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Alep, plaidoyer pour la liberté d’analyse et une géopolitique cohérente de la France

Les Crises - Des images pour comprendre

par Djordje Kuzmanovic

Source : Le blog de Djordje Kuzmanovic20/12/2016

Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques – Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, Juillet 1903.

Ces derniers jours, j’ai été la cible d’attaques répétées, dans plusieurs médias – FranceInterLe Mondele JDDLibération et Le Nouvel Observateur –, tendant à me présenter comme un soutien de Bachar el-Assad et/ou de Poutine et à m’accuser d’incompréhension par rapport aux événements en cours en Syrie, voire d’insensibilité face à la tragédie vécue par les civils d’Alep.

Il est bien entendu qu’à travers ma personne, il s’agit là de viser Jean-Luc Mélenchon en tant que candidat à la présidence de la République, porteur d’une vision de la guerre en Syrie et d’une ligne géostratégique indépendantiste pour la France à même de redonner à notre pays sa grandeur et son autonomie. Gardant l’espoir que le débat reste encore possible – sur cette question comme sur toute autre.

Je me permets donc de répondre à ces critiques, tout en précisant que je ne minimise pas les souffrances du peuple syrien, mais que je dénonce la propagande mensongère et le deux poids deux mesures qui conduisent aux guerres futures. Je ne suis pas favorable au dictateur Bachar-Al Assad, mais je dénonce le terrorisme djihadiste sanguinaire et l’ineptie de la ligne géostratégique française. Je ne suis pas pro-Poutine comme le répètent les atlantistes, je suis pour l’indépendance de la France.

Excuses sur un des tweets et pratiques journalistiques 

Précisons tout d’abord qu’on me reproche essentiellement deux « tweets », que l’on juge ignominieux. Dans le premier, j’affirme que la couverture médiatique des événements en Syrie est orwellienne. Dans le second, je remarque que l’information selon laquelle le principal hôpital d’Alep a été détruit par les bombardements a été répétée plusieurs fois sur les quelques derniers mois. C’est en extrapolant à partir de ces deux publications de 140 caractères chacune qu’on me reproche de manquer de compassion à l’égard des civils tués et de ne pas dénoncer, comme je devrais, la barbarie dont font preuve les régimes de Bachar el-Assad et celui de Vladimir Poutine.

Si je ne retire rien au premier tweet concernant la propagande orwellienne – je m’en explique plus amplement plus bas –, je regrette le second sur l’hôpital. En raison de la concision des messages Twitter, aucune argumentation sérieuse n’est possible, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, y compris les plus absurdes et haïssables. Ce tweet, qui cherchait à dénoncer la propagande à l’œuvre dans les guerres sur un exemple spécifique, a blessé un grand nombre de camarades du Parti de Gauche, comme de citoyens non partisans, légitimement horrifiés par les images de morts provenant d’Alep. Je m’en excuse publiquement, mais demande de me faire la grâce de lire ce texte jusqu’au bout, car si condamné je dois être, moralement, publiquement ou politiquement, autant que ce soit pour les bonnes raisons et en toute connaissance de cause. Ces explications sont aussi exhaustives que possible, et permettent à chacun d’accéder aisément aux sources par liens hypertextes.

Je voudrais d’emblée souligner que contrairement à ce que devrait être une pratique journalistique de base, je n’ai été contacté par aucun des journalistes qui m’incriminent en extrapolant des positions politiques générales à partir de deux tweets ou en reprenant ce que leurs collègues ont initialement dit ou écrit. On conviendra qu’il s’agit là d’une attitude étrange pour les thuriféraires des valeurs démocratiques dont ils seraient les uniques défenseurs.

Un émoi légitime face au drame humain vécu par les civils et l’expression d’un dissensus

Non, je ne suis pas indifférent à la mort et à la souffrance d’enfants dans les guerres. Je les connais même sans doute mieux qu’une grande partie des personnes qui me le reprochent, pour avoir été, dans le cadre d’une opération humanitaire, assistant responsable d’un camp pour enfants orphelins ou perdus au Rwanda en 1994, peu après le génocide, mais aussi pour avoir vu une ville – Belgrade, où je suis né – bombardée, en 1999, par la plus formidable armada aérienne de l’histoire, conduite par l’OTAN. Ces bombardements, dont la ville garde toujours les stigmates, n’avaient d’ailleurs suscité à l’époque aucun émoi en Occident. Enfin, j’ai eu l’honneur de servir en tant qu’officier dans l’armée française ; participer à une opération extérieure en Afghanistan, en 2006-2007, m’a donné l’occasion d’appréhender directement la guerre et la tragédie qu’elle représente.

Il ne s’agit donc pas de ma part de nier la tragédie vécue par les civils pris sous les bombes, et on cherchera en vain une citation en ce sens venant de ma part. Les morts, d’Alep ou d’ailleurs, surtout des enfants, font au contraire écho aux images épouvantables que je porte dans ma mémoire. La prise d’une ville – moment particulièrement sanglant dans tout conflit armé – est toujours une catastrophe pour les civils, otages et cibles – volontaires ou non – des belligérants, qui risquent de manquer de nourriture, d’être blessés, violentés ou tués. Même si le combat est moralement et politiquement légitime, la violence subie par les civils est intolérable et particulièrement cruelle dans les zones urbaines où chaque rue est une nasse, où la menace de tireurs embusqués est omniprésente.

Devant toute souffrance de civils, on ne peut que compatir ; pour reprendre les termes souvent utilisés ces derniers jours par les médias, elle signe toujours, peu ou prou, la mort de l’humanité. Mais partout et à chaque fois ;pas uniquement à Alep. Au-delà de ce constat, commun à tous les êtres humains doués de sensibilité, les conflits armés, pas plus que n’importe quel autre événement, ne peuvent échapper aux interprétations divergentes. Le problème survient lorsqu’un conflit en particulier acquiert soudain un statut spécial dans la couverture médiatique pour devenir une sorte d’icône dont il est interdit de commenter le sens.

C’est précisément ce qui se passe avec la bataille d’Alep. Dans la longue série de conflits qui ont secoué le monde, et en particulier le Moyen-Orient, depuis quinze ans, peu d’événements ont suscité une adhésion aussi massive des commentateurs à une version particulière de l’histoire et ont produit une injonction aussi forte adressée à tout un chacun de s’y conformer. Dans ce contexte, toute voix discordante, qui s’interroge à la fois sur la production de ce consensus, sur les raisons de l’émotion collective ainsi construite et sur le bien-fondé de l’éclairage apporté apparaît proprement hérétique. Pourtant aucune tragédie ne nous exonère du devoir non seulement de compatir, mais aussi de chercher à comprendre ; et ce n’est pas en clouant au pilori quiconque s’écarte de la version « approuvée » du conflit syrien qui prévaut dans les médias qu’on résout les problèmes qui conduisent à ces tragédies. Je crois au contraire que c’est le rôle d’un responsable politique de sortir du cadre compassionnel commun – même s’il est légitime – pour s’interroger sur les causes, comprendre dans toute sa complexité la course des événements qui conduisent aux drames et chercher des réponses adéquates.

Revenons donc aux deux tweets incriminés pour en développer le propos. Le tweet qui affirme que le dernier hôpital d’Alep a manifestement été détruit une quinzaine de fois ne vise pas, encore une fois, à moquer la tragédie d’enfants qui meurent à Alep faute de soins ; il cherche à attirer l’attention sur l’incroyable guerre de l’information qui double les hostilités physiques sur le terrain, utilisant tous les moyens possibles pour provoquer l’émotion, l’indignation et la haine. Cette propagande est évidemment menée par toutes les parties ; est-ce une raison suffisante pour ne pas dénoncer les excès commis du « bon » côté, le nôtre ? J’aurais d’ailleurs tout autant pu aborder cette propagande par d’autres biais. Quoi qu’il en soit, l’erreur a été de le faire sur Twitter où il est impossible de développer une réflexion construite.

Dans les articles de Libération et du Monde, il est écrit que...
 

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