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Analyse communiste internationale

Blog d'information et d'analyse des mouvements politiques

 

Le 7 mars 2017

Le triomphe de la Révolution cubaine a engendré le plus remarquable bouleversement politique, économique et social de l’histoire de l’Amérique latine. Dès 1959, les nouvelles autorités dirigées par Fidel Castro ont placé les déshérités, en particulier les femmes et les personnes de couleur, principales victimes des discriminations inhérentes à une société patriarcale et ségrégationniste, au centre du projet réformateur.

La Révolution « des humbles (1), par les humbles et pour les humbles » devait jeter les bases d’une nouvelle ère égalitaire, débarrassée des affres des injustices liées à l’histoire et aux structures sociales du pays.

La femme cubaine a été la priorité immédiate du gouvernement révolutionnaire avec la création, dès 1960, de la Fédération de femmes cubaines (FMC), dont la présidente fut Vilma Espín Dubois, militante pleinement engagée contre la dictature du général Fulgencio Batista et épouse de Raúl Castro. Quel était le statut de la femme au triomphe de la Révolution? Quelles mesures concrètes ont été adoptées pour diffuser et appliquer les idées de l’égalité des droits et des opportunités entre les hommes et les femmes, et mettre un terme aux préjugés et aux stéréotypes culturels?

 

Trois axes structureront cette réflexion.

Dans un premier temps, une attention particulière sera accordée à la place de la femme avant le triomphe de la Révolution. Ensuite, il conviendra d’analyser les mesures prises par le nouveau pouvoir pour permettre à ce secteur de la société d’atteindre l’émancipation définitive et la pleine citoyenneté. Enfin, au-delà des grandes déclarations de principes, un regard sera porté sur son statut aujourd’hui pour évaluer son intégration dans la vie politique, économique et sociale du pays.

 

  1. La place de la femme avant le triomphe de la Révolution

    Sous le régime militaire de Fulgencio Batista de 1952 à 1958, la femme cubaine, soumise au carcan d’une société patriarcale, ne représentait que 17% de la population active et recevait une rémunération sensiblement inférieure à celle de l’homme pour un emploi équivalent. Cantonnée au rôle de mère au foyer chargée des tâches domestiques, sous la férule de l’omnipotence du mari, première victime de l’illettrisme qui frappait une grande partie de la population, les perspectives d’avenir étaient plutôt sombres pour la femme cubaine. Ainsi, sur les 5,8 millions d’habitants, avec un taux de scolarisation de seulement 55% pour les enfants de 6 à 14 ans, plus d’un million d’enfants n’avaient pas accès à l’école et étaient cantonnés au foyer familial, à la charge de la mère.

L’analphabétisme touchait 22% de la population, soit plus de 800 000 personnes, dont une majorité de femmes (2).

Malgré l’obtention du droit de vote dès 1934, sous le gouvernement progressiste de Ramón Grau San Martín émanant de la Révolution populaire de 1933, le rôle de la femme dans la vie politique a été très limité. Ainsi, de1934 à 1958, seules 26 femmes ont occupé un poste législatif avec 23 députées et 3 sénatrices (3).

En revanche, la femme cubaine a joué un rôle-clé dans la lutte insurrectionnelle contre la dictature de Fulgencio

Batista, notamment au travers d’organisations telles que le Frente Cívico de Mujeres Martianas et las Mujeres Oposicionistas Unidas. Les femmes cubaines ont intégré la guérilla du Mouvement 26 Juillet de Fidel Castro en créant en septembre 1958 le peloton militaire «Mariana Grajales», exclusivement féminin, dans la Sierra Maestra. Plusieurs figures féminines, telles que Celia Sánchez, Melba Hernández, Haydée Santamaría ou Vilma Espín, entre autres, ont émergé du mouvement révolutionnaire contre le régime militaire (4). Néanmoins, les revendications de ces

militantes n’étaient pas purement féministes. Comme l’a souligné Maruja Iglesias, dirigeante du Frente Cívico de Mujeres Martianas, «nous ne luttions pas pour les droits de la femme. Nous luttions pour les droits de tous» (5).

 

2. Premières mesures du gouvernement révolutionnaire

Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, dont les fondements idéologiques se trouvent dans la pensée du Héros national José Martí, l’Etat cubain a fait de l’émancipation de la femme l’une de ses principales priorités. Dès son premier discours prononcé le 1er janvier 1959 à Santiago de Cuba, quelques heures après la fuite de Batista, Fidel Castro avait fait allusion à la situation de la femme et avait rappelé que la mission du processus révolutionnaire était de mettre un terme à la subordination sociale des plus opprimés: "Il s’agit d’un secteur de notre pays qui a besoin d’être libéré, car il est victime de la discrimination au travail et dans d’autres aspects de la vie [...]Quand l’on jugera notre révolution dans les années futures, l’une des questions pour lesquelles nous serons jugés sera la manière dont nous aurons résolu, dans notre société et notre patrie, les problèmes de la femme, même s’il s’agit d’un des problèmes de la révolution qui requièrent le plus de ténacité, le plus de fermeté, le plus de constance et d’effort"(6).

La femme cubaine a été la principale bénéficiaire des conquêtes sociales et populaires. Ainsi, dès 1960, la Fédération des femmes cubaines (FMC) fondée par Vilma Espín, a vu le jour afin de défendre les mêmes droits pour tous et mettre un terme aux discriminations. La femme devait enfin occuper l’espace social qui lui correspondait et contribuer pleinement à l’édification de la nouvelle Patrie. Fidel Castro en avait souligné l’importance: «La femme cubaine, doublement humiliée et reléguée par la société semi-coloniale avait besoin de sa propre organisation, que représenterait ses intérêts spécifiques et qui travaillerait pour obtenir la plus grande participation dans la vie économique, politique et sociale de la Révolution (7)». La FMC compte aujourd’hui plus de 4 millions de membres.

Vilma Espín Dubois a joué un rôle fondamental dans l’émancipation de la femme cubaine. Militante révolutionnaire, elle a intégré le Mouvement 26 Juillet et a été membre de la Direction nationale.

En 1958, Vilma Espín a rejoint le Second Front Oriental Frank País, devenant l’une des premières femmes à participer à la guérilla. Après le triomphe de la Révolution, elle a dédié sa vie à la lutte des femmes cubaines pour l’égalité, jusqu’à sa disparition en 2007. Elle a ainsi présidé la Commission nationale de prévention et d’attention sociale, la Commission de l’enfance, la jeunesse et de l’égalité des femmes au sein du Parlement cubain (8).

L’une des premières tâches de la FMC a été de lutter contre la prostitution, nécessité vitale pour près de 100 000 femmes de la Cuba prérévolutionnaire, et de les impliquer dans la construction de la nouvelle société. Avec la disparition des conditions économiques et sociales responsables de l’exploitation sexuelle des femmes, la réadaptation sociale a été d’autant plus facilitée par l’existence d’une structure fédérative féminine.

Suivant l’adage de José Martí «être cultivé pour être libre», Cuba a lancé en 1961 une grande campagne d’alphabétisation qui a permis à toutes les catégories de la société, en particulier aux femmes et surtout aux femmes de couleur , de bénéficier de ce progrès social qui ouvrait la voie vers l’égalité. Plus de 10 000 écoles primaires ont été créées la même année, soit plus que durant les soixante ans de république néocoloniale. Les résultats furent immédiats: plus de 700 000 personnes, dont 55% de femmes, ont été alphabétisées en douze mois et l’analphabétisme fut réduit

à 3,8%. En 1961, Cuba a été déclarée par l’UNESCO «premier territoire libre d’analphabétisme », fait unique en l’Amérique latine et La Caraïbe à l’époque. Dès 1961, Cuba a créé les cercles infantiles destinés à permettre aux mères cubaines d’avoir accès à la formation, au travail et de participer à la vie économique du pays (9).

 

Cuba a ensuite mis en place un arsenal constitutionnel et législatif destiné à promouvoir les droits des femmes et l’égalité pour tous. Les articles 41 et 42 de la Constitution inscrivent dans le marbre l’égalité des droits entre femmes et hommes et sanctionnent toute «discrimination pour motif de race, couleur de peau, sexe, origine nationale, croyances religieuses ou toute autre atteinte à la dignité humaine (10)». La Loi 62 du Code pénal (article 295) typifie comme délit, passible d’une peine de deux ans de prison, toute atteinte au droit à l’égalité (11). Les femmes ont ainsi accès à tous les postes de la fonction publique et à toutes les hiérarchies des forces armées (12).

 

Au niveau international, Cuba a également joué un rôle d’avant-garde dans la promotion des droits des femmes. Ainsi, l’île de la Caraïbe est le premier pays d’Amérique latine à avoir légalisé l’avortement en 1965. Seules deux nations du continent, le Guyana en 1995 et l’Uruguay en 2012, ont suivi l’exemple de Cuba en accordant le droit imprescriptible aux femmes de disposer de leur propre corps.

De la même manière, Cuba est le premier pays au monde à avoir signé la Convention sur l'Élimination de toutes les formes de discrimination contre la femme, et le second à l’avoir ratifiée.

 

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Tag(s) : #Amérique latine Cuba