Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la PRÉSIDENTIELLE » - Entretien avec le géographe social Christophe GUILLUY
Faut-il encore présenter Christophe Guilluy ?
Le géographe social, fin observateur de la France périphérique et théoricien de l'insécurité culturelle, voit ses analyses confirmées par les sondages. Si Marine Le Pen ne l'emportera peut-être pas dès 2017, la France périphérique finira cependant par triompher un jour ou l'autre dans les urnes face aux candidats des gagnants de la mondialisation que sont Hamon, Fillon et Macron.
guilluy macron lepen trump

Dole, 2014. Photo: Albert Ziri.

Daoud Boughezala. Votre diagnostic des « fractures françaises » et de l’abandon de la France périphérique (rurale et péri-urbaine) infuse le débat public ces dernières années. Avez-vous l’impression d’influencer les discours des candidats à l’élection présidentielle ?

Christophe Guilluy. Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel.

Justement, quel est l’essentiel à vos yeux ?

Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour.

N’est-il pas légitime de s’inquiéter de la montée des « populismes » ?

Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970.

En cas de second tour entre Marine Le Pen d’un côté et François Fillon ou Emmanuel Macron de l’autre,  les sondages annoncent la victoire des gagnants de la mondialisation, pourtant minoritaires dans le pays…

C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs.

Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN.

Pour l’instant, Marine Le Pen...

POUR LIRE LA SUITE
CLIQUEZ CI-DESSOUS

http://www.causeur.fr/christophe-guilluy-macron-fn-fillon-43306.html

Tag(s) : #Politique française

Partager cet article

Repost 0