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Le candidat à la présidentielle française Jean-Luc Mélenchon a assuré mardi qu'il ne souhaitait sortir ni de l'Europe ni de l'euro, enjoignant ses détracteurs à "un peu de sérieux" sur cette question, lors d'un meeting à Dijon. "Ne croyez pas ce qu'ils vous disent : 'il veut sortir de l'Europe, de l'euro' (...), allons, un peu de sérieux", a déclaré le candidat de La France insoumise

Cette déclaration pose problème à de nombreux électeurs prêts à voter Mélenchon. En effet, il est clair que l'application d'une politique progressiste n'est pas compatible avec la discipline imposée aux Etats de l'Union européenne par la Commission de Bruxelles, elle-même expression de l'oligarchie financière,  maître d'oeuvre de cette forteresse de l'argent-roi.

Laisser croire au miracle d'un Juncker ou d'une Merkel permettant à un Etat comme la France de choisir une autre voie que celle dictée par les intérêts des multinationales européennes, allemandes en premier, c'est créer l'illusion mortifère qui conduirait à la démobilisation populaire, comme dans les années 80, avec l'expérience Mitterrand, ou en Grèce après la trahison de Tsipras...

Alors que faire ? Comment voter dimanche ?

Certains amis et camarades ont tranché : voter Mélenchon participe de la duperie, et pour eux point de salut hors d'un vote tranché pour Asselineau, qui le plus clairement des candidats exprime la volonté concrète de sortir de l'Union européenne en recourant,comme les Britanniques, à  l'article 50 et aux longues négociations prévues dans le cadre du traité.

Cette position a le mérite de la clarté et de la vérité.

Mais quelle politique poursuivre durant cette période ? Ne pas se soucier des interdits européens et nationaliser les secteurs clefs de notre économie ? Mais croit-on que les autorités de Bruxelles laissent faire et admettent la sécession française sans réagir ?

Le croire, c'est verser dans l'hypothèse Mélenchon...

"Négocier" avec madame Merkel des traités européens en bombant le torse et en attendre la "compréhension" de la chancelière, c'est un peu, pour des prisonniers, négocier avec le directeur de la prison du règlement intérieur, en demandant d'inclure dans celui-ci le droit de sortir librement , non seulement de la cellule, mais dehors, en pleine liberté ...

Il faut être sérieux.

Rompre avec l'Union européenne, c'est briser la construction mise en place par les puissances financières, c'est à dire la financiarisation de l'économie, toujours plus concentrée, à partir d'un terrain de chasse ouvert à la concurrence sans limites, débarrassé d'obstacles juridiques, de frontières, de contraintes légales, de protections sociales (lois nationales, codes du travail, droits de douanes ...)  "La libre circulation des capitaux, des hommes et des marchandises" n'est-ce pas  'le sens commun' de l'Union, sa bible, son horizon ?

Alors, qui peut croire que "légalement ", Berlin et sa succursale de Bruxelles laisseront sans réagir se développer le processus de dislocation de l'Union européenne ?

Peut-on penser que le capital financier globalisé va-t-il se faire harakiri ?

Ne croit-on plus à la lutte de classe, dans la phase terminale du capitalisme,  alors que cette lutte  est plus âpre que jamais, l'impérialisme luttant pour sa survie ?

Mais, pourraient dire certains amis, tout cela, on le sait, et ces considérations théoriques ne règlent pas le vote de dimanche prochain.

Certes, mais rappeler ces quelques vérités montrent que ce vote ne constitue qu'un moment de la lutte, et quel que soit le bulletin déposé dans l'urne le 23 avril 2017, il faut être conscient que le combat qui va s'engager dans les semaines et mois qui vont suivre nécessitera le rassemblement de tous ceux et celles qui, à la Présidentielle, voteront différemment. 

Ceux qui voteront Mélenchon ont en tête l'offensive que le monde de l'argent compte mener une fois élu, l'un de ses candidats, Macron ou Fillon. Le programme de ceux-ci en font foi. C'est la descente aux enfers promise pour les salariés, les chômeurs, les retraités. Cette perspective ne peut laisser indifférent aucun camarade, aucun militant.

Mais voter Mélenchon n'a qu'un intérêt : celui de capitaliser des millions de bulletins en sa faveur pour permettre de redonner confiance afin de poursuivre dans la rue et dans les entreprises le sursaut populaire indispensable, l'insurrection sociale nécessaire pour battre le Capital.

Sans cette levée en masse des salariés et des jeunes, aucun scrutin ne suffit pour infliger une véritable défaite au grand patronat et à ses porte-voix politiques. 

L'expérience de mai-juin 36 pour le positif, mai 81 dans le sens contraire, le prouve.

Telle est la morale de cette Histoire que nous vivons.

 

Tag(s) : #Europe