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1/2 - Réseaux, influence, fortune... : comment Marc Ladreit de Lacharrière, l'homme révélé par l'affaire Fillon, a construit son empire ?

1/2 - Réseaux, influence, fortune... : comment Marc Ladreit de Lacharrière, l'homme révélé par l'affaire Fillon, a construit son empire ?

franceinfo

"Au début des années 1990, raconte Pascal Riché, il disait qu’il investissait dans des sociétés pas trop 'sexy' parce qu’ainsi les médias ne parlaient pas trop de lui." Pascal Riché a été l’un des premiers journalistes à s’intéresser de près aux activités de l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, l'un des noms révélés par "l'affaire Fillon".

Jusqu'ici, Marc Ladreit de Lacharrière était parvenu à rester dans l'ombre des médias mais avec l'affaire Fillon, il s'est retrouvé, à 76 ans et malgré lui, sous les projecteurs. Son chiffre d'affaires est de plus de 350 millions d'euros ; il est la 32e fortune française, selon le magazine Challenges ; il est présent au conseil d’administration dimportantes entreprises du capitalisme français, comme Renault ou L’Oréal ; son groupe Fimalac pèse plus de 2,5 milliards d'euros en bourse. 

Comment est-il devenu cet homme d'affaires fortuné et influent dans le monde culturel et politique ? Sa recette en dix points.

1Créer son réseau 

La carrière de Marc Ladreit de Lacharrière débute à l’École nationale d'administration (ENA) entre 1968 et 1970, au sein de la "promotion Robespierre". C’est là qu’il côtoie plusieurs personnages qui vont le suivre tout au long de sa carrière : des hommes politiques comme Philippe Séguin, des hommes d’affaires comme Louis Schweitzer, ex-PDG de Renault, des banquiers comme Philippe Lagayette de la banque Barclays ou encore Etienne Pfimlin, ancien président du Crédit Mutuel. Ces derniers sont tous les deux présents, aujourd’hui, au conseil d’administration de Fimalac.

Dès sa sortie de l’ENA, Marc Ladreit de Lacharrière démissionne de la fonction publique et s’oriente vers le privé. Avec son cousin, il rachète  les éditions Masson qu’il revend vingt ans plus tard. En 1973, il intègre la banque de Suez et l’Union des mines, rebaptisée la banque Indosuez. C’est là qu’il apprend vraiment le métier de financier. Il gravit tous les échelons de la banque sous la protection d’un "homme de l’ombre" du capitalisme français, Jack Francès"Jack Francès est un homme d’affaires, explique l’historien Hubert Bonin. Il a passé sa vie à reprendre des stocks d’argent dans des filiales pour les revendre en effectuant d’importantes plus-values financières. Il a été le 'grand maître d’école' de Marc Ladreit de Lacharrière. Il l’a formé aux métiers de la banque d’affaires." Marc Ladreit de Lacharrière ne reste pas très longtemps chez Indosuez. La banque n’a pas vraiment les moyens de le retenir.

"L’Oréal lui a fait une proposition d’embauche beaucoup plus importante en termes de rémunération, témoigne Monique Pelletier, l’ancienne ministre de Valéry Giscard d’Estaing dont le mari, Jean-Marc Pelletier, était le patron de Marc Ladreit de Lacharrière chez Indosuez. De l’ordre de deux fois plus. Mon mari lui a dit d’y aller parce qu’il ne pouvait pas le garder à ce prix."

Marc Ladreit de Lacharrière devient alors directeur financier chez L’Oréal. Il côtoie la famille Bettencourt, dont le mari, André, a été ministre sous Pompidou. C’est l’occasion pour lui d’élargir encore un peu plus son carnet d’adresses. "Chez Indosuez, Lacharrière a appris le réseautage, les contacts avec le monde bancaire et le patronat, estime l’historien Hubert Bonin. Chez L’Oréal, il passe aux dynasties de la grande bourgeoisie, les grandes familles, les clubs, les associations discrètes. Il acquiert un deuxième 'panier' de savoir-faire" Et il conclut : "Chez L’Oréal, Marc Ladreit de Lacharrière devient le maître de la négociation d’affaires."

2Faire des affaires... et décrocher le jackpot

Tout en travaillant chez L’Oréal, Marc Ladreit de Lacharrière fait également des affaires. C’est notamment le cas après l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981. "Il a su jouer sur l’ensemble des leviers, explique l’écrivain Jean Bothorel qui le connaît bien, les nationalisations, la dérégulation financière puis les privatisations. Il a réalisé des coups financiers considérables." Parmi ces "coups", on en citera un particulièrement spectaculaire : le rachat de la compagnie Victoire, une société d’assurance, propriété de la banque Indosuez. Jack Francès ne souhaite pas que Victoire soit nationalisée. Marc Ladreit de Lacharrière est sollicité. Il investit dans une cascade de holdings qui vont prendre le contrôle de Victoire et lui éviter, donc, la nationalisation.

Quelques années plus tard, en 1989, Marc Ladreit de Lacharrière décroche le jackpot. La Compagnie financière de Suez, a été privatisée. Elle lance une offre publique d'achat pour récupérer l’assureur Victoire. Cette OPA lui permet d’empocher une plus-value de 3 milliards de francs, soit 460 millions d’euros.

3Lancer son groupe

Avec cet argent amassé au fil des ans, Marc Ladreit de Lacharrière lance son propre groupe en 1991, Fimalac, juste après avoir quitté L’Oréal, sans doute déçu de ne pas devenir PDG du groupe à la place du Britannique Lindsay Owen-Jones.
À l’origine, Fimalac est un assemblage de sociétés dans des secteurs très différents : la chimie, l’industrie, l’immobilier, le traitement des métaux précieux ou même l’outillage. Mais des montages financiers permettent à Marc Ladreit de Lacharrière d’en tirer le meilleur prix lors de la revente de certaines de ces sociétés. 

"C’est un système de poupées russes, explique l’économiste Benoît Boussemart qui a épluché les comptes du groupe. La marque de fabrique de Marc Ladreit de Lacharrière c’est de faire des reventes avec bénéfices avec les sociétés dont il a pris le contrôle. C’est un financier de haut vol." Ainsi, la revente de l’institut de sondage Sofres lui rapporte une plus-value de 31 millions d’euros. Celle d'une société d’outillage, Facom, 81 millions d’euros.

4Optimiser sa fiscalité 

Marc Ladreit de Lacharrière maîtrise parfaitement les règles de l’optimisation fiscale. "Sa holding de tête,Fimalac Participations, se trouve au Luxembourg, indique le journaliste Nicolas Cori, qui a enquêté sur le sujet pour le site Les Jours (article abonnés). C’est ainsi beaucoup plus simple pour faire de l’optimisation fiscale, c’est-à-dire de l’évasion fiscale légale."

Lorsque le journaliste l'interroge à ce sujet, Marc Ladreit de Lacharrière lui répond d'abord "que tout le monde fait ainsi", raconte Nicolas Cori. Mais l'homme d'affaires lui explique ensuite "que c'est parce que son partenaire américain Hearst lui a demandé de faire des affaires au Luxembourg"

5Lancer une agence de notation

Marc Ladreit de Lacharrière a également bâti sa fortune grâce aux agences de notation financière. Après avoir racheté plusieurs agences de taille moyenne (IBCA, Duff & Phelps, Thomson BankWatch), l’homme d’affaires lance, en 1997, la troisième agence de notation mondiale : Fitch Ratings. Aujourd'hui, il ne contrôle plus que 20 % de Fitch, il a revendu le reste au groupe de médias américain Hearst. Mais il l’a fait en plusieurs fois, réalisant ainsi d’importants profits comme le constate l’économiste Benoît Boussemart : "Marc Ladreit de Lacharrière a réalisé 2, 3 milliards d’euros de plus-values sur ses différentes ventes de Fitch, assure-t-il. Dont 1,6 milliard d’euros en 2015. Par ailleurs, sa propre détention de capital est passée de 56% à près de 80%, du coup, la 'part du gâteau' qui lui revient est plus importante."

6Entretenir son réseau

Cet argent s’accompagne d’un autre capital : un capital relationnel. Marc Ladreit de Lacharrière est membre d’une liste impressionnante de clubs où se retrouve une certaine élite politique, économique et culturelle : le Siècle, le groupe de Bildeberg, le Polo de Bagatelle, le Maxim’s Business Club et le Jockey Club. Il est également membre de l’Association d’entraide de la noblesse française. "Faire partie de cette association, c’est le nec plus ultra, explique la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Ce sont exclusivement des nobles qui se cooptent avec l'objectif de s’entraider. Il s’agit d’une classe sociale qui est mobilisée pour la défense de ses intérêts. Cela passe par cette sociabilité mondaine."

Marc Ladreit de Lacharrière "soigne" également ses réseaux au sein du Parti socialiste. Il est proche de Laurent Fabius. Avec lui et d'autres, il rachète la maison de ventes aux enchères Piasa à l’homme d’affaires François Pinault en 2008. Il a également aidé la fondation Agir contre l’exclusion de Martine Aubry et s’est rapproché de François Hollande après son élection à l’Élysée grâce au directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, Jean-Michel Ribes.

Car Marc Ladreit de Lacharrière est aussi un mécène pour les jeunes les plus défavorisés, à travers sa fondation Culture et diversité, dirigée par sa fille Eléonore. Cette fondation soutient 15 000 jeunes dans 150 établissements d’éducation prioritaires en collaboration avec Jean-Michel Ribes. "Marc Ladreit de Lacharrière a souhaité que nous fassions des ateliers-théâtre dans des zones où les élèves sont en difficulté scolaire, confie le directeur du théâtre du Rond-Point. Le résultat est spectaculaire. À la fin de l’année, nous faisons une grande représentation au théâtre du Rond-Point avec tous les élèves. Marc suit tout ça de près. C’est un homme de terrain."

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Tag(s) : #Politique

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