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Dénationaliser l'école

le projet de Jean-Michel Blanquer

par Christine Tasin

 

Le nouveau ministre de l'Education nationale  a accordé cette interview à SOS Education en mars dernier… Ils ont eu le nez, à SOS Education, ou bien hasard de la sortie du livre de Blanquer, ou alors ils savaient des choses ?

Son titre ? Il faut avoir une vision systémique

La vision systémique… ça commence très fort. Le méta-langage, les élucubrations…

Je fus formateur à l’Education nationale, il y a une trentaine d’années, et j’eus droit, à ce titre, à quelques journées de formation à l’analyse systémique.

Définition de la chose par wikipedia : « L’analyse systémique est précisément l’analyse faite selon les principes de la systémique, un champ interdisciplinaire relatif à l’étude d’objets complexes réfractaires aux approches de compréhension classiques. »

Dois-je vous avouer que je n’ai jamais utilisé cette formation pour former les enseignants qui avaient besoin d’aide pour proposer des cours intéressants et efficaces ?

Le reste de l’interview est du même tabac que cette phrase choc choisie par la rédaction. Abscons. Effrayant.

Cette interview confirme ma première impression quand j’ai lu la présentation de Blanquer dans les medias et les extraits de ses écrits. C’est du Macron bis. De l’enfumage à coups de phrases incompréhensibles donnant l’impression que le gars a réfléchi.

Je sens que les Inspecteurs généraux qui voudront traduire sa pensée dans les programmes vont rigoler…

« L’éducation est la question politique par excellence, dans le sens où elle est la question cruciale d’une société et qu’elle concerne l’homme en tant qu’il est un « animal politique », comme le dit Aristote, donc comme un être qui interagit avec les autres, grandit grâce à cette interaction, cette transmission. J’entends ici une politique de temporalité profonde, de long terme : c’est là que surgit la contradiction avec la politique dans son sens courant. On peut noter, depuis l’après-guerre, une dérive de l’éducation due au fait qu’elle a été trop saisie par la temporalité politique, par les effets d’alternance et de stop-and-go»

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, disait Vaugelas. Vaugelas est mort et enterré, doublement, avec cette nomination.

Bref, un bonnet de nuit doublé d’un snob et d’un technocrate mondialiste. Exactement ce qu’il fallait à Macron.

J’ai réussi à comprendre en partie un passage fort intéressant pour le devenir de l’EN et des profs, qui n’ont pas fini de déprimer… Tant pis pour les patriotes, qui vont continuer à fuir l’EN, bien fait pour la gueule des soumis qui ont voté Macron.

I. L’essentiel, pour Blanquer, c’est l’évaluation…

Je peux vous assurer que l’on passe déjà plus de temps à construire des outils d’évaluation et à évaluer qu’à enseigner… Imaginez la suite avec Blanquer :

Finalement, nous sommes en train de dire que la question la plus essentielle est celle de la construction de protocoles d’évaluation de plus en plus performants, grâce aux apports que vous venez d’évoquer. Ce progrès dans les techniques d’évaluation permet de mettre en œuvre, au sein du système, un principe de subsidiarité, qui entraîne une responsabilisation vertueuse et, de fait, une déconcentration du système éducatif…

 

Tout à fait, l’évaluation est un des mots-clés, avec la confiance, la liberté et l’évolution du système grâce aux apports des sciences cognitives. L’évaluation ne doit pas déshumaniser le système, bien au contraire. Un des grands sujets de notre temps est : comment notre monde de plus en plus technologique peut-il être de plus en plus humain ? Et comment l’éducation peut-elle y contribuer ? Il ne s’agit pas d’inventer une nouvelle machinerie éducative, une nouvelle bureaucratie, mais au contraire de libérer les acteurs. Pour développer l’humain en l’homme et en l’enfant, il faut de la liberté et de la responsabilité. Il faut donc garantir l’autonomie des acteurs, qui sont à même de définir des solutions. Il faut ensuite les évaluer, de façon à ce qu’il y ait de la confiance a priori et du contrôle a posteriori, plutôt que l’inverse.

II. La conséquence de l’évaluation à tout crin, c’est l’autonomie des acteurs, traduisez des établissements.

Nous y voici.

Une éducation nationale ? Fini.

Un programme national ? Fini.

La règle, dorénavant, va être le système privé appliqué au système public. Autonomie des établissements qui pourront faire ce qu’ils voudront, recruter qui ils voudront pour faire ce qu’ils voudront, en suivant ou pas les programmes officiels, de moins en moins avec le temps…

Et l’on sent que dans les Territoires perdus de la République les établissements vont être complètement autonomes, très vite. Et donc soumis aux pressions et associations locales. Je ne vous fais pas de dessin.

« Il faut simplement une méthodologie de la réforme : il faut d’abord considérer qu’on ne peut pas tout faire, tout de suite et partout. Plusieurs paradoxes sont à prendre en compte : tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut que ça change et tout le monde est conscient que toute réforme, même minime, peut épuiser le système tant ce dernier est à bout. En outre, la réforme semble possible mais aujourd’hui, beaucoup ne souhaitent pas être concernés par elle. La solution passe d’abord par une bonne mesure de l’état des mentalités sur la question. Je pense qu’un certain nombre d’acteurs, qui étaient auparavant peu enclins à la réforme, peuvent aujourd’hui en devenir les porteurs, tant ils voient qu’on est arrivé au bout du système. Pour commencer en douceur, il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser.

Si on prend l’exemple de l’établissement autonome, on n’est pas obligé de le faire tout de suite à 100 %. Même en le voulant, de toutes façons, on n’y arriverait pas. Il faut commencer sur une petite base de 5 à 10 % d’établissements volontaires, montrer que c’est un jeu gagnant pour tout le monde, y compris pour les professeurs qui pourront choisir leur lieu de mutation. Par ailleurs, il faut aussi faire saisir qu’il y a des effets de système et que si un élément administratif est modifié, des éléments pédagogiques le seront aussi : si le recrutement des professeurs est modifié, leur formation le sera également, ainsi que le contenu des programmes. Tout se tient : il faut avoir une vision systémique, qui ne soit pas pyramidale et qui fasse confiance aux acteurs.

 

Cette confiance dans les acteurs pourrait-elle aller jusqu’à la remise en cause du périmètre institutionnel du système, dans le sens de ce qui a été fait en Angleterre, jusqu’à l’émergence d’une offre scolaire autonome, sur le modèle des écoles à charte, qui viendraient répondre à des besoins scolaires locaux, identifiés ?

Cette formule en est une parmi d’autres. Le statut associatif permet déjà, en France, de faire beaucoup de choses. On pourrait accompagner des initiatives dans le futur, dès lors qu’elles sont clairement dans le cadre des objectifs de service public. Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage des acteurs. On pourrait avoir des circonscriptions scolaires rendant solidaires les établissements entre eux – c’est mon idée de réseaux d’établissements, qui n’auraient pas forcément le même statut et qui pourraient se compléter.

 

La déconstruction avait commencé, puisque l’on ne parlait plus de Clovis et de Charles Martel, que Molière était réduit à des extraits de farces proposées en 5ème et que se multipliaient la littérature de jeunesse parlant de l’esclavage, du racisme, du vivre ensemble…

Les profs et les élèves sont prêts à accueillir les réformes de Blanquer, bien préparées par Belkacem. Il ne manquait plus que cette dernière réforme pour que disparaisse l’Education nationale, remplacée par l’animation à l’anglo-saxonne, histoire de faire irrémédiablement disparaître ce qui nous reste d’élites.

Parents, cherchez, de plus en plus, comment éviter l’école publique… Essayez le privé, l’école à la maison…

Et c’est un professeur qui fut maladivement attaché à l’école républicaine, à l’école publique, à l’ascenseur républicain qui vous le dit.

Christine Tasin

Tag(s) : #Education nationale

Choisi par Macron, Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre, veut dénationaliser l'école

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/ 2017/05/a-l-education-nationale-blanquer-va-achever-le-sale-boulot-de-belkacem.html

 

Tag(s) : #Education nationale

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