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Bayrou, Macron, Yade, Pinel: la victoire de Fillon aiguise les appétits au centre

"canempechepasnicolas" : 

La crise politique qui enfle chaque jour davantage laisse ouvert le champ des ambitions.
Celles-ci sont nombreuses, en particulier au soit disant 'centre'. Le discours de violence sociale que François Fillon incarne, permet à d'autres politiciens de même obédience d'apparaître "plus modérés" dans la forme, pour se faire une petite place dans le camp qu'ils espèrent victorieux.  Mais Emmanuel Macron va-t-il se laisser prendre dans la nasse du marais, alors que jusqu'ici il se voulait le recours "ni gauche-ni droite",  "moderne et jeune", visage neuf  de l'écurie Rothschild...

Les jeux ne sont pas encore faits.

Challenges

Alors que la droite s'est trouvée un chef, le centre recherche toujours le sien. Dimanche, en atomisant Alain Juppé au second tour de la primaire de la droite, François Fillon a plongé dans le désarroi une bonne partie des centristes. Et le MoDem, et l'UDI, les deux formations centristes françaises, avaient misé sur une victoire du maire de Bordeaux dans la compétition organisée par le parti Les Républicains. Grand favori des sondages, l'ancien Premier ministre présentait l'avantage d'être plus proches des valeurs centristes en proposant un libéralisme économique à visage humain et des positions sociétales progressistes. Las, la vague Fillon a tout emporté. Et porte en elle la promesse d'une suppression de 500.000 postes de fonctionnaires et d'une réécriture de la loi Taubira. Deux points qui cristallisent les inquiétudes des centristes.

L'UDI en voie d'implosion?

Paradoxalement, c'est à l'UDI que la situation est la plus alarmante. Le parti de centre-droit est plus proche de François Fillon que le MoDem. Son président Jean-Christophe Lagarde a donc logiquement engagé les manoeuvres de rapprochement avec le vainqueur de la primaire de la droite dès dimanche soir, en se disant prêt à mener des discussions sur "un projet législatif" avec Les Républicains. Un appel qui place lundi le parti au bord de l'explosion: plus de 130 dirigeants, militants et élus de l'UDI Jeune ont lancé un appel pour soutenir la candidature d'Emmanuel Macron. Et plusieurs poids lourds de la formation pourraient faire de même. Dimanche, le député européen Jean Arthuis, ancien ministre de l'Economie et des Finances de Jacques Chirac, a annoncé qu'il rejoignait l'ex-conseiller de François Hollande. 

Il faut dire que depuis l'annonce de sa candidature, le 16 novembre dernier, Emmanuel Macron laboure les terres centristes. La victoire de François Fillon à la primaire de la droite sert les intérêts de l'ancien pensionnaire de Bercy en dégageant un espace au centre-droit. "C'est un créneau qu'il va occuper", observe la centriste Corinne Lepage. "Il va chasser sur les terres du centre avec un positionnement plus libéral que François Bayrou qui correspond à la droitisation de la société française et plaît aux jeunes, qui se retrouveront derrière sa candidature". Dimanche, le président-fondateur de "En Marche" ne s'est pas fait prier pour appeler "les progressistes de droite" à le rejoindre. Il espère capitaliser sur son positionnement plus modéré que François Fillon sur les thèmes économiques, et plus ouvert sur les sujets de société, pour capter une partie de l'électorat centriste. Une stratégie qui le propulse déjà à la troisième place des sondages réalisés après le second tour de la primaire.

Seule inconnue sur le chemin d'Emmanuel Macron: l'attitude de François Bayrou. La défaite d'Alain Juppé donne des ailes au maire de Pau, qui caresse l'idée de se présenter une quatrième fois de suite à l'élection présidentielle. Sentant la vague Fillon monter, ses proches ont commencé à préparer les esprits à une candidature du président du MoDem dès la semaine dernière, rappelant qu'il n'était tenu par aucun engagement et libre de se présenter à la présidentielle s'il le souhaitait. Dimanche, l'ancien ministre de l'Education a posé la première pierre d'une candidature à l'Elysée en s'interrogeant publiquement sur le programme de François Fillon, se demandant si le projet du candidat de la droite était "au point d'équilibre qu'exige l'avenir de la France".

Bayrou, un pari perdu d'avance?

Honni par une partie de la droite et usé par plus de vingt ans de carrière politique, le maire de Pau peut-il réussir son pari? Certains en doutent. "Je pense que son tour est passé", estime Corinne Lepage. Les proches de Bayrou restent eux persuadés que la radicalité du programme de François Fillon peut les servir. "Sur la considération apportée aux personnes les plus faibles, le souci permanent de ne pas abandonner les plus pauvres sur le bord de la route, Juppé était plus convaincant", note le porte-parole du MoDem Yann Wherling. "Sur les questions d'écologie aussi, François Fillon ne semble pas très intéressé. Quand aux questions sociétales, il y a un gros doute... On tient à la loi Taubira et on entend une petite musique peu rassurante dans le camp Fillon".

"Un espace politique nouveau, qui ne se retrouve pas dans l'offre politique de François Fillon, va s'ouvrir", théorise le secrétaire général du MoDem Marc Fesneau. "Tout le défi sera de réussir à lui parler". Il seront nombreux à essayer. En plus d'Emmanuel Macron et François Bayrou, deux anciennes ministres, Rama Yade et Sylvia Pinel, sont sur les rangs. La première s'est lancée dans une aventure personnelle avec son mouvement "La France qui ose", et n'a que peu de chance de réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle. Mais elle fait tout comme. La seconde peut compter sur l'appui du Parti Radical de Gauche et son réseau d'élus locaux pour être sur la ligne de départ. Mais sa candidature s'apparente avant tout à une manière de peser dans le débat qui va s'ouvrir à gauche avec la primaire de la "Belle alliance populaire". Autant d'ambiguïtés politiques qui continuent de brouiller le jeu au centre.

 

Tag(s) : #Politique française

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