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Face aux mitrailleuses de Kérensky, juillet 1917 à Pétrograd

Face aux mitrailleuses de Kérensky, juillet 1917 à Pétrograd

 

Réveil Communiste

par Gilles Questiaux

On peut affirmer sans risque d’erreur que l’action prolétarienne est la clef des révolutions dans les métropoles industrialisées, ou dans les pays en voie d’industrialisation, de 1789 à nos jours. Sans-culottes, ouvriers qualifiés parisiens et londoniens, ouvriers industriels russes et chinois, travailleurs agricoles andalous et italiens, coupeurs de canne à sucre et prolétaires ruraux ont pris leur destin en main et le destin du monde avec.

C’est la vitalité de la conscience et de l’action des classes opprimées qui maintient la révolution en vie, et c’est leur démobilisation ou leur extermination qui les achève. Thermidor, la répression de la Commune de Paris, fascisme et nazisme, la chute de Madrid en 1939, la « déstalinisation » dans la foulée de la guerre exterminatrice contre l’URSS, le coup d’État de Pinochet sont de ces coups d’arrêts.

Cette action autonome est canalisée et organisée par la politique, mais la politique ne peut pas la remplacer. Autant l’autonomisme spontanéiste est stérile, autant la prise en charge totale de l’action révolutionnaire par les moyens d’expression politique professionnels, qu’elle soit électoraliste, bureaucratique gestionnaire, ou militarisée, mène à la passivité des masses qui est la garantie de l’échec.

La solution est dans un parti prolétarien qui soit à la fois une expression politique dans les formes de la société présente, une organisation stratégique du prolétariat actif et conscient, et un embryon de l’État prolétarien futur. Un parti du style de ceux de la Troisième Internationale, dans leurs meilleurs moments.

On objectera certainement ici que Marx donne pour objectif à la révolution prolétarienne la destruction de l’État.

 Sans doute, mais au terme d’une étape où il est bien question d’une transition sous l’égide d’un État révolutionnaire qui ne mesure pas sa puissance à d’autre norme que la résistance qu’on lui oppose. Une dictature du prolétariat, c’est une dictature, et une dictature c’est une forme provisoire du gouvernement d’État.

Les grandes révolutions historiques comme celles de 1848 et de 1871 en France, celle de 1917 en Russie, et même le vaste mouvement international des années 1960 sont le résultat d’au moins une génération d’éducation et de maturation autonome du prolétariat. La philosophie des Lumières et particulièrement les idées de Jean Jacques Rousseau à la fin du XVIIIème siècle, le marxisme à la fin du XIXème siècle ont pénétré les masses. La conscience vient au prolétariat du dehors, disait Lénine dans « Que Faire » (1902)  c’est à dire des intellectuels mais elle l’anime et le met en mouvement du dedans.  Ce double mouvement survient à des moments historiques critiques, quand le feu prend dans la plaine. Par surprise, comme en Russie, la classe ouvrière consciente apparait très précisément à partir de l’année 1894, après soixante dix ans de vaine prédication révolutionnaire, et disparaît dans la fournaise de la seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui qu’en est-il ?

Un siècle après 17, le prolétariat actuel des métropoles et sans doute aussi  le prolétariat mondial est beaucoup plus informé et éduqué c'est-à-dire conformé par la propagande qu’autrefois. Son savoir n’est ni  exclusivement scolaire-culturel contemplatif, ni technologique actif, mais de l’ordre d’un discours commun mondial mixte de marketing et de croyance plus morale que politique, qui véhicule l’idéologie bourgeoise comme une sorte de milieu ambiant. Donc le prolétariat aujourd’hui contrairement à celui de la Commune de Paris, à  celui de Pétersbourg ou de Canton au début du XXème siècle, et à celui de Billancourt dans les années 60, ne s’éduque pas lui-même, dans l’opposition à un univers moral et philosophique clairement ressenti et compris comme hostile, sur une base de classe. Les prolétaires aujourd’hui sont plus instruits, maïs plus égarés, divisé par l’idéologie globale de l’individualisme de masse. Toute tentative de reconstruire la conscience prolétarienne doit tenir compte de ce fait.

Autre nouveauté : de grandes révolutions prolétariennes ont eu lieu et ont eu des conséquences nombreuses et diverses. Le débat porte forcément sur leur bilan qui est loin d’être négatif mais fondamentalement à leur passif elles n’ont pas réussi à atteindre leurs buts à cause de la guerre impitoyable qui a été menée contre elles, et à cause de la trahison d’une grande partie des élites politiques qu’elles avaient elles-mêmes formées. Leur discrédit et son maintien sont l'enjeu de la lutte des idées menée par les défenseurs du capitalisme, sous les masques de la liberté, de la démocratie, du droit, etc.

Cela signifie qu’une grande bataille doit être menée sur les leçons à tirer de l’histoire de révolutions et des États socialistes qui ont été fondés à leur suite.

Cette bataille se joue sur le domaine de la croyance en en un futur socialiste pour le monde, et c’est une bataille sans merci parce que le vaincu est voué à disparaître. Le prolétariat utilise sa dictature pour faire disparaître le vieil homme formé par la bourgeoisie, c'est-à-dire l’ensemble de ses valeurs, de ses désirs, et de ses plaisirs, qui se bornent à la racine à des variations libidinales sur ostentation - distinction - domination. En ce sens cette révolution est une rupture majeure dans l’histoire de la psychée qui dépasse de loin par sa profondeur les fondations religieuses monothéistes des Empires de l'Antiquité et du Moyen Âge.

Pour commencer cette bataille il faut d’abord interdire à l’ennemi l’étalage sans contradiction du discours de dénigrement du socialisme et de ses dirigeants historique (comme on a pu voir à l’œuvre les médias bourgeois mondialisés après la disparition de Fidel, et en face la réaction unanime des masses cubaines).

Ensuite il faut identifier les faiblesses réelles du socialisme dans sa lutte avec le capitalisme encore vivace, et non celles que lui reprochent ses adversaires. Que le socialisme ait réprimé les partisans d’un retour en arrière est justifié, et les faits ont prouvé qu’il ne l’a pas fait assez. Que cette répression ait touché les rangs mêmes des partis révolutionnaires était justifié aussi, la trahison des cadres soviétiques en a fait la démonstration.

Par contre rien ne peut justifier la démobilisation du prolétariat une fois son parti fermement installé au pouvoir. La responsabilité n’en réside pas exclusivement dans le phénomène bureaucratique, ou dans les effets démoralisants bien réels du sabotage de l’économie et des guerres contre-révolutionnaires. Elle réside aussi dans le prolétariat lui-même dont l’auto-éducation révolutionnaire n’était pas assez poussée, et pour preuve il a persisté jusqu'à ce jour à travailler plus dur pour un patron que pour lui-même. En définitive les masses se sont détournées du socialisme parce qu’il manquait de productivité, sans voir que cela signifiait qu’elles-mêmes en manquaient.

La réussite future de la révolution est suspendue à...
 

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Tag(s) : #Idéologie

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