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Le SOS des lycées défavorisés

Le Parisien

Ils se considèrent comme les grands oubliés de la réforme de l'éducation prioritaire. Plusieurs centaines d'enseignants ont manifesté hier pour réclamer le maintien de leurs moyens.

Quand on demande à ces professeurs le statut de leur lycée de banlieue, il y a comme un flottement. « On est ZEP (zone d'éducation prioritaire) », dit l'un. « On est APV (Affectations à caractère prioritaire justifiant une valorisation)... ou prévention violence ? » s'interroge un deuxième. « En fait, on ne sait pas, tranche une troisième. On n'est plus rien. »

Plusieurs centaines de professeurs de lycées ont manifesté hier à Paris contre ce flou, mus par la crainte de perdre, au milieu de ce brouillard administratif, les moyens attribués aux établissements en difficulté. Leur collectif, Touche pas à ma ZEP, revendique 78 établissements, principalement en région parisienne, mais aussi à Creil (Oise), à Dreux (Eure-et-Loir) ou à Marseille (Bouches-du-Rhône) et à Toulouse (Haute-Garonne).

Les promesses à l'épreuve du terrain

Ils aimeraient obtenir sur le fil, avant l'élection présidentielle, la garantie de conserver leurs capacités de mieux encadrer les élèves, monter des projets culturels ou faire classe en petits groupes.

Combien sont-ils ces lycées de l'éducation prioritaire ? Même le ministère a du mal à le dire tant les pansements créés depuis les années 1980 s'enchevêtrent et se superposent, au-delà des 168 lycées de France estampillés « ZEP ». Pour l'instant, ces établissements se vivent comme en sursis : exclus de la réforme de l'éducation prioritaire de 2014, limitée aux écoles et aux collèges, ils bénéficient d'une « clause de sauvegarde » censée geler leurs acquis jusqu'en 2019. « Il faudrait arrêter de nous arnaquer et dire les choses clairement : soit on est ZEP, soit on ne l'est plus ! » s'agace Vincent, prof d'anglais dans un lycée polyvalent de Mantes-la-Jolie (Yvelines).

De toutes les promesses du quinquennat, Vincent, comme nombre de manifestants croisés hier, a l'impression de n'avoir jamais vu la couleur.

L'école du numérique ? « Notre connexion Internet ne nous permet même pas de charger une page en moins de trois minutes », ricane Aurélien, du lycée professionnel Liberté de Romainville (Seine-Saint-Denis). La pédagogie différenciée, préconisée par les spécialistes pour mieux individualiser l'enseignement ? « On fait surtout de la police, on gère l'effectif », constate Adèle, de La Tourelle à Sarcelles (Val-d'Oise).

Donner plus à ceux qui ont moins, comme le répète Najat Vallaud-Belkacem ? « Pour moi, c'est un déni de réalité, soupire Olivier, du lycée professionnel Bartoldi de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Pour tout, on bricole : tous les jours, il y a des voies d'eau à colmater. »

Rue de Grenelle, où a été reçue hier une délégation, on explique qu'une réforme de la carte des lycées en difficulté sera nécessaire... plus tard. En attendant, le flou profite au vide : certains lycées voient fuir leurs enseignants. Au lycée Langevin-Wallon de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), « plus de la moitié de mes collègues sont partis en deux ans », assure ce professeur de philosophie.

 

Tag(s) : #Lutte de classes
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