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Le Temps

Marc Ladreit de Lacharrière est incontournable dans l’entourage du candidat de la droite française. Il a été entendu lundi par la justice dans l’enquête sur le «Penelopegate»

 

Son nom est synonyme d’influence. Classé parmi les vingt-cinq premières fortunes françaises (2,4 milliards d’euros selon Forbes, cité par l’AFP), mécène culturel reconnu et courtisé, le financier Marc Ladreit de Lacharrière, 76 ans, aurait sans doute préféré ne pas apparaître au grand jour dans ce «Penelopegate» qui embarrasse son candidat favori François Fillon.

Conseiller de l’ombre

«Il n’est pas dans l’opérationnel. Il se voit plutôt comme un conseiller de l’ombre capable de faire pencher la balance politique en faveur des réformes libérales qu’il juge indispensables pour la France» commente un ancien cadre de la fondation Culture & Diversité créée en 2006 par l’homme d’affaires. Problème: l’intéressé, PDG de la holding Fimalac, est aussi propriétaire de la Revue des Deux Mondes. Or ce mensuel a, entre mai 2012 et décembre 2013, employé une certaine… Penelope Fillon.

L’affaire, qui lui a valu d’être entendu par le Parquet national financier lundi à Paris, est plus sérieuse qu’il y parait. S’il s’avère que l’épouse de l’ancien premier ministre a bénéficié d’un emploi fictif dans cette revue mensuelle fondée en 1829, la justice française pourrait fort bien le mettre en examen pour «abus de biens sociaux». Le coup porté à l’intégrité de la famille Fillon serait alors rude, même si le candidat s’est engagé à renoncer à la présidentielle seulement s’il se retrouve mis personnellement en examen.

A chacun sa sphère

Plus grave: «Ladreit», comme on le surnomme, se verrait alors projeté sur le devant de la scène, lui qui préfère l’ombre, a longtemps redouté de voir son nom cité parmi les détenteurs de comptes bancaires en Suisse, et s’est toujours efforcé de soutenir la droite sans rompre avec le président François Hollande ou la maire PS de Lille Martine Aubry.

«Son parcours est typiquement français, explique, dans la métropole nordiste, un adjoint de Martine Aubry. Ladreit de Lacharrière fait partie de ces grands capitaines de la finance, partenaires des politiques. A chacun sa sphère».

L’homme, originaire de l’Ardèche, passé par la banque Indosuez et le groupe cosmétique l’Oréal avant de fonder Fimalac en 1971, n’a pas l’appétit ministériel d’un Bernard Tapie (ministre de la ville en 1991-1992), ou d’un Thierry Breton, l’actuel PDG d’Atos (ministre des finances de 2005 à 2007).

Ex-conseiller de Macron

Beaucoup, à gauche, comparent cet énarque (promotion Robespierre) d’origine ardéchoise et huguenote au défunt Henry Hermand, le magnat décédé en 2016 à 92 ans qui conseillait Michel Rocard et… Emmanuel Macron. Motif: un même goût pour le débat plutôt que pour les fonctions publiques, avec lesquelles ces libéraux dans l’âme ont toujours maintenu une saine distance: «Il s’est toujours tenu à l’écart du MEDEF (mouvement des entreprises de France) regrettait récemment devant nous un responsable patronal. Il est un homme de club, pas d’action collective».

Fimalac, dont la capitalisation à la bourse de Paris frôle les trois milliards d’euros, n’est pas n’importe quelle holding. Une partie de la fortune du groupe s’est bâtie sur l’agence de notation financière Fitch, dont il a revendu 30% en 2015. Or la notation convient bien à ce personnage qui oscille sans cesse entre l’observation et l’action.

Salle Pleyel et agence de notation

Côté culture, il est mécène et grand collectionneur, propriétaire ou exploitant d’une centaine de salles de spectacles (dont, à Paris, la salle Pleyel et le théâtre Marigny) et spectateur assidu. Côté réflexion, il possède la Revue des Deux Mondes, dont il vante les mérites au club Le Siècle qui réunit le gratin des affaires français.

Côté festival, il parraine un grand prix de la photographie. Côté écriture, son seul livre «La vérité en face. Les agences de notation face à la crise» (Ed. Grasset), manque particulièrement de saveur. Alain Minc et Jacques Attali, essayistes à succès, se souviennent l’un comme l’autre avoir reçu de sa part des compliments sur leur «si insolent talent de plume».

Visiteur du soir

Pas étonnant, dès lors, que Ladreit et Fillon se soient retrouvés, avec entre eux deux un troisième homme, l’ancien PDG d’Axa Henri de Castries. L’homme d’affaires, comme le candidat de la droite, est profondément conservateur. Tous deux ont été des déçus du quinquennat Sarkozy, dont Fillon oublie maintenant qu’il fut le copilote à Matignon.

Le PDG de Fimalac sait aussi que cette présidentielle-là est sa dernière chance d’avoir un rôle actif. Il se verrait bien «visiteur du soir» à l’Elysée après mai 2017, rôle que ses liens avec François Hollande ne lui ont néanmoins pas permis d’obtenir. Un visiteur qui, pour l’heure, se retrouve dans le collimateur de juges convaincus qu’ils ne pourront rien prouver du côté de l’Assemblée nationale (où Madame Fillon officiait comme attachée parlementaire). Et que sa Revue est, à ce stade, le talon d’Achille de Penelope.

Tag(s) : #Politique française

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