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Contrepoints

Comment sauver la protection sociale

Comment sauver la protection sociale

par Jacques Garello

Publié le  dans Social
Le rôle des libéraux est de stopper toute dérive en rappelant les principes qui doivent régir la protection sociale dans une société de libertés : rompre avec la répartition, en finir avec le monopole public.

J’ai écrit mes premiers articles sur le sujet en 1974. À mes yeux, une réponse banale s’imposait : abandonner la répartition, revenir à la logique de l’assurance privée. Hélas, voilà un demi-siècle qu’elle n’a pas été entendue en France, tandis que d’autres pays ont compris la fatalité d’une réforme systémique et l’ont mise en place avec succès.

Aujourd’hui le débat aurait pu se terminer avec la victoire de François Fillon, mais il n’en est rien. Bien qu’il tienne un discours qui dans l’ensemble sonne bien à l’oreille d’un libéral, le favori des présidentielles (pour combien de temps ?) semble refuser les vraies réformes de nature à sauver la protection sociale.

L’article qu’il a publié dans Le Figaro il y a quelques semaines Ce que je veux pour la Sécurité sociale ni ne m’éclaire ni ne me rassure. D’une part, on y trouve des propos de bon sens : la description du système de santé actuel y est sans concession, et François Fillon se réfère au sens des responsabilités pour changer la situation, rappelant au passage que son défi prioritaire est d’en finir avec le chômage et la stagnation économique.

Mais d’autre part, certaines formules vont en sens inverse : « J’entends réaffirmer le principe d’universalité dans l’esprit des ordonnances de 1945[…] Il n’est donc pas question de toucher à l’Assurance-maladie et encore moins de la privatiser. »

Rappeler les principes sur la protection sociale

On ne peut en rester à ces ambiguïtés. Le rôle des libéraux est maintenant de stopper toute dérive en rappelant les principes qui doivent régir la protection sociale dans une société de libertés : rompre avec la répartition, en finir avec le monopole public.

Dans un système de répartition, qu’il s’agisse de la santé ou des retraites, le nombre de ceux qui cotisent doit être en proportion du nombre de ceux qui sont soignés ou pensionnés. Quand la population est vieillissante, le rapport baisse : il était de 4 à 1 en 1974, il est aujourd’hui de 1,3 à 1. D’où les déficits, qu’il faut combler soit en relevant les cotisations, soit en abaissant les prestations, soit en jouant sur les deux (en reculant l’âge de la retraite par exemple), soit enfin en accumulant la dette sociale : les générations futures paieront.

Cette arithmétique démographique, peu rassurante, n’est pas le seul vice du système. Car puisque l’argent est « réparti » entre contributeurs et bénéficiaires, il circule sans arrêt : les fonds entrés sont immédiatement ressortis. Ainsi des milliards s’envolent-ils chaque mois sans laisser de traces, alors que la capitalisation permettrait de les investir, finançant les entreprises et la croissance, et de rapporter des intérêts substantiels, permettant de réduire le montant des cotisations.

Celui-ci pourrait diminuer d’un bon tiers : inutile alors de « réduire les charges sociales » en prélevant des impôts, qu’il s’agisse de la TVA sociale (version Fillon – Juppé) ou de la CSG sociale (version Macron – Le Maire). Le système actuel ignore la logique assurantielle pour lui substituer une logique purement redistributive. Qu’on instaure un filet social pour ceux qui ne peuvent s’assurer suffisamment, et qu’il soit financé par un impôt de solidarité, rien ne s’y oppose.

Mais, comme le disait Gary Becker, prix Nobel « S’il y a des individus laissés pour compte on peut prévoir un filet social à leur intention, mais ces cas doivent demeurer marginaux et il faut se garder, comme on le fait maintenant, de construire tout un système d’État Providence sur des hypothèses extrêmes qui ne concerneraient normalement qu’une infime minorité de la population ».

Une autre réforme décisive est la fin du monopole public. La centralisation des caisses est source de bureaucratie et d’irresponsabilité. Par contraste, la concurrence et le libre choix de l’assureur réduisent les coûts, ici comme ailleurs. Cet effet bénéfique s’observe en Alsace, comme chez les Allemands voisins. Mais la capitalisation implique rapidement la privatisation, car la gestion des fonds est mieux faite par des assureurs à la recherche du meilleur rendement que par des administrations indifférentes aux résultats et bénéficiant des contribuables pour « prêteurs en dernier ressort ».

Ces principes ne sont pas « ultra-libéraux » : ils sont de pur bon sens. Leur préférer des mesures « paramétriques » en jouant sur les données démographiques, comptables et fiscales ne peut résister aux réalités financières et psychologiques. Oui, il s’agit de rendre les Français responsables de leur protection personnelle, de leur santé, de la gestion de leurs ressources au moment d’une retraite personnellement choisie.

Mais il n’y a pas de responsabilité sans liberté, sans la tenue de comptes ou carnets personnels de santé et de retraite. C’est ce qu’il faut faire admettre à François Fillon et à son entourage. Traiter à la légère des sujets de société aussi graves que celui de la protection sociale c’est s’exposer à la « volatilité » d’électeurs trompés et déçus, c’est risquer un échec en 2017. Il faut sauver le soldat Fillon.

Le commentaire de Jean LEVY

Jacques Garello, comme il le dit lui-même et depuis plus de quarante ans, n'est pas homme à masquer ses objectifs. Alors professeur d'économie à l'Université de Aix-Marseille 3, s'est acquis le titre de 'pape' de l'ultralibéralisme.

Responsable de l'ALEPS - une association patronale, créée à l'initiative d'un ancien collabo, Georges Albertini* - qui se réunissait dans les locaux de  L'Union des Industries Minières et Métallurgiques, Jacques Garello était alors l'un des animateurs du Club de l'Horloge, un espace d'animation et de réflexion idéologique où cohabitaient des leaders de la droite et de l'extrême droite.

Dans ce cadre, tout au long des années 80, le Club de l'Horloge élaborait tout un programme visant à imposer dans tous les domaines la vision ultra du capitalisme. C'est ainsi que Garello,  ferraillant avec Jean-Marie Le Pen à propos de la Sécurité Sociale, critiquait la position du Front National en écrivant :

"Le Pen veut supprimer le bénéfice de la Sécu aux étrangers. Ce n'est pas la solution  : c'est la Sécurité sociale qu'il faut supprimer !".

On peut se demander qui était le plus extrême des deux !

Et aujourd'hui, ne se présentant pas aux suffrages des Français, Jacques Garello va droit au but et fait la leçon à François Fillon et à Emmanuel Macron, qui selon lui, ont tort pour des motifs électoraux de camoufler leurs véritables projets...

* Georges Albertini, ancien militant socialiste, fut l'un des dirigeants de la Collaboration avec l'occupant allemand, en tant que secrétaire-général du Rassemblement National Populaire, présidé par Marcel Déat. Condamné pour "intelligence avec l'ennemi" à la Libération, il fut très vite gracié par le Président de la République de l'époque, le socialiste Vincent Auriol. 

Récupéré par le patron de la Banque Worms, dès sa sortie de prison, il devint durant des décennies l'initiateur d'un vaste réseau anticommuniste et, en tant que tel, l'éminence grise de la IVème République, puis de la Vème, après le retrait du général de Gaulle.

Pour plus de détails, lire "Georges Albertini, une intelligence avec l'ennemi", l'ouvrage écrit par Jean LEVY et publié par L'Harmattan.

Tag(s) : #Economie