Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Club de Mediapart

Equateur: le parti de Correa doit gagner

pour contrer l'impérialisme US

 

 

Le 19 février 2017, des élections présidentielles se  tiennent en Equateur. Le candidat du parti de Correa,  Alianza Pais, l’ex vice président Lenin Moreno peut et  doit gagner pour  éviter l’effet domino et une victoire  d’une droite ultra libérale et revancharde, après le  Honduras, le Paraguay, l’Argentine et le Brésil.

 Attilio Boron, le sociologue et politologue argentin  n’hésite pas à parler à propos de l’élection du 19  février d’une « bataille de Stalingrad » pour enrayer le  déferlement droitier en cours dans la région.

Rafael Correa a été élu en 2006 Président de la République pour la première fois en battant Alvaro Noboa, l’homme le plus riche d’Equateur, propriétaire de 110 entreprises, dont les plus importantes plantations de bananes du pays.

Promoteur d’une révolution citoyenne, il a rapidement mis en place une assemblée constituante qui a élaboré une nouvelle constitution en 2008 inscrivant la lutte contre le néo libéralisme et le contrôle de l’état sur les ressources du pays parmi ses principes. Toute présence militaire étrangère est interdite sur le territoire équatorien.

Correa a été ensuite réélu à deux reprises en 2009 et 2013 confortablement. Il a refusé que s’applique à son mandat la possibilité d’une nouvelle élection et Lenin Moreno, ex vice président du parti de Corea est le candidat d’« Alianza Pais » pour cette élection de 2017.

Correa a réduit de moitié son salaire de président et celui des hauts fonctionnaires. Il habite dans sa maison familiale et non pas dans le palais présidentiel de Quito.

Correa a formé une commission internationale (avec la participation d’Eric Toussaint et du comité pour l’annulation des dettes illégitimes) chargée de réaliser un audit de la dette du pays. Les 40 % identifiées comme dettes illégitimes ont fait l’objet d’une dévaluation et été rachetés à bas prix par le gouvernement.

Le ratio de dette sur PIB a ainsi été abaissé à 17,7 % en 2009 contre le double 35 % en 2005.

Le gouvernement a pu, avec des ressources augmentées issues du pétrole réappropriées pour le budget de l’état, créer une politique de redistribution et d’amélioration de la santé et de l’éducation (leurs budgets ont été multipliés par trois). La lutte contre le travail non déclaré (au noir) a été un axe prioritaire du gouvernement. Le taux de chômage est le plus faible de la région.

Correa a été très actif dans la défense de l’environnement en poursuivant Chevron Texaco pour la pollution provoquée par ses rejets dans la forêt amazonienne quand la compagnie exploitait les puits de pétrole. Un tribunal équatorien a condamné Chevron à verser 9 milliards de dollars d’indemnités aux communautés indiennes concernées.

Il a aussi proposé à l’ONU de ne pas exploiter une partie des gisements de l’Amazonie en échange d’une aide des pays les plus riches de la planète.

Son gouvernement a développé fortement la production d’électricité à partir de barrages sur les fleuves, d’éoliennes et de fermes de panneaux solaires.

Une intense campagne de formation citoyenne a été faite pour la propreté, le non rejet de détritus dans la nature, pour le tri sélectif.

De nouveaux parcs nationaux ont été créés et couvrent 20 % de la surface du pays qui est considéré comme ayant la plus grande bio diversité au monde. Les activités y sont particulièrement réglementées comme sur les îles de l’archipel des Galapagos.

L’analphabétisme a été presque éliminé. L’université est gratuite. L’espérance de vie a fortement augmenté. De grands travaux d’infrastructure ont été réalisés dans tout le pays, routes, aéroports, transports publics, tramways, métros, logements sociaux. Correa a su insuffler à tous les niveaux de l’état un contrôle exigeant sur la rapidité d’exécution des travaux et sur leur qualité. C’est très notable pour les routes, leur éclairage et la consolidation des pentes montagneuses qui les surplombent. Les retards dans l’ouverture du service de tramway de Cuenca prévue depuis un an, malgré les livraisons des rames et du système de traction électrique intégré aux rails Alstom pour éviter la pollution visuelle dans le centre historique classé au patrimoine de l’Unesco, sont dues à la défaillance du consortium espagnol chargé du chantier de travaux publics.

Des investissements publics soutiennent des projets de transformation de matières premières, le plastique à partir du pétrole, le chocolat à partir du cacao, etc…

Le salaire minimum a été doublé, la pauvreté a régressé et le chômage est parmi les plus bas d’Amérique Latine.

Le pays a eu un taux de croissance moyen de 4,6 % par an jusqu’en 2015.

Après le spectaculaire refus du traité de libre échange avec les Etats-Unis (ALCA) préparé par Clinton et proposé par Bush au sommet des Amériques à Mar del Plata, en Argentine, en 2005, l’Union des nations sud américaines (Unasur) a été créée en 2008. Elle regroupe la plupart des pays latino américains pour organiser leur coopération et a son siège en Equateur, à côté du parc du milieu du monde où la mission géodésique française de 1736 identifia la latitude 0 et confirma la forme de la terre en globe avec aplatissement aux pôles.

En 2009, Correa n’a pas renouvelé les baux d’occupation des bases militaires américaines en Equateur. L’armée américaine a du quitter le pays. Elle justifiait sa présence pour la lutte anti drogue.

La lutte contre l’évasion fiscale et la corruption ont été des axes importants de sa gouvernance. Avant de quitter sa fonction, il a proposé un pacte éthique soumis au vote le 19 février en même temps que l’élection présidentielle. Les citoyens devront décider si ceux qui ont une charge publique, les hauts fonctionnaires, les députés, les membres du gouvernement et le président de la république pourront ou non détenir des avoirs dans des paradis fiscaux.

Pour rappel, d’après les panama papers, entre autres, le nouveau président argentin Macri élu en 2015 détiendrait de nombreuses sociétés dans les paradis fiscaux.

En Août 2012 le gouvernement équatorien a accordé le statut de réfugié politique à Julian Assange, le fondateur de Wikileaks et il réside à l’ambassade d’Equateur à Londres sous la surveillance de la police anglaise. Le ministre des affaires étrangères anglais a affirmé qu’il ferait arrêter Julian Assange si il sortait de l’ambassade équatorienne.

Des privilèges économiques accordés aux militaires aux policiers ont été supprimés par le gouvernement Correa.

Une expropriation d’une partie des entreprises de Alvaro Noboa pour défaut de payement des impôts (évasion fiscale)  et de sommes dues aux 1800 travailleurs de l’entreprise, a été ordonnée par un tribunal équatorien et des concessions d’exploitation ont été confiées aux salariés.

De même, l’hôtel 4 étoiles Ramada de Guayaquil et son restaurant ont été expropriés pour dette à l’état équatorien et à ses salariés. Depuis 2009, l’état est resté propriétaire de l’immeuble et a confié l’exploitation de l’entreprise à ses 50 salariés qui fonctionnent sur un modèle d’autogestion. Il est classé parmi les meilleurs établissements de la ville par les guides.

La loi de 2013 sur la communication et les médias s’appuie sur la nouvelle constitution de 2008 pour affirmer que la communication est un service public. Elle a ré attribué les fréquences qui appartenaient à 90 % à des groupes privés pour un tiers à des media communautaires et un tiers à des organismes public de diffusion.  Un organisme indépendant est chargé de veiller à son application et au respect des règles déontologiques de la presse.

La loi de mobilité humaine a été votée début 2017 à partir du principe de citoyenneté universelle inscrit dans la constitution de 2008. Elle stipule qu’aucun être humain ne peut être qualifié d’illégal pour sa situation migratoire et définit les règles à respecter dans le pays pour les touristes et les travailleurs. Elle précise aussi les droits que les équatoriens, résidant dans d’autres pays, peuvent revendiquer et que l’état leur garantira.

Ce bilan a été terni ces dernières années par la crise économique due à la baisse du prix international du pétrole qui a privé l’état d’importantes ressources financières.

Par ailleurs un tremblement de terre violent a affecté en avril 2016 la côte pacifique du pays provoquant des dégâts estimés à 3,5 milliards de dollars assumés pour les 2/3 par l’état. Cela a représenté 3,5 % du Produit intérieur brut du pays (PIB).

Le PIB s’est ainsi réduit de 1,7 % en 2016 par rapport à 2015. Un retour à la croissance est prévu pour 2017.

La monnaie locale, le Sucre a été abandonnée en 2000 au profit  du dollar suite à une instabilité chronique des prix et à des dévaluations en série.

Correa s’était opposé à cette dollarisation de l’économie qui a fait perdre sa souveraineté monétaire au gouvernement.

Il n’a pas pu revenir à une monnaie nationale en arrivant au pouvoir en 2007. 95 % des équatoriens étaient attachés dans les enquêtes au maintien du dollar qui a assuré une relative stabilité des prix. Il ne peut utiliser la politique monétaire pour réguler son économie.

Correa a donc choisi de développer une monnaie électronique garantie par le gouvernement pour diminuer la dépendance du pays à l’égard de la devise nord américaine. Il a été en 2015, le premier pays au monde à proposer cette nouvelle forme de payement sous forme de service public. Pour les citoyens sans compte bancaire, il faut échanger de l’argent liquide (en dollars pièces ou billets) contre une somme qui est débitée au fur à mesure des dépenses chez les commerçants par validation sur le téléphone portable.  

Face à cette politique, l’opposition s’est faite de plus en plus agressive. Elle a fait pression dans la presse contre les mesures de régulation et de pression fiscale (un impôt exceptionnel a été perçu pour faire face aux dépenses liées au tremblement de terre et le taux de tva est passé de 12 à 14 %, un des plus bas de la région).

Dans le livre « La CIA contre l’Amérique Latine, chapitre spécial Equateur » de Jaime Galarza et Francisco Herrera, les intervention et les ingérences de l’agence américaine sont révélées :

La base militaire américaine de Manta proche de la frontière colombienne a été un élément clé du plan Colombie pour lutter contre les Farc avec un dispositif sophistiqué d’écoutes pour fournir des informations sur les mouvements de troupes. Ces activités ont généré un conflit frontalier entre la Colombie et l’Equateur et de nombreux paysans équatoriens ont été chassés de leurs terres.

Après l’expulsion de l’armée américaine en 2009, un coup de force d’une partie de l’armée et de la police a tenté de renverser Rafael Correa en septembre 2010, des centaines de policiers et militaires se sont soulevés et ont pris le contrôle d’aéroports et d’axes routiers. Ils ont séquestré Correa dans un hôpital. Celui-ci a été libéré par une intervention d’un groupe des forces armées spéciales et par un rassemblement populaire massif venu soutenir le Président.

 Le norvegien Eirik Vold vient de publier en février 2017 un livre « Ecuador en la mira » qui analyse des milliers de dépêches diffusée par Wikileaks entre ambassades, consulats américains en Equateur et les organismes d’état des Etats Unis. Depuis 2005, il apparaît que les représentants américains considéraient que si Correa arrivait au pouvoir et qu’il menait des politiques de redistribution, de contrôle des ressources naturelles et d’indépendance nationale envers les Etats-Unis, il faudrait le renverser.

Dans les dépêches apparaissent des messages de pression émanant de fonctionnaires des USA sur des militaires équatoriens pour qu’ils se retournent contre Correa. Des documents indiquent que des outils technologiques auraient été fournis à certains militaires équatoriens pour inciter d’autres militaires à réclamer les mêmes outils au gouvernement équatorien.  Des informations concernent également le soulèvement de 2010.

Des messages émanant de “l’élite financière” équatorienne contiennent des demandes d’aide aux Etats Unis pour renverser Correa. Apparaissent aussi des messages étranges de dirigeants d’organisations indigénistes critiquant le gouvernement Correa et appuyant l’opposition alors que les luttes des communautés indigènes avaient été fortes contre les traités de libre échange et la présence des bases militaires américaines. Figurent aussi des messages concernant des tentatives de déstabilisation de l’organisation UNASUR.

Dans un article récent, Attilio Boron, le sociologue politologue argentin précédemment cité, fait une analyse croisée des pratiques journalistiques des médias privés d’opposition aux gouvernements Kirchner et Correa en Argentine et en Equateur. Des journalistes souvent formés aux Etats-Unis alimentent cette presse avec des informations montées de toutes pièces sur des affaires de corruption, de mensonges réitérées en boucles, de dénonciations d’échecs du gouvernement. Borron qualifie ce travail journalistique de guerre de désinformation.

Il fait le lien avec l’incroyable campagne du groupe Clarin en Argentine qui a mené Macri au pouvoir en 2015. Depuis un an, les Argentins qui ont élu Macri pour un changement subissent une dégradation très nette de leur niveau de vie à coup d’augmentations des prix et en particulier de l’électricité et du gaz avec des négociations salariales bloquées créant un différentiel important entre revenus et coût de la vie, des milliers de fonctionnaires licenciés et des pertes d’emploi massives.

La campagne de la presse d’opposition en Equateur exploite pleinement la récente  On entend une partie de la population reprendre les accusations de corruption ( les enquêtes concernent des dirigeants de l’entreprise nationale pétrolière et Correa a affirmé que la justice devait mener fermement ses investigations) et sur l’endettement excessif du pays (après une diminution nette du ratio dette/PIB, le gouvernement, pour faire face à la crise économique, a contracté des prêts auprès du gouvernement chinois, seule entité internationale disposée à lui en accorder et les taux d’intérêt sont élevés autour de 10 % contre  7% pour le gouvernement Macri en Argentine, mais le montant total de la dette équatorienne reste autour de 40 % du PIB très inférieur à ce que connaissent les Etats-Unis, l’Europe et le Japon.) On entend également dire que des entreprises ont quitté le pays pour la Colombie et le Pérou voisins à cause de la pression fiscale, ce qui ne semble pas réel mais la presse reprend régulièrement le discours de certains entrepreneurs locaux furieux de la lutte contre l’évasion fiscale et de l’application de règles auparavant jamais respectées. On voit quelques graffiti au pochoir dans les rues de Quito : « Chasser l’état de nos vies – Sacar al estado de nuestras vidas » ! (voir photo)

Le peuple équatorien choisira le 19 février 2017.

Le 26 janvier 2017, le Ministère des Affaires étrangères français proposa à travers son réseau d’Alliances françaises un débat autour du « Monde commun ». Jean-Marc Ayrault, ministre social-démocrate du gouvernement Valls puis du gouvernement Cazeneuve, futur soutien de Hamon ou de Macron instaura en 2016 le principe d’un débat annuel dans les représentations culturelles françaises autour d’un thème choisi par le gouvernement français.

Cette année, le 26 janvier 2017, c’était donc « le monde commun ». Quelle idée saugrenue de vouloir imposer à une centaine de pays d’opiner sur cette formule impérialiste, s’il en est ?  Quel monde commun peuvent identifier, un Ivoirien, un Lybien, un Syrien, un Equatorien et un Français ? Qui va être le chef d’orchestre de cet espace et des règles de vie commune. Au moment où l’échec de l’Union Européenne est patent, les sociaux démocrates veulent encore faire croire à un mode de vie commun, malgré les inégalités nationales et internationales de plus en plus criantes. Pourquoi, pour continuer à gouverner, pour se soumettre à l’ordre mondial néo libéral, seul maître à bord d’un monde uniformisé et globalisé ?

Heureusement à l’Alliance française de Quito, la dignité des hommes pensants s’est manifesté par les voix d’ Iván SANDOVAL, médecin psychiatre et psychanalyste équatorien et de Stéphane VINOLO, épistémologue équatorien qui ont exprimé leurs désaccords. En aucun cas, ils ne voulaient participer à ce monde commun imposé par des puissances financières et politiques.

Ils ont rappelé la différence entre un « monde commun » et un « monde en commun » que des hommes avec leur subjectivité et leurs aspirations peuvent construire à travers des processus collectifs.

 Il était réconfortant d’entendre leurs positions qui permettaient de faire un lien avec le mouvement des Insoumis qui s’est inspiré de la révolution citoyenne de Rafael Correa pour élaborer « UN AVENIR EN COMMUN » dans lequel s’élabore un programme partagé, responsable et chargé d’espoir collectif face aux menaces multiples qui pèsent sur ce monde disrupté.

Un Insoumis souhaitant la victoire de Lenin Moreno,

candidat d’Alianza Pais soutenu par Rafael Correa

le 19 février 2017.

Tag(s) : #Amérique latine Equateur

Partager cet article

Repost 0