, les agents se trouvent pris dans des affrontements de clans. « On s’est retrouvé au milieu de tout ça, déplore l’agent qui souhaite garder l’anonymat. Au départ c’est juste un problème de santé, de management, on est sidéré par la violence des réactions, par ces délires de coups tordus et de théorie du complot. »

« De la fumisterie pure et simple », braille l’élu LR Jean Auclair

L’intervention du CHSCT des territoriaux finit par déboucher à l’automne 2015 sur le lancement d’une expertise sur les risques psychosociaux confiée au cabinet Aliavox. Présenté en février dernier, le rapport confirme le climat délétère qui règne dans la collectivité, le déni de la direction et des élus, qui ne voient dans la démarche du personnel qu’un « complot » de leurs adversaires politiques ou de la CGT, leur fonctionnement « clivant », les intrusions dans la vie personnelle des agents. Page 96, dans une note de bas de page, l’expert avoue qu’« il y a quelque chose de glaçant et de préoccupant de se voir remettre des captures d’écran de téléphones personnels ou des mails tirés d’une adresse personnelle, fût-elle professionnelle, par la direction d’un service ». Du « rarement rencontré à notre connaissance dans l’histoire des expertises CHSCT ».

Aujourd’hui, sept agents sont en arrêt maladie selon les syndicats, dont l’agent qui a fait la tentative de suicide et sa collègue proche, qui bénéficient d’un suivi psychiatrique. Début juin, certains ont osé parler lors d’une conférence de presse organisée par les syndicats CGT, FO et FSU. Le préfet a annoncé fin juin la mise en place d’une médiation. Si ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer, pas plus que le président de la « com com », Cyril Victor, l’ex-député Jean Auclair n’hésite pas : « Une tentative de suicide ? Vous me l’apprenez. Mais ce n’est pas à cause du travail. C’est de la fumisterie pure et simple. Il y a cinq personnes qui font le bazar, comme par hasard ce sont des syndiqués à la CGT. Pour les autres agents il n’y a pas de problème. Le comportement de la CGT est scandaleux. C’est un syndicat révolutionnaire qui, sous prétexte de protéger les employés, se sert d’eux pour déstabiliser les entreprises publiques ou privées. La souffrance, il y en a partout. Si les gens sont en souffrance, ils n’ont qu’à aller travailler ailleurs. »

Tag(s) : #Lutte de classes
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