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Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Johan, 27 ans, estime que l’élection présidentielle américaine a montré que tout était possible. (LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN.)
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Johan, 27 ans, estime que l’élection présidentielle américaine a montré que tout était possible. (LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN.)

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Johan, 27 ans, estime que l’élection présidentielle américaine a montré que tout était possible. (LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN.)

Le Parisien

FAIT DU JOUR. Nous sommes allés à la rencontre de ces électeurs qui, par le passé, votaient massivement à gauche mais qui aujourd'hui sont désabusés et bien souvent indécis. Mélenchon, Le Pen, mais aussi Macron se partagent les intentions de vote des ouvriers. 

«La politique ?Rien à dire, je vous laisse, j'ai un repas de famille ! » Les temps semblent avoir changé chez les cheminots, bastion de la gauche traditionnelle. Si les affiches syndicales fleurissent encore à proximité du technicentre SNCF du Landy, à Saint-Denis, le coeur ne paraît plus être aux grandes mobilisations, dans cette usine chargée de la maintenance, entre autres, des TGV Nord, Thalys et Eurostar. « Je vais voter pour Mélenchon, comme d'habitude. Ça va pas changer », lance un ouvrier, sans conviction, avant de tourner les talons. La gauche par habitude, en somme.

 

Certains militants y croient davantage, comme Pierre-Louis, 35 ans dont quinze chez les cheminots, adhérent à la CGT. « Mon choix, c'est la France insoumise (NDLR : le slogan de Mélenchon), assène-t-il. C'est important de continuer à se battre. » Le 16 décembre, des cheminots étaient encore mobilisés, à la gare du Nord, à Paris, pour protester contre des projets de la SNCF.

 

« Ici, au Landy, on était 1 200 il y a dix ans, on est à peine 800. Il y a du boulot, mais plus d'agents », se désole-t-il. Le discours est rodé. Mais bon nombre de ses collègues n'y adhèrent plus. « Mélenchon ? C'est du pipeau, comme les autres », affirme José en mimant une flûte. Avec son collègue Marco, ils renvoient tous les politiques dos à dos. « Ils sont à côté de la plaque ! » lancent-ils, en citant l'exemple du pain au chocolat à 15 centimes de Jean-François Copé.

 

Pour José, ancien électeur d'Arlette Laguiller, ce sera « sans doute » le vote blanc. Marco, lui, se laisse le temps de réfléchir. Mais il exclut François Fillon : « 500 000 fonctionnaires en moins, la retraite à 65 ans... je ne vais pas voter pour celui-là ! » Mais il ne s'interdit aucun autre choix, y compris le Front national. « Le FN ne milite pas ici. Il y a parfois quelques autocollants identitaires qui apparaissent, mais on fait la chasse », sourit Pierre-Louis, le militant.

 

« Avec ce qui s'est passé aux Etats-Unis, tout est possible, prévient Johan, 27 ans. Certains se disent que cela changerait beaucoup de choses. Moi, je ne vois pas qui, à droite ou à gauche, peut convaincre. Surtout pour nous. Les politiques ne comprennent pas l'état d'esprit cheminot. »

 

« On vote toujours à gauche, assure Alexandre, 25 ans. Mais c'est quoi la gauche ? Ce n'est plus le PS en tout cas ! » Seul Gérard Filoche, trublion du parti (mais dont la candidature à la primaire a été invalidée), aurait pu trouver grâce à ses yeux. Sur le trottoir, Jean-Philippe, 35 ans, revient de sa pause déjeuner en souriant. « Je voterai Fillon. Ce qu'il a dit me plaît, sur les heures supplémentaires par exemple. » Mais le discours de cet ouvrier issu d'une famille de droite détonne. Pas de critique de la SNCF, pas d'inquiétudes sur l'avenir -- pas encore ? Il faut dire qu'il vient d'apprendre une bonne nouvelle : « J'ai été embauché ! »

 

Tag(s) : #Politique française

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