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Natacha Polony : « La droite et la gauche vont finir par admettre qu’ils sont d’accord entre eux »

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On ne présente plus Natacha Polony. Tour à tour chroniqueuse chez Ruquier puis au “Grand Journal”, chargée de la revue de presse d’Europe 1 et éditorialiste au “Figaro”, la rousse la plus connue du Paf est désormais à la tête de sa propre émission, Polonium, diffusée sur Paris Première. Là, elle est enfin libre d’aborder les thèmes qu’elle veut, sous l’angle qu’elle désire et avec des invités triés sur le volet. Car c’est là sa principale qualité, Natacha Polony refuse de se soumettre au diktat du buzz et de l’instant, et garde en tête cette phrase d’Orwell : « Être journaliste, c’est imprimer ce que quelqu’un d’autre ne voudrait pas voir imprimé. Tout le reste n’est que relations publiques. »

C’est donc tout naturellement qu’elle a accepté de présider le Comité Orwell, un collectif de journalistes qui souhaite défendre la souveraineté populaire et les idées alternatives dans les médias. Antilibérale revendiquée, souverainiste assumée, républicaine et décroissante, cette agrégée de lettres modernes s’est longtemps spécialisée dans l’éducation, notamment chez “Marianne”, avant d’ouvrir ses horizons aux questions politiques et sociales. Également essayiste amoureuse de la langue française, elle a signé en octobre 2015 “Nous sommes la France”, un ouvrage pour faire le point sur cette France morcelée d’après les attentats de “Charlie Hebdo”.

Le Comptoir, qui se retrouve fréquemment dans les déclarations de la journaliste, avait toutefois très envie de débattre avec elle sur les quelques points de discorde pour tenter de distinguer, ensemble, les grands chantiers à venir de la République. La première partie de cet entretien se consacre aux questions de république, de souverainisme et de laïcité.

 

Le Comptoir : La première fois que j’ai prononcé votre nom, on m’a rétorqué que vous étiez une “réac de droite”. Vous préférez vous définir comme une “souverainiste girondine”, sans employer les termes de gauche et droite. Vous ne vous retrouvez pas dans ce clivage ?

 Non, absolument pas. Je dénie à certains le droit de juger qui est de gauche et qui est de droite, car c’est pour eux une façon de dire “dans le camp du bien” ou “dans le camp du mal”. Ils qualifient, contre leur gré, des gens comme n’étant pas de gauche, donc comme étant de droite, donc comme étant “méchants”. Ces gens ont réduit la gauche à sa définition la plus infime : un progressisme qui défend l’extension indéfinie des droits individuels. Ils ont oublié tout ce que la gauche incarne de luttes sociales, de méfiance vis-à-vis de l’accumulation de capital. Ils font des questions sociétales le seul critère, pour faire oublier qu’ils ont définitivement abandonné la problématique économique. Ils se sont ralliés au capitalisme et pas à n’importe lequel : au capitalisme financier tel qu’il existe aujourd’hui.

 

Pour eux, il faut donc continuer à faire croire qu’on est de gauche, en excluant les autres. C’est la définition par la négative. Si les autres sont réactionnaires, ils ne sont pas dans le camp du bien donc, nous, nous y sommes. Une fois qu’on a compris cela, définir la droite et la gauche d’aujourd’hui me semble très compliqué. Dans votre interview de Jean-Claude Michéa, la façon dont il explique que les défenseurs du mouvement ouvrier n’ont jamais exprimé le besoin de se définir comme étant “de gauche”, me semble fondamentale. Nous avons en effet vécu, au XXe siècle, une période où mouvement ouvrier et gauche libérale se sont associés contre la droite réactionnaire et contre le fascisme. Mais je pense, comme le dit Michéa, que ça n’a été qu’un “moment” dans l’Histoire et qu’aujourd’hui, un travail de redéfinition des clivages est nécessaire.

Vous étiez pourtant de gauche, avant…

 

 

À un moment de ma vie, j’ai pu me définir comme étant de gauche. C’était même naturel : j’ai été candidate chez Chevènement, j’ai bossé sept ans chez Marianne, j’étais considérée comme étant de gauche républicaine. Maintenant, je n’en éprouve plus le besoin mais j’interdis qu’on me force à être de droite. Quand je regarde les représentants de la droite, je ne me sens pas une seule seconde de droite. Idem à gauche, où je ne trouve pas ma place non plusJ’ai compris le problème le jour où un sympathique journaliste végétarien avec lequel j’ai travaillé m’a expliqué que Jean-Pierre Chevènement n’était pas de gauche, donc il était de droite. Là, on se dit qu’on a atteint un certain niveau d’absurdité. On parle tout de même de l’homme qui a fondé le Parti socialiste en 1971 au congrès d’Épinay à travers le Cérés, qui représente la frange la plus à gauche du PS, qui était encore marxiste ! Quand on entend que cet homme n’est pas de gauche, on se dit qu’il doit y avoir un énorme problème sur la définition du clivage gauche-droite !

De toute façon, on va sortir de ce clivage, on est dans une période de transition. Il suffit de voir Alain Juppé, qui pense qu’il faudrait couper les deux bouts de “l’omelette” (la gauche, à partir des frondeurs, et la droite et l’extrême droite, à partir de la frange encore gaulliste et souverainiste des Républicains ; ceux qui sont, donc, en dehors du « cercle de la raison« , selon la délicieuse expression d’Alain Minc) et faire travailler ensemble ceux qui se retrouvent au milieu de l’omelette, pour voir qu’on sort du clivage gauche-droite. À un moment donné, ils seront obligés de reconnaître que Macron, Valls et Juppé, pensent à peu près la même chose sur les problèmes essentiels, c’est-à-dire sur l’économie, la globalisation, le droit et la libéralisation des capitaux, le règne des multinationales...

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https://comptoir.org/2016/04/08/natacha-polony-la-droite-et-la-gauche-vont-finir-par-admettre-quils-sont-daccord-entre-eux-3/

 

Tag(s) : #Médias, #Politique française

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