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Qatar, Arabie Saoudite : une omerta française

 

Jean-Marie Le Guen et l'émir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani lors d'une visite officielle en 2014 à l'hôtel des Invalides à Paris. Photo : François Guillot/AFP

Jean-Marie Le Guen et l'émir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani lors d'une visite officielle en 2014 à l'hôtel des Invalides à Paris. Photo : François Guillot/AFP

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Deux mois après la parution du livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot (Nos très chers émirs, Editions Michel Lafon), le silence règne sur la complaisance de la classe politique française avec les pétromonarchies du Golfe, Qatar et Arabie Saoudite en tête. Les faits rapportés dans l’ouvrage sont pourtant accablants.

Un pays qui porte littéralement nom de ses propriétaires, l’Arabie Saoudite fondée en 1932 par Ibn Séoud et dirigée depuis par ses descendants, tolère la mise en esclavage des domestiques, pratique les lapidations ou les décapitations au sabre en place publique, persécute ses opposants et les condamne à des milliers de coups de fouet, ou encore pratique une ségrégation totale entre les hommes et les femmes, ces dernières n’ayant pratiquement aucun droit, pas même celui de conduire une voiture. Un autre, le Qatar, entasse entre autres des centaines de milliers de travailleurs étrangers dans des camps de fortune, privés de liberté de mouvement et de papiers d’identité, et accueille sur son sol des financiers du djihad international, les mêmes qui appellent à commettre en France et dans les pays occidentaux des attentats contre les populations civiles…

Dans un ouvrage paru le 20 octobre dernier, les journalistes Christian Chesnot (Radio France) et Georges Malbrunot (Le Figaro) racontent la genèse de cette bien étrange passion française pour ces deux pétromonarchies au coffre fort si bien rempli. Des cas de corruption d’une extrême gravité y sont rapportés avec force détails, notamment la manière dont Jean-Marie Le Guen, ex secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement (1), aurait tenté de monnayer le caractère stratégique de sa fonction pour défendre, au cœur de l’Assemblée nationale, les intérêts du petit Qatar. Comme d’autres personnalités épinglées dans le livre (Rachida Dati, Nicolas Bays, Dominique de Villepin, Jack Lang) Jean-Marie Le Guen s’indigne d’être gravement diffamé et injustement traîné dans la boue. Selon l’Agence France Presse qui en a obtenu le récépissé, il a bien déposé une plainte en diffamation contre les auteurs du livre, enregistrée le 27 octobre auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance de Paris.

Le Guen a livré une explication plutôt rocambolesque à la cabale

Les obligés des pétromonarchies sévissant sur les deux rives de l’Assemblée nationale, il aura fallu attendre près de deux mois pour que Jean-Marie Le Guen soit enfin interpellé, le 6 décembre dernier, par le député de droite Georges Fenech, à l’occasion des questions au nouveau gouvernement dirigé par Bernard Cazeneuve. Tout en agitant ses menaces de poursuites judiciaires, Jean-Marie Le Guen a livré une explication plutôt rocambolesque à la cabale, au complot ourdi contre lui par les auteurs du livre, et par des officiels qataris « balançant » leurs embarrassants secrets sur fond de règlements de comptes internes : Le journaliste Georges Malbrunot, ex-otage détenu en Irak, serait « un des porte-parole de Bachar al-Assad dans notre pays ».

Sans doute coupable aux yeux de M. Le Guen d’avoir critiqué l’aveuglement d’une diplomatie française totalement alignée sur la politique étrangère du Qatar et de l’Arabie Saoudite, Georges Malbrunot a effectivement commis un autre crime impardonnable : une interview du président syrien publiée le 3 septembre 2013, dans laquelle Bachar al-Assad réfute les accusations du « massacre chimique » commis par l’armée dans la banlieue de Damas, et menace la France de représailles en cas d’attaque militaire, option qui était alors défendue par François Hollande, jusqu’à ce que Barack Obama n’y oppose in extrémis son veto. Pour mémoire, on rappellera à Jean-Marie Le Guen que l’Elysée a grossièrement menti en affirmant détenir des preuves « irréfutables » sur la responsabilité du gouvernement syrien dans le bombardement chimique du 21 août 2013. Et qu’en se faisant le simple relais des positions du Qatar et de l’Arabie Saoudite, deux pays qui sponsorisent depuis le début du soulèvement syrien les fractions les plus radicales de l’opposition à la dictature baasiste, la France a largement contribué à éliminer toute perspective de règlement politique du conflit syrien.

(1) Proche de Manuel Valls, il vient d’être nommé secrétaire d’Etat chargé du Développement et de la Francophonie

Marc de Miramon

Journaliste à l'Humanité Dimanche

Tag(s) : #Politique française

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