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L’administration Obama envisage officiellement d’armer les rebelles syriens contre le gouvernement légitime de Damas et ses alliés russes

Les Crises - Des images pour comprendre

Source : The Wall Street Journal,

le 28/09/2016

Le secrétaire d’État appelle à un arrêt de l’offensive à Alep lors d’un échange téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères russe

Par Adam Entous et Felicia Schwartz

WASHINGTON – L’administration Obama a menacé de se retirer des pourparlers avec la Russie en raison de l’échec du cessez-le-feu en Syrie, et a relancé un débat interne sur l’opportunité de fournir plus de force de frappe aux rebelles pour faire face à une intensification de l’assaut russe et syrien sur leur place forte d’Alep, ont affirmé des responsables américains.

La Maison-Blanche avait suspendu le débat sur l’armement plus tôt cette année pour donner l’opportunité au secrétaire d’État John Kerry d’essayer de négocier un cessez-le-feu avec son homologue russe.

M. Kerry a dit au ministre des Affaires étrangère russe Sergei Lavrov, lors d’un appel téléphonique mercredi, que les États-Unis étaient prêts à suspendre leur engagement avec Moscou sur la Syrie si la Russie ne prenait pas “des mesures immédiates” pour arrêter l’offensive sur Alep.

Le débat relancé sur ce que l’administration considère comme un plan B, selon des responsables américains, est centré sur la question de savoir s’il faut autoriser la CIA, et ses partenaires dans la région, à livrer des systèmes d’armement qui permettraient aux unités rebelles avalisées par la CIA de frapper les positions d’artillerie russes et syriennes depuis une longue distance.

L’administration Obama a exclu la fourniture aux rebelles de systèmes portables de défense aérienne, connus sous le nom de Manpads, mais des membres de l’administration ont affirmé qu’ils envisageaient de les armer de systèmes anti-aériens moins mobiles et qui poseraient donc moins de risques de prolifération.

Le porte-parole du Département d’État John Kirby a affirmé, mercredi, que l’administration Obama discutait d’options “en dehors du champs diplomatique” pour résoudre le conflit, mais a refusé de donner des détails.

Un accord de cessez-le-feu russo-américain a échoué la semaine dernière après que des responsables américains ont accusé la Russie d’avoir bombardé un convoi humanitaire, et le régime du président syrien Bashar al-Assad d’avoir lancé une nouvelle offensive contre les zones d’Alep tenues par les rebelles.

Des membres de l’administration affirment que la vitesse de l’offensive russe et syrienne contre Alep a poussé la Maison-Blanche à accélérer ses délibérations et forcé les responsables politiques à envisager des options pour lesquelles ils étaient jusqu’ici réticents.

En plus de l’approvisionnement en armes par la CIA et ses partenaires, les États-Unis envisagent de donner leur feu vert à leurs alliés régionaux, y compris la Turquie et l’Arabie saoudite, pour fournir des systèmes d’armement plus puissants aux rebelles.

Certains responsables américains pensent qu’il est peut-être déjà trop tard pour avoir un quelconque impact sur le champ de bataille, et que l’administration devrait envisager de prendre une action militaire américaine directe contre le régime d’Assad pour stopper la campagne.

Des membres de l’administration prédisent une forte opposition à la Maison-Blanche à toute option impliquant une action directe de l’armée américaine contre le régime d’Assad, en raison du risque de déclencher un conflit plus étendu avec la Russie. L’armée américaine a mené des frappes en Syrie contre l’État islamique depuis 2014.

Le Wall Street Journal rapportait en février que les meilleurs conseillers en renseignement et militaires du président Barack Obama faisaient pression sur la Maison-Blanche pour proposer un plan alternatif afin d’aider les rebelles à mieux repousser les Russes et les Syriens. Le programme secret de la CIA pour armer les rebelles a commencé en 2013, impliquant une aide à des groupes rebelles examinés et approuvés par des responsables américains.

Les grands partisans au sein de l’administration Obama de la fourniture de force de frappe aux rebelles pour contrer les Russes ont été le directeur de la CIA John Brennan et le Secrétaire à la Défense Ash Carter. La Maison-Blanche et M. Kerry ont plutôt soutenu les négociations avec les Russes. La Maison-Blanche a été soucieuse de ne pas aggraver un combat par procuration avec Moscou qui pourrait aspirer Washington plus loin encore dans le conflit.

L’ultimatum américain de mercredi a été la déclaration la plus forte de Washington sur un conflit larvé entre les deux puissances au sujet de l’échec du cessez-le-feu. Les États-Unis et la Russie ont annoncé l’accord sur le cessez-le-feu ce mois-ci, qui entrainait la possibilité d’une coopération militaire plus étroite contre les combattants islamistes.

Le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé mercredi que M. Lavrov, lors de la conversation, a souligné que des rebelles anti-gouvernement soutenus par Washington “ont refusé de suivre l’accord russo-américain… mais ont au contraire fusionné avec Jabbat al-Nosra” un groupe lié à al-Qaïda qui s’est rebaptisé en juillet et a affirmé avoir coupé les liens avec le mouvement extrémiste.

Depuis que la Russie est intervenue il y a un an pour aider M. Assad à se maintenir au pouvoir, l’aviation russe a ciblé lors de ses frappes des rebelles soutenus par la CIA a affirmé un officiel américain.

Dans son appel à M. Lavrov, M. Kerry a exprimé “sa grave inquiétude” au sujet des attaques continues des forces russes et syriennes contre des hôpitaux et autres infrastructure civiles d’Alep, a affirmé M. Kirby.

“Le secrétaire d’État a clairement dit que les États-Unis et ses partenaires tenaient la Russie pour responsables de la situation, y compris concernant l’usage de bombes anti-bunker et incendiaires dans l’environnement urbain, une escalade drastique qui met les civils en grand danger,” a affirmé M. Kirby.

M. Kirby a affirmé que la meilleure option pour la Syrie serait une “cessation immédiate des hostilités” et l’acheminement d’aides humanitaires.

“La politique est que nous continuons à soutenir la solution diplomatique, plutôt que la militaire,” a-t-il affirmé, “cela ne signifie pas que nous ne continuons pas à discuter des autres options et alternatives qui pourraient nous être offertes”

Les responsables politiques américains envisagent de légiférer pour étoffer les sanctions américaines contre le gouvernement syrien et ses soutiens, et la Maison-Blanche a affirmé plus tôt dans la semaine que M. Kerry avait parlé durant le weekend avec les ministères des Affaires étrangères européens au sujet du renforcement des mesures punitives.

Si les États-Unis persistent dans leur idée de cesser les discussions avec la Russie, les mesures incluront probablement de rappeler une équipe de Genève qui a rencontré des représentants russes pour essayer de mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu.

Une unité militaire établie pour “déconflictualiser” les opérations aériennes dans le combat contre l’État islamique resterait en place même si les discussions sur le cessez-le-feu sont suspendues, a affirmé un officiel.

M. Kirby a affirmé que les États-Unis espéraient que l’incitation à une coopération militaire plus étroite avec les États-Unis, ainsi que l’augmentation des coûts pour l’armée russe alors que le conflit en Syrie s’éternise, pourrait entrainer un changement de position de la Russie.

“La Russie continuera d’envoyer des troupes à la maison dans des sacs mortuaires et ils continueront de perdre des ressources, et peut-être même plus d’avions,” a affirmé M. Kirby.

Bien que la Russie a affirmé aux États-Unis vouloir une coopération plus étroite et une stabilité en Syrie, “nous n’avons rien vu depuis que l’accord de Genève du 9 septembre a été conclu qui nous amènerait à croire que la Russie est sérieusement sur le point de remplir ses engagements,” a affirmé M. Kirby.

Nathan Hodge a participé à la rédaction de cet article.

Source: The Wall Street Journal, le 28/09/2016

 

Tag(s) : #Impérialisme

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