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Lettre ouverte à mes anciens camarades "Je rends ma carte du Parti tous les soirs, je la reprends tous les matins" (Aragon)

 

Chers ex-camarades

 

Dans quelques jours, vous aurez à voter pour choisir le positionnement du PCF lors des élections présidentielles de 2017. La décision que vous allez prendre est capitale pour la survie du PCF en tant qu’organisation politique autonome, et c’est pourquoi je voudrais avant ce vote vous apporter quelques modestes éléments d’éclairage.

 

Certains parmi vous pourraient se demander pourquoi, n’étant plus membre du PCF depuis de longues années, je m’intéresse encore à ses affaires au point de vous adresser cette lettre. A ceux-là je répondrai que je n’ai jamais quitté le Parti. C’est mon Parti qui m’a quitté au début des années 2000, sous le règne d’UbHue Ier, lorsqu’il a décidé que le sort des LGBT et autres minorités agissantes était plus important que celui de la classe ouvrière, que les questions sociétales passaient avant les questions sociales. Mais j’ai toujours conservé l’espoir que mon Parti me revienne, et même dans l’état de déliquescence où il est aujourd’hui je verrais sa disparition comme un recul dans la capacité des couches populaires de notre pays à faire valoir leurs droits.

 

Au-delà des « trois options » qui vous sont offertes, l’alternative est à mon sens simple : soit le PCF est capable de s’insérer dans une logique qui lui permette de faire valoir sa spécificité lors du choix du candidat, du projet, du programme, des thèmes de campagne ; soit il ne lui reste plus qu’à disparaître dans une logique de ralliement inconditionnel à un mouvement où ces choix seront faits par d’autres et en dehors de lui. C’est aussi simple que ça.

 

Vous trouvez que j’y vais fort en parlant de « ralliement inconditionnel » ? Et bien, regardons les choses en face. Supposons que les militants du PCF choisissent de rejoindre la campagne des « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon. Ils n’auront pas leur mot à dire ni sur le choix du candidat, ni sur le projet, ni sur le programme, ni sur les thèmes ou le matériel de campagne. Toutes les décisions seront prises – comme elles l’ont été jusqu’à maintenant – par le candidat et le petit groupe de fidèles qui tourne autour de lui dans la plus grande opacité. Il ne restera plus aux militants communistes qu’à coller les affiches et distribuer les tracts – rédigées par d’autres et qui bien entendu ne porteront que le logo du candidat – et à remplir les salles et les caisses, pendant que les décisions sont prises en dehors d’eux, par les « grandes personnes ».

 

Quant aux candidats aux législatives, ce sera le même tonneau. Désignés eux aussi par une « commission des investitures » dont on ne sait pas grande chose, ou par Mélenchon lui-même – comme l’ont été les 20 premiers candidats présentés il y a quinze jours – ils auront à signer une « charte » par laquelle ils s’engagent là encore à faire campagne sur les thèmes qui auront été choisis par Mélenchon et son équipe et en cachant dans leur matériel de campagne leur appartenance partisane.

 

En 2012, Mélenchon a raté l’OPA sur le PCF lorsque Marie-George Buffet n’a pas réussi à vendre aux militants du PCF la transformation du Front de Gauche en parti politique par fusion de ses composantes. Aujourd’hui, il essaye plutôt d’absorber le PCF en le privant de visibilité et surtout en montrant son inutilité. Car comment une organisation politique incapable non seulement de mettre sur pied une candidature portant son projet, mais incapable même de négocier ses alliances d’égal à égal, dans le cadre de concessions mutuelles pourrait prétendre à la moindre utilité ? A qui ira-t-on raconter après que cela a un sens d’accorder son soutien et sa voix à une telle organisation ?

 

Je sais que certains au PCF sont tentés de rejoindre les « insoumis ». Faut-il les blâmer ? On a tous besoin de croire, et l’église mélenchonienne avec ses rituels collectifs, les discours enflammés des ses grands prêtres et ses promesses d’un paradis à portée de main répondent à cette demande. Seulement, faites attention, camarades. Parce que – comme c’est le cas pour toutes les églises – derrière la façade gentillette se cache la lutte pour le pouvoir. Pour les plus anciens d’entre nous, le souvenir de la campagne mitterrandienne de destruction du PCF au début des années 1980 est toujours cuisant. Et la tactique choisie par Mélenchon aujourd’hui ressemble un peu trop à celle là pour qu’il s’agisse d’une simple coïncidence.

 

Bien sur, cela ne réduit en rien les responsabilités des directions du PCF, dont le carriérisme et la bêtise – appelons les choses par leur nom – ont affaibli le Parti au point qu’il est devenu une proie facile. Il y aurait beaucoup à dire sur la « fédéralisation » de facto du Parti qui a donné le pouvoir aux « notables », sur l’incapacité de penser la politique autrement qu’en termes de sauvegarde de réseau d’élus et de démagogie envers les « communautés », sur la pratique d’un « politiquement correct » étouffant. Mais le choix aujourd’hui n’est pas entre un mode de direction et un autre, c’est le choix entre existence ou disparition. Choisir les « insoumis », c’est disparaître. Et ceux qui voteront pour rejoindre les « insoumis » doivent en être bien conscients.

 

Alors, présenter un candidat communiste ? Pourquoi pas. Soutenir un candidat qui accepte de discuter avec le PCF d’égal à égal dans le cadre de concessions mutuelles ? C’est possible aussi. Je n’ai pas de préférence, même si je ne vois pas la deuxième option praticable à courte échéance. On m’objectera qu’un candidat communiste fera 2-3% à tout casser ? Ce n’est pas grave : mieux vaut faire 3% en défendant son projet que permettre à quelqu’un d’autre qui refuse de discuter avec vous de faire 10%... surtout quand cet autre veut votre disparition.

 

Descartes

Tag(s) : #Politique française

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