Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

D'hier à aujourd'hui, quand l'esprit colonialiste demeure..
D'hier à aujourd'hui, quand l'esprit colonialiste demeure..

D'hier à aujourd'hui, quand l'esprit colonialiste demeure..

Le 1er septembre 2013, il y a donc trois ans, François Hollande et son gouvernement PS s'apprêtent à lancer Rafales et missiles sur Damas...La guerre est une question d'heures. 

Le Président n'attend plus que le feu vert de Washington...

Ainsi, sans mandat de l'ONU, sans même consulter l'Assemblée Nationale, le président de la République décide de mettre la France en guerre contre un Etat souverain qui ne la menaçait pas. 

Comme deux ans plus tôt, Nicolas Sarkozy lançait l'armée française

à l'assaut de la Libye pour "punir" Kadhafi, coupable d'envisager un 'FMI africain' pour contrer le FMI de l'oligarchie mondialisée, et reconquérir les puits de pétrole pour le compte des grandes compagnies occidentales...

Il est bon de se rappeler, à sept mois des élections présidentielles, la tragédie évitée de justesse en 2013, initiée par le pouvoir PS comme celle réalisée en 2011 par le gouvernement Sarkozy-Juppé...

 

"Le Monde" relate le détail de l'opération militaire et diplomatique.

 

 

MInternational

 

L'été où la France a presque fait la guerre en Syrie

 

A l'été 2013, la France était sur le point d'intervenir en Syrie avec ses alliés, en particulier les Etats-Unis, après l'attaque chimique dans une banlieue de Damas. Retour sur un échec diplomatique avec la deuxième partie de l'enquêtede nos journalistes.

 

Avant de livrer bataille en Syrie, il faut d’abord gagner celle de l’opinion. Partout, en Europe comme aux Etats-Unis, l'hostilité est forte face à une intervention. « Comment faire comprendre que l’on a atteint un point de rupture quand depuis deux ans le conflit a déjà fait plus de cent mille morts ? », relève un conseiller au ministère de la défense.

 

Le président François Hollande sonne très vite la mobilisation. Et porte le débat sur le terrain de la morale. Dans son intervention, le mardi 27 août, devant la conférence des ambassadeurs, le chef de l’Etat avertit que « le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse. La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents ».

Le terme « punir » fait aussitôt débat, tant il tranche avec les précautions verbales d’usage jusqu’alors. « Hollande achète la ligne Fabius ("c’est un crime inacceptable, il faut réagir") et s’y retrouve », décrypte Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. « Il a été ferme très tôt, poursuit-il, alors que les Etats-Unis et les autres alliés sont plus flottants. »

Le même jour, le premier ministre britannique, David Cameron, joue la carte de l’urgence et convoque la chambre des Communes pour un vote, le jeudi, sur la participation du Royaume-Uni à une intervention militaire en Syrie. Tout s’accélère et semble accréditer la thèse de frappes imminentes.

 

« TOUT METTRE SUR LA TABLE »

 

La bataille de l’opinion passe d’abord par celle des preuves. Dans un premier temps, le président veut que l’on informe les groupes parlementaires. Un débat est prévu le mercredi 4 septembre, alors qu’on pense que les premières frappes auront déjà eu lieu. Il faut « tout mettre sur la table ». Dès lundi 2 septembre, le ministre de la défense, accompagné du patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et du chef d’état-major des armées, donnera tout aux présidents de groupes parlementaires, même des informations classifiées.

Mais une semaine seulement après les bombardements à la Ghouta, les premières inquiétudes apparaissent. Les députés britanniques doivent se prononcer, jeudi 29 août, sur une intervention en Syrie. Le vote s’annonce plus serré que prévu. Le matin, Laurent Fabius actionne les réseaux socialistes et appelle le dirigeant travailliste, Ed Miliband, dont le parti, traumatisé par l’engagement de Tony Blair en Irak, est profondément divisé sur la Syrie.

 

Le coup de fil de M. Fabius n’y changera rien. Le soir, après un débat véhément, la chambre des Communes refuse de donner son feu vert à une nouvelle opération militaire britannique au Moyen-Orient. A Paris, c’est la douche froide. « Personne n’avait anticipé la défaite de Cameron », rapporte un conseiller du Quai d’Orsay. Aussitôt, dit-il, la même interrogation est sur toutes les lèvres : « L’opération en Syrie est-elle morte ? »

 

Dans la soirée, Laurent Fabius téléphone à John Kerry et lui pose une question : « Est-ce que le vote de Londres change la donne pour Washington ? ». La réponse du secrétaire d’Etat américain rassure les diplomates français.« Malgré le revers britannique, on a toujours l’impression que les Américains veulent y aller », se souvient l’un d’eux. Au point, dit-il, que « tout le monde se dit que les premières frappes auront lieu dès le week-end ».

 

VERS DES SANCTIONS MILITAIRES

 

Un sentiment conforté le lendemain, vendredi 30 août, après le vibrant plaidoyer de John Kerry. Depuis la salle des traités du département d’Etat, le chef de la diplomatie américaine prend un accent passionné pour dénoncer « un crime contre l’humanité » à la Ghouta, ouvrant la voie à des sanctions militaires contre le régime de Bachar Al-Assad.

Son intervention est suivie en direct au Quai d’Orsay par les proches collaborateurs de Laurent Fabius. « Kerry ne laissait aucun doute sur le fait que les Américains étaient prêts à intervenir », raconte un conseiller. Pour en avoir le cœur net, un autre membre de l'entourage de M. Fabius appelle Robert Ford, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Damas. « Est-ce que vous avez décidé ? », lui demande-t-il. « Nous y sommes presque, mais le président n’a pas encore formellement pris la décision. Et tant que le président n’a pas signé, ce n’est pas décidé. » Vendredi, en début de soirée, François Hollande s’entretient à nouveau avec Barack Obama« Obama laisse entendre que les frappes pourront débuter avant ou après le G20 de Saint-Pétersbourg », relate un diplomate.

Le lendemain, samedi 31 août, toutes les équipes de l'Elysée, du Quai d’Orsay et de la défense sont sur le pont. Les argumentaires pour expliquer les frappes sont peaufinés. « Dans l’après-midi, nous avons reçu plusieurs appels des collaborateurs d’Obama nous disant de nous tenir prêts pour le début de l’intervention », raconte un influent haut fonctionnaire.


Le samedi 31 août, lorsque François Hollande prend Barack Obama au téléphone, en fin d’après-midi, il ne s’attend pas à une volte-face totale. Le président américain lui explique longuement qu’il a finalement choisi de consulter le Congrès. Et donc de reporter les frappes. Le coup est cinglant pour Hollande. Plus que tout autre chef d’Etat occidental, il avait plaidé pour une intervention en Syrie. Il se retrouve désormais isolé. L’un des observateurs présent lors de cet échange raconte que Barack Obama a, en substance, justifié ce retournement de situation spectaculaire en disant : « Il n’y a pas de coalition internationale pour une intervention en Syrie, pas de majorité au Conseil de sécurité, pas de soutien dans l’opinion, il faut au moins que j’ai l’aval du Congrès, car je ne suis pas George W. Bush ».

Le changement de pied d’Obama prend l’opposition syrienne par surprise. Ahmed Jarba, leader de l'opposition syrienne, l’apprend en regardant le discours du président à la télévision. « Une demi-heure avant son intervention, j’ai reçu un mail d’un haut responsable de l’opposition, qui m’expliquait, sur un ton catégorique, qu’Obama allait annoncer des frappes », raconte le chercheur Khaled Saleh, sur un ton amer.

 

NÉGOCIATIONS SECRÈTES AVEC L'IRAN

 

L'explication de ce tête-à-queue d'Obama est-il à rechercher du côté de l'Iran ? La question s'est aussitôt posée quelques semaines plus tard, lorsque la presse américaine a révélé que les Etats-Unis menaient des négociations secrètes avec Téhéran sur l'épineux dossier nucléaire iranien depuis mars 2013. Dans quelle mesure le télescopage de ce dossier, une priorité absolue pour Washington, a-t-il poussé les Américains à ménager Téhéran en renonçant à frapper son allié syrien ? Au Quai d'Orsay, on estime que ces discussions parallèles n'ont pas pesé de façon déterminante sur la décision américaine. « Si cela avait été le cas, le revirement d'Obama, en l'espace d'une nuit, n'aurait pas été aussi brutal », souligne un diplomate chevronné.

Après le coup de téléphone de M. Obama à François Hollande, l'état-major, un peu sonné, réoriente ses plans. Le ministre Jean-Yves Le Drian fait arrêter la montée en puissance du dispositif militaire – mais il ne l’annule pas. Et son cabinet se lance dans l’exégèse des propos présidentiels américains. L’entourage de M. Le Drian est partagé ce soir là : pour certains, c’est clair, il ne va rien se passer, et Obama, quoiqu’il arrive, ne frappera pas. Pour d’autres, au premier rang desquels le conseiller spécial Jean-Claude Mallet, les mots d’Obama – qui invoque alors « la mise en danger de la sécurité nationale » des Etats-Unis – signifient qu’il « lance vraiment sa machine » : « il engage la bataille du Congrès, ce qui veut dire qu’il va aller jusqu’au bout ».

Les premiers jours semblent conforter cette analyse. A Paris, on acquiert le sentiment qu’Obama peut gagner : il obtient le soutien du républicain John McCain et d’autres importantes figures au Sénat - en contrepartie, il lâche du lest en disant qu’il faut renforcer le soutien à l’opposition syrienne. « On croit encore dans les 72 heures qui suivent que cela va se faire », confie un proche de Le Drian. La défensedemande aux Américains où en est la planification militaire et se rassure là aussi. Les échanges entre le centre opération de l’état-major à Paris et son équivalent de Tampa continuent : de part et d’autre de l’Atlantique, on garde le dispositif totalement opérationnel.

 

« PAS QUESTION DE REFAIRE LA LIBYE »

 

Mercredi 4 septembre, le jour du débat prévu à l’Assemblée nationale, François Hollande convoque ses principaux ministres et collaborateurs pour un conseil restreint, à 11 h 30, à l’Elysée. « Le président insiste sur la nécessité d’apporter des informations d’origine françaises pour valider un argumentaire en quatre points, raconte un témoin : c’est une attaque chimique, massive, contre des civils, orchestrée par le régime de Bachar Al-Assad ». L’autre point de la réunion porte sur la nature de l’intervention : il s’agit d’une « opération limitée, ciblée sur le chimique », pas d’un changement de régime. « A aucun moment se pose la question de refaire la Libye », note un diplomate.

La question des armes chimiques est une préoccupation de longue date. Le ministère de la défense travaille sur la maîtrise des sites chimiques syriens depuis début 2012. Des plans d’élimination sont élaborés avec les Britanniques et les Américains. La concertation entre les trois alliés sur une action éventuelle pour stopper le programme syrien a commencé avant même l'élection de François Hollande en mai 2012 et s'est accélérée après. Les stocks, les produits et les scénarios d'emploi de ces armes par le régime d'Al-Assad sont alors bien connus.

Au printemps 2012, les services français commencent à repérer des mouvements autour des sites chimiques syriens. A partir de là, François Hollande réunit, tous les deux mois, un conseil restreint sur le sujet. Il ordonne que la coopération soit maximale avec les Etats-Unis, la Turquie et la Jordanie. Fin 2012, les premiers indices d'un usage d'armes chimiques apparaissent : des petites quantités de gaz sont larguées sur le champ de bataille par des roquettes, des bombes fumigènes, des hélicoptères. Instruction est alors donnée à la DGSE, les services de renseignement extérieurs, d'exploiter tout échantillon. Jusqu'à la déclaration de Laurent Fabius, début mai 2013, qui fait état de la « certitude » acquise par Paris que des armes chimiques ont été utilisées par le régime en Syrie. Le massacre du 21 août 2013 marque un changement d'échelle majeur et commande d’agir.

A partir du bombardement de la Ghouta, la concertation entre Paris et Washington est permanente : le ministre de la défense Le Drian parle à Chuck Hagel, très pro-frappes, en qui il a confiance ; Jean-Claude Mallet, le conseiller spécial, a la ligne d’Ashton Carter, le secrétaire adjoint à la défense ; le chef d’état-major des armées, Edouard Guillaud, ne quitte pas son homologue Martin Dempsey ; tandis que son sous-chef opérations, Didier Castres, gère les contacts avec Tampa.

 

Paul Jean-Ortiz, le sherpa du président, lui, téléphone tous les jours à Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale, tandis que Laurent Fabius multiplie les échanges avec John Kerry. Dans les huit jours qui ont suivi le revirement américain du 31 août, MM. Obama et Hollande se sont parlé quatre fois au téléphone. « Ils ne nous ont jamais enfumés, assure un conseiller de la présidence. Ils nous ont toujours dit : “On n’a pas décidé encore”, “la réflexion générale va vers l’intervention” ».

 

RASSEMBLER LES EUROPÉENS

 

M. Hollande demande à Le Drian de rassembler les Européens. Jeudi 5 septembre, le ministre appelle ses deux homologues britannique et allemand. Avant d’informer un à un ses collègues ministres de la défense des Vingt-Huit, réunis de façon informelle, le soir à Vilnius, en Lituanie. Mission accomplie pour Jean-Yves Le Drian, l’ami de trente ans du président : « il a instruit le dossier à charge contre Assad et a apporté à Hollande la certitude que les opérations étaient faisables, prêtes, dans une relation de confiance avec les Etats-Unis », résume un proche. Les militaires français ont fourni des dossiers d’objectifs complets pour les missiles de croisière. Les Américains, fait exceptionnel, ont « tout donné » : leurs raids, leurs plans de frappes.

Mais dès le mercredi 4 septembre, à Paris, on commence à comprendre que le calendrier américain s’étirait.

 Les informations venues de Washington montrent que M. Obama n’aura pas la majorité à la Chambre des représentants. Le président Hollande est dans une impasse.

Le climat d’hostilité aux frappes semble l’emporter.

Le sommet du G20,  à Saint-Pétersbourg, en Russie.

 

 

C’est dans ce contexte de plus en plus tendu que se tient le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, vendredi 6 septembre. « On sent bien que l’hypothèse des frappes punitives s’éloigne, mais on souhaite lesgarder dans le paysage, comme un moyen de pression, c’est ça l’objectif du G20 », confie un proche de M. Hollande. La crise syrienne électrise cette rencontre internationale sur les bords du Golfe deFinlande. Vladimir Poutine est plus raide que jamais. Les Russes balaient publiquement les accusations contre le régime syrien, affirmant qu’il n’y a pas de « preuves » suffisantes pour incriminer Bachar Al-Assad dans l’attaque du 21 août. En apparence, le dialogue de sourd est total et rien, publiquement, ne laisse présager un compromis.

Le sommet s’achève, vendredi dans l’après-midi, par un tête-à-tête entre Poutine et Barack Obama, lequel s’entretient ensuite avec François Hollande. Pendant leur échange d’environ 45 minutes, M. Hollande interroge le président américain sur le rapport de force au Congrès. « C’est difficile », lui répond M. Obama. Et à la question sur une date pour les frappes, M. Obama désigne alors du doigt le général Benoît Puga, assis autour de la table : « Laissons nos chefs d’état-major travailler ensemble », lâche de façon sibylline le président américain.

 

« C'EST NOTRE MUNICH À NOUS ! »

 

En quittant Saint-Pétersbourg, les Français savent que les Russes ont exposé aux Américains un plan de démantèlement des armes chimiques syriennes. « Mais à ce stade, dit-on à l'Elysée, c'était encore théorique. On ignorait si Bachar était d'accord ou pas, cela pouvait aussi être un énième écran de fumée ». D'autant que John Kerry continue le lendemain, samedi 7 septembre, lors d'une escale à Paris, àdéfendre une ligne dur contre Bachar Al-Assad. « Laisser faire un criminel, c'est l'inciter à récidiver », clame le secrétaire d'Etat américain dans un français parfait lors d'une rencontre au Quai d'Orsay. Pourdramatiser son propos, il n'hésite pas à recourir à l'histoire« C'est vraiment notre Munich à nous ! C'est le moment de choisir la responsabilisation plutôt que l'apaisement. »

Quarante-huit heures plus tard, le ton changera du tout au tout. La crise syrienne connaît un nouveau coup de théâtre diplomatique, le deuxième en dix jours après la décision d'Obama de recourir au Congrès. Cette fois-ci, le retournement de situation viendra de Moscou. Lundi 9 septembre, la Russie, jusque-là arc-boutée sur une défense inflexible du régime de Damas, propose de placer l'arsenal chimique syrien sous surveillance internationale, en vue de sa destruction.

 

La surprise est totale. « Le plan russe est tombé du ciel », lâche un diplomate français. Il bouleverse complètement la donne. Si l'arsenal chimique syrien peut être sécurisé, puis détruit, comme l'affirme la Russie, alors la justification d'une intervention militaire en Syrie s'effondre. Le soulagement est palpable à Washington qui saisit aussitôt la balle au bond, tant la perspective d'une implication dans le conflit syrien était aussi impopulaire que lourde de risques.

Les autorités françaises sont prises de court. C'est la deuxième fois qu'elles se font bousculer par les Américains. Lâchées en plein vol, diront certains. François Hollande est plus isolé que jamais sur la scène internationale, seul désormais à avoir défendu jusqu'au bout des sanctions militaires contre Damas. « Bachar a sacrifié son dispositif chimique pour sauver son régime, se console-t-on à l'Elysée. Sans la menace de frappes il n'aurait pas bougé. »

RETOUR GAGNANT POUR LES RUSSES

Marginalisée depuis le début du conflit syrien, la Russie se replace de façon spectaculaire au cœur du jeu diplomatique, désormais mené en tête-à-tête avec les Etats-Unis. John Kerry et son homologue russe, Sergueï Lavrov, conviennent de se retrouver, jeudi 12 septembre, à Genève, pour ficeler les contours d'un accord. Il sera bouclé en un temps record et annoncé, samedi 14 septembre.

« La veille de la déclaration Kerry-Lavrov, le décompte des voix (au Congrès) s'inverse en défaveur d'Obama et on se dit que ça va être compliqué », raconte un proche de Le Drian. Puis, tout va tomber« La solution russe, quand elle sort, on la connaît. Mais Russes et Américains en ont parlé en bilatéral sans nous en parler, et ce sont les Russes qui l'annoncent. C'était rageant », se souvient un connaisseur du dossier au ministère de la défense.

 

Le secrétaire d'Etat John Kerry et le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov, le 14 Septembre 2013.

Le secrétaire d'Etat John Kerry et le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov, le 14 Septembre 2013. LARRY DOWNING / REUTERS

 

 

Moins d'un mois après l'attaque de la Ghouta, le régime de Damas sera ainsi passé du statut de paria international, à celui d'interlocuteur incontournable à la mise en œuvre d'un accord sur le démantèlement de son arsenal chimique, qui recevra l'onction du Conseil de sécurité de l'ONU le 26 septembre.

« HOLLANDE NE VEUT PAS Y ALLER SEUL »

Pourtant, le niveau de planification militaire, comme la mobilisation des avions bombardiers, sera maintenu jusqu'à la déclaration Kerry-Lavrov de Genève. Personne, autour de François Hollande, n'a poussé l'option d'une frappe française en solo après le revirement américain. Cette possibilité était sur la table depuis le début, car techniquement réalisable, comme l'a confirmé l'armée de l'air. Mais le chef de l'Etat français ne l'a pas prise en compte. « Dès le départ, on sait que le président ne veut pas y aller tout seul », dit-on à l'Elysée.

Au moins trois facteurs ont poussé François Hollande à renoncer à une intervention en solitaire, raconte une source bien informée. D'abord, « l'opération avait plus de légitimité si elle était menée à plusieurs », un argument indispensable pour contrer le scepticisme de l'opinion française. Ensuite, il y avait le risque de l'isolement diplomatique. « Tout seul, on était sans filet au Conseil de sécurité si on nous demandait des comptes », poursuit cette source. Enfin, il y avait la crainte de « représailles sur d'autres fronts, notamment en Afrique ». « Il aurait été plus facile pour Damas de s'en prendre à la France si elle avait été seule », affirme ce proche du dossier.

Dans les décisions prises sur les opérations militaires prévues, « jamais nous n'avons eu autre chose en tête que le démantèlement de la capacité syrienne à utiliser les armes chimiques », assure-t-on dans l'entourage de M. Le Drian. « Les plans de frappes le montrent ». La ligne présidentielle était celle d'une déconnection entre les opérations de frappes aériennes et l'aide à l'opposition syrienne.

« PRENEZ CE PISTOLET, IL M'EN RESTE PLEIN À LA MAISON »

Mais sur les buts de guerre, le langage officiel a évolué au fil des jours. La défense a d'abord parlé de « frappes limitées » : elles visaient « tout le chimique, mais le chimique seulement ». Puis, il a été admis, au moins officieusement, que ces frappes devaient changer le rapport de force politique sur place. Parce que l'armement chimique était sous la tutelle directe des plus hautes autorités du régime, et de Bachar lui-même, il s'agissait bien d'atteindre le cœur du régime. « C'était porteur d'une dynamique qui aurait été positive, les frappes auraient changé les conditions du terrain », reconnaît aujourd'hui une source à l'Elysée. Leur annulation, reconnaît cet interlocuteur, fut « un coup très dur porté à l'opposition, qui avait besoin de montrer qu'elle bénéficiait d'un soutien extérieur ».

 

Une femme porte le portrait de Bachar Al-Assad, dans une rue de Damas, le 11 septembre, jour du 48e anniversaire du président syrien.

Une femme porte le portrait de Bachar Al-Assad, dans une rue de Damas, le 11 septembre, jour du 48e anniversaire du président syrien. 

 

 

« Très, très dur, confirme Monzer Akbik, le directeur de cabinet d'Ahmed Jarba, chef de la Coalition nationale syrienne (CNS). Nos informateurs au sein du régime évoquaient un début de panique, un exode de cadres sécuritaires vers le Liban. On avait le sentiment que le régime n'aurait pas résisté à des frappes. On aurait pu économiser beaucoup de vies ».

LE RÉGIME CONFORTÉ

« L'accord en soi nous a beaucoup déçu, ajoute Najib Ghadbian, le représentant de la CNS à Washington. Nous n'avons pas compris pourquoi les Etats-Unis n'ont pas cherché à obtenir davantage de concessions de la part du régime. En plus du chimique, ils auraient pu lui interdire aussi de se servir de ses missiles Scud. Finalement, Bachar est sorti renforcé de toute cette affaire. C'est comme s'il avait dit à la communauté internationale, “prenez ce pistolet, il m'en reste plein à la maison” », grimace l'opposant.

Pour l'exécutif français, la conclusion est amère. « A force de reculades, on est en train de laisser faire la destruction de la Syrie », dit un proche de Le Drian.
« L'accord sur les armes chimiques a réglé un casse-tête, mais il n'a pas tranché au cœur du problème. Il y a un trou dans la raquette, la transition 
politique n'est pas réglée », ajoute-t-on à l'Elysée. Le processus de démantèlement de l'arsenal chimique tel qu'il se déroule « conforte et légitime le régime », lâche ce haut responsable.

 

·                                 Christophe Ayad 
Rédacteur en chef International


 

Tag(s) : #Impérialisme

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :