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Photos reprises sur "El Diablo"

Photos reprises sur "El Diablo"

Challenge's...'inquiète... 

En deux semaines, Manuel Valls a brouillé son image en reniant ses convictions d'hier. François Fillon et Emmanuel Macron sont, eux aussi, allés à la faute. Dangereux.

Valls sème le doute sur sa philosophie politique

Les aspirants élyséens qui battent à présent la campagne devraient en tirer quelques leçons à commencer par Manuel Valls. Pouvait-il, de ce point de vue, entrer plus mal dans la bataille présidentielle? Depuis qu'il est apparu sur la scène politique, il y a un quart de siècle déjà, le désormais ancien Premier ministre a su avancer en ligne droite. Il avait une trajectoire nette qui n'était pas celle de la majorité du Parti socialiste. Il l'assumait, la solidifiait sans cesse, combat après combat, discours après discours. Il avait vu juste et  les faits lui avaient donné raison. Sa nomination à Matignon pour mener une politique certes à la sauce hollandaise mais pas si éloignée de ses idées de toujours avait consacré son parcours. Son combat acharné pour imposer les lois Macron et El Khomri en recourant au 49.3 était la preuve de sa cohérence, tout comme ses déclarations sur les deux gauches irréconciliables ou la nécessaire disparition du Parti socialiste. Certes, il clivait, dressait un front contre lui mais il faisait face fidèle à son personnage et à ses idées de toujours. C'est au fond pour cela qu'il résistait mieux à l'impopularité que le chef de l'Etat adepte, lui, du flou. Valls était un homme droit, clair, cohérent. Autant de qualités pour devenir chef de l'Etat demain ou après-demain et pouvoir s'adapter sans s'égarer.

On imaginait donc qu'il se lancerait dans la primaire socialiste en s'appuyant sur ce passé, sur l'image qu'il avait construite, cette patiente édification qui le rendait lisible. Patatras, en deux semaines, Manuel Valls aura détruit 25 années de carrière. Ce fut d'abord, cette déclaration de candidature autour du thème de la conciliation et de la réconciliation? Finies donc, les affirmations d'hier sur les deux gauches. Valls, en quelques mots, efface d'un coup d'éponge une philosophie politique patiemment élaborée. Autant dire qu'il perd à cet instant même sa cohérence, se banalise, se hollandise. De qui a-t-il reçu ce conseil autodestructeur? Voici que, jeudi dernier, il enfonce même le clou en expliquant qu'il entend proposer la suppression du fameux article 49.3 de la constitution. Et d'expliquer qu'il n'en a pas fait, d'ailleurs, un grand usage par rapport à la plupart de ses prédécesseurs. Mais ce n'est pas le nombre de recours à cet article qui compte, ce sont les raisons de son usage. Valls l'a mis en oeuvre pour imposer à sa majorité réticente, et aux frondeurs de la gauche avec laquelle il ne voulait pas autrefois se réconcilier, des textes qui signaient son réformisme, sa vision du pays. Le 49.3 version Valls était la démonstration de sa cohérence, la preuve de la force de ses convictions. En le condamnant, il ne fait pas amende honorable, il dépose les armes, trouble voire brise son identité. Comme s'il voulait attirer vers lui ses fameux frondeurs contre lesquels il a tant guerroyé. Comme s'il avait peur de perdre. Comme s'il ne croyait plus aux idées qu'il a toujours défendues. Bref, au lieu de partir à l'assaut derrière son étendard de toujours pour mettre les socialistes au pied du mur dans un combat qui ne pouvait que le grandir et sans doute lui permettre de l'emporter, il a choisi la voie du compromis, de la synthèse illisible, contaminé en quelque sorte par le hollandisme. Peut-être gagnera-t-il la primaire mais à quel prix?

Macron et Fillon s'égarent dans l'incohérence

Ses adversaires hors Parti socialiste devraient, d'ailleurs, prendre garde. Eux aussi sont en danger d'incohérence. Emmanuel Macron, après avoir expliqué autrefois que les 35 heures n'étaient plus de saison nous dit à présent qu'il ne faut pas les remettre en cause. Comprenne qui pourra. Quelle est sa vérité? Et quelle est la vérité de François Fillon sur l'assurance maladie? On l'avait bien entendu: les petits risques seraient couverts par les mutuelles. Reconnaissons aussi qu'il avait dit que ce serait un chantier pour la deuxième partie de son quinquennat s'il était élu. Mais le vainqueur de la primaire qui filait droit sur sa route et revendiquait fièrement cette manière de conduire est sorti de la route sur ce sujet en revenant sur ses propos dans un article en forme d'embrouillamini puis en dénonçant une caricature de ses propos. Faux, les enregistrement télévisés en témoignent. Mais surtout, cet épisode sème le doute sur un personnage dont la force était précisément une cohérence revendiquée. Comme Emmanuel Macron sur les 35 heures,  François Fillon vient de griller un  premier joker. Manuel Valls en a gâché beaucoup plus. Or ni les uns ni les autres n'en ont à foison dans leur jeu.

Une image se défait beaucoup plus vite qu'elle ne se construit. Le pragmatisme est une nécessité, la cohérence en revanche est l'indispensable fondation pour devenir Président de la République.

Tag(s) : #Politique française