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Résultat de recherche d'images pour "Système de reconnaissance faciale Images"

THIERRYVALLATAVOCAT

Le blog de Thierry Vallat, avocat au Barreau de Paris

Les utilisations de la reconnaissance faciale abondent: cameras de surveillance dans les rues, dans les aéroports pour le contrôle des passagers, utilisation en entreprise etc.

Définie par le "groupe de l’article 29", organisme consultatif européen institué en vertu de l’article 29 de la directive 95/46/CE, la reconnaissance faciale correspond au "traitement automatique d’images numériques qui contiennent le visage de personnes à des fins d’identification, d’authentification/de vérification ou de catégorisation de ces personnes"  ( Avis n°02/2012 du 22 mars 2012)

Cette technique n'est donc pas sans poser des problèmes d'ordre éthique. ainsi que de protection des données personnelles et de la vie privée. 

La CNIL a précisé qu'en s’appuyant sur une base de photographies préenregistrées reliée à un système de vidéoprotection et à un dispositif de reconnaissance automatique des visages, il est en effet désormais techniquement possible d’identifier un individu dans une foule. Si cette technologie n’en est encore qu’à ses balbutiements, il importe de comprendre que son caractère intrusif est croissant puisque la liberté d’aller et venir anonymement pourrait être remise en cause.

La récente attaque à Orly a relancé le débat sur son utilisation et cette dernière est préconisée par le PDG d'Aéroports de Paris (ADP). Augustin de Romanet qui a expliqué le 20 mars 2017 que la reconnaissance faciale est, "à terme, probablement une piste vers laquelle on pourrait s'orienter" pour identifier les personnes fichées comme dangereuses. Il s'agirait de "mettre à l'étude la mise en place de caméras dans les zones publiques" pour comparer les visages avec les fichiers d'images d'individus jugés dangereux, a-t-il précisé (Attaque à Orly

A l'heure actuelle, à Orly, la reconnaissance faciale est déjà pratiquée "pour contrôler les passeports"mais "pas pour détecter les personnes jugées dangereuses"

Depuis le 14 février 2017, la technologie de reconnaissance faciale a été mise en place à la Gare du Nord.

C'est ainsi que des sas de contrôle automatisés des passeports intégrant une reconnaissance faciale sont opérationnels pour les trains Eurostar, analogue à celui équipant la gare Saint-Pancras de Londres depuis l'Euro de football, en juin 2016

Des sas utilisant cette technologie ont été également installés depuis le 28 décembre 2016 à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, avec 5 appareils dans le terminal 2 F (lire notre article  Reconnaissance faciale aux frontières: mise en place à Paris)

Ces contrôles sont légaux depuis la publication d'un décret du 6 avril 2016 portant modification de "Parafe", (acronyme de Passage Rapide Automatisé Aux Frontières Extérieures)un traitement automatisé de données à caractère personnel permettant un contrôle aux frontières basé sur la reconnaissance faciale des passagers.

Il était certes déjà possible depuis 2012, pour les titulaires d’un passeport biométrique transitant par les aéroports de Paris ou Marseille, mais les sas Parafe n'utilisaient qu'un lecteur d’empreintes digitales

La CNIL a donné son accord sur le dispositif, dans un avis du 8 avril 2016, mais uniquement parce que la reconnaissance repose sur un procédé local et temporaire: la photo numérisée de la personne à contrôler est placée dans la puce du passeport biométrique, mais n'est pas compilée dans une base de données . 

Pour la CNIL  « ce dispositif est ainsi conforme à la position constante de la commission en la matière, qui considère que le recours, pour s’assurer de l’identité d’une personne, à des dispositifs de reconnaissance biométrique reposant sur la conservation des données dans un support dont la personne a l’usage exclusif, comme par exemple le passeport biométrique, est de nature à assurer une meilleure protection de la vie privée des personnes que la création d’une base centrale ».

C'est pourquoi les données biométriques saisies lors du contrôle facial doivent, en principe, être temporaires et immédiatement détruites sans stockage.

Rappelons également que le fichier TES déployé en France à compter du 21 février 2017 ne comporte en revanche pas de dispositif de recherche permettant l'identification à partir de l'image numérisée du visage ou de l'image numérisée des empreintes digitales enregistrées dans ce traitement (lire:  Le fichier TES de vos données biométriques)

Certains réseaux sociaux utilisent également ce type de technologie utilisant un algorithme permettant de comparer un visage à une photo de sa base de donnée. 

En 2011, Facebook a ainsi lancé un système de reconnaissance faciale qui permettait, à partir d’un nom, de retrouver sur le réseau et le web toutes les images représentant la personne.

Ce système a été abandonné par Facebook pour l’Europe en septembre 2012 à la suite d’une série de plaintes,  mais Facebook continue de l'utiliser aux Etats-Unis et a même développé un programme de recherche encore plus sophistiqué dénommé "DeepFace" .

Cette nouvelle méthode d’identification automatique, basée sur un processus d’apprentissage des l'intelligence artificielle serait capable de reconnaître des visages sur les millions de photos publiées sur le réseau social qui les stockerait dans une méga banque de données.

Plusieurs résidents de l'Illinois ont cependant porté plainte contre ce système de reconnaissance faciale de Facebook, qui violerait selon eux une loi locale interdisant de stocker ces données biométriques personnelles. Le procès est attendu en octobre 2017.

La reconnaissance faciale est également largement contenue dans nos smartphones: Apple vient par exemple de lancer une nouvelle application Clips qui recourt au même logiciel de reconnaissance faciale que celui déjà mis en place dans son application photo intégrée dans le cadre de l’iOS 10, et  qui permet de partager des vidéos et photos personnalisées.

Là encore la Commission nationale de l’informatique et des libertés reste très vigilante et a publié le 8 mars 2017 un rappel sur les conditions d’application de ce type de système.

Ainsi, pour le recours à la reconnaissance faciale comme moyen d’authentification, la Cnil recommande  « que le capteur résiste aux attaques telles que l’utilisation d’une photo pour duper la reconnaissance faciale » et   que tout système de reconnaissance biométrique ne soit pas imposée aux utilisateurs. 

Mais certains veulent aller plus loin, et des députés LR viennent de déposer à l'Assemblée nationale une proposition de loi "d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure et la justice" qui vise notamment à injecter une nouvelle disposition dans le Code de la sécurité intérieur afin d'autoriser « le recueil en temps réel de l’image d’une personne » à des fins d’exploitation biométrique, pour prévenir des faits de terrorisme.

Il s'agirait de coupler aux systèmes de vidéoprotection un dispositif en temps réel de reconnaissance automatique des visages. Un traitement automatisé comparerait ensuite les images avec les clichés anthropométriques accompagnant le fichier automatisé des empreintes digitales ou celles issues du fichier des personnes recherchées issu du décret du 30 mai 2010.

Il ne s'agit pas d'une première puisque plusieurs propositions avaient déjà été déposées en ce sens dont cette proposition de loi du sénateur Roger Karouchi du 17 juin 2016 afin d’arriver, à terme, à une détection automatique des personnes « fichées S 

Si une telle mesure était finalement adoptée, la CNIL devra impérativement pouvoir contrôler ces dispositifs, ainsi que le permet la loi LOPPSI 2 du 14 mars 2011, de même que la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement.

Les progrès de la technologie et la multiplication des caméras installées en milieu urbain permettant d’observer les piétons dans la rue et de pouvoir effectuer une analyse biométrique de leur visage afin de le comparer à une base de données doit impérativement conduire à une prise de conscience encore plus élevée sur l'utilisation et le stockage des données biométriques et la mise en place de mesures protectrices de la vie privée des citoyens. D'autant plus qu'arrivent de nouveaux matériels encore plus invasifs comme les drones ou des panneaux publicitaires interactifs.

 

Tag(s) : #Libertés

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