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72% des Français interrogés considèrent que la proposition d’alliance de François Bayrou à Emmanuel Macron ne change rien à leur choix de voter ou non pour ce dernier (14% disent avoir moins envie de voter pour lui, 13% avoir plus envie de voter pour lui).

Après le renoncement de François Hollande, les éliminations de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls, le grand exercice de recomposition du paysage politique continue de faire des dégâts parmi les personnalités qui avaient pourtant occupé le devant de la scène politique ces 25 dernières années. Dernier en date, François Bayrou qui, sans espace politique, a dû se résigner hier à proposer une alliance à Emmanuel Macron, acceptée dans l’heure par un tweet de ce dernier.

Il s’agit là d’un « quitte ou double » de la part du Président du MODEM qui, dans sa carrière passée, a multiplié les effets de surprises. Ainsi, en 1995, ministre du gouvernement Balladur, après la présidentielle, il réussit à rester au même poste auprès de Juppé, qui avait pourtant vu s’affronter Balladur et Chirac. En 2007, il ne choisit personne au second tour ; appelle à voter pour François Hollande en 2012, puis fait alliance avec le parti Les Républicains en 2014 pour se faire élire maire à Pau. Il en avait été de même dans d’autres villes, notamment à Paris où ses amis s’étaient alliés à Nathalie Kosciusko-Morizet. Les quelques élus MODEM parisiens siègent d’ailleurs dans l’opposition municipale, d’autres siègent également avec Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile de France.

Ainsi, si cette volonté d’être perçu comme « faiseur de roi » ne se concrétise pas dans les semaines qui viennent, il apparaît peu probable qu’il puisse espérer un « nouvel » avenir politique.

Le résultat du sondage OpinionWay pour LCI et Tilder montre que cette annonce de François Bayrou, qui fut un modèle de communication (secret maintenu jusqu’au discours, convocation de la presse avant l’heure de bouclage suivi du 20 heures de France 2 et de la matinale de RTL), n’a pas créé d’effet particulier chez les électeurs. En effet, 72% des personnes interrogées considèrent que cette proposition d’alliance ne change rien à leur choix.

De deux choses l’une, soit les électeurs putatifs de François Bayrou avaient déjà choisi Macron, et cela ne change effectivement rien pour eux… soit il n’y a pas d’effet Bayrou et il s’agit là d’une simple péripétie interne au monde politique qui n’a pas d’impact sur l’opinion publique.

Quelle qu’en soit la cause, cette situation appelle tout de même les deux commentaires suivants :

Les deux protagonistes Bayrou et Macron affirment d’abord qu’il s’agit d’une recomposition de la vie politique en France induite par la fin du clivage traditionnel gauche / droite.

Dire cela, c’est oublier que la ficelle a déjà été utilisée par le passé. Il y a toujours eu un centre en France sous la Vème République et celui-ci a souvent appelé à la recomposition de la vie politique autour de son candidat.En 1965, Jean Lecanuet appelait déjà à une recomposition politique autour de lui. Chaban-Delmas en 1974, Raymond Barre dans une moindre mesure en 1988 et François Bayrou lui-même en 2002, 2007 et 2012…

Ensuite, en communication politique au 21ième siècle, lorsque l’on vise à remporter une élection, apparaître comme un homme neuf et porteur d’un projet structurel de réforme institutionnelle, est plutôt bien joué. En effet, pour être élu, la nouveauté et l’affirmation d’être l’incarnation d’un renouveau et de la recomposition de la classe politique française, en agrégeant à sa candidature des personnalités de droite et de gauche, crée une force centripète (qui se rapproche du centre). 

Celle-ci est a même de créer l’illusion de la cohésion des idées et capable de projeter ce candidat vers l’Elysée.

Cependant, l’Elysée n’est pas l’Assemblée nationale et si la recomposition électorale peut jouer pour l’élection d’un président, c’est plus complexe pour l’élection de 577 députés.

De plus, la recomposition ne se décrète pas d’autant que les institutions de la Vème république sont construites sur le clivage droite/gauche, de telle façon qu’à la première crise venue à l’Assemblée nationale, les forces politiques redeviendront centrifuges (se disperseront vers l’extérieur) et chaque élu de droite, de gauche ou « macroniste » retrouvera, par réflexe, son camp d’origine.

En tout état de cause, l’annonce d’hier est le dernier épisode en date d’une campagne inédite ou aucun enjeu de campagne n’a encore émergé, masqué par les égos des uns et les crises judiciaires des autres.

Tag(s) : #Politique française