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Résultat de recherche d'images pour "Guadeloupe Travailleurs de la banane Images"800 ouvriers travaillent dans les plantations de bananes guadeloupéennes.

Les ouvriers de la banane

en grève en Guadeloupe

 

Les ouvriers de la banane en Guadeloupe sont en grève générale depuis le 18 mai. Ils demandent la négociation d’une convention collective, afin d’encadrer et améliorer leurs conditions de travail.

« Le corps de chaque ouvrier de ce secteur est marqué par son travail », ont avancé les syndicalistes de la CGTG (CGT Guadeloupe) lors d’une conférence de presse lundi 1 juin. Les employeurs « refusent toute négociation et n’appliquent pas les décisions de justice »« nous faisons un métier à risque et très important pour l’économie de la Guadeloupe. Nous voulons que ce métier soit revalorisé. Les travailleurs de la banane sont traités comme des esclaves, mais ils vont se libérer eux-mêmes », ont déclaré les syndicalistes, qui ont aussi dénoncé le silence des politiques nationaux, en pleine campagne législative, sur leur mouvement.

Ils souhaitent élargir la grève à la Martinique et envisagent de bloquer les départs de bananes vers la métropole. Reporterre vous avait déjà relaté les débats sur la banane des Antilles, qui lors du salon de l’agriculture avait mené une campagne de dénigrement de la banane bio d’importation, la banane française étant présentée comme socialement et écologiquement plus responsable

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Guadeloupe.

La bataille des forçats de la banane

À Bois-Debout, dix jours de grève ont permis aux ouvriers d'obtenir leur dû. Leur exemple s'est étendu à une douzaine de plantations Depuis le 18 mai, ils sont 200 à avoir cessé le travail pour obtenir une convention collective et en finir avec des conditions d'emploi proches de l'esclavage.

Plus de 200 ouvriers agricoles travaillant dans une douzaine de plantations de bananes, situées autour de la commune de Capesterre-Belle-Eau, sont en grève depuis le 18 mai. Soutenus par la CGTG (Confédération générale du travail de Guadeloupe), ils se sont organisés en comité de grève. Face à eux un patronat de choc ! Reçus le 22 mai par les responsables de la région, les grévistes avaient demandé leur intervention. Sans effet pour l'instant. « Aucune négociation ne s'est ouverte, confirme Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG, mais on a l'habitude ! Les grèves sont toujours dures dans les plantations. » Le 19 mai, un planteur à sinistre réputation, Tino Dambas ­ « un patron noir qui sert de marionnette aux gros békés », dénoncent les ouvriers ­ a tenté de foncer avec un tracteur sur les grévistes qui s'étaient réunis à un rond-point. Une certaine conception de ce qu'on appelle le « dialogue social » !

La direction condamnée

Les revendications des grévistes n'ont pourtant rien d'extraordinaire. Ils veulent la mensualisation des salaires ­ une obligation depuis 1989 ­, un treizième mois, et en finir avec des conditions de travail proches de l'esclavage que la rareté des contrôles et l'emploi d'une main-d'oeuvre très précaire venue d'Haïti ou de Saint-Domingue contribuent à entretenir. Chaque jour, un ouvrier porte 7 tonnes de bananes sur son dos en pleine chaleur ­ à 60 ans, certains y sont encore contraints. D'autres effectuent des tâches en hauteur sur des échelles ou plateformes, sans réelle protection. Le tout avec des horaires à rallonge, sans paiement d'heures supplémentaires.

C'est la victoire des ouvriers de Bois-Debout, la plus grosse plantation de l'archipel, après une longue bataille juridique et plusieurs grèves, qui a ouvert la brèche. L'enjeu est désormais d'obtenir que ce qu'ils ont gagné soit étendu à tous. En juin 2015, 63 ouvriers de BoisDebout avaient porté plainte aux prud'hommes, dénonçant de nombreuses irrégularités sur le calcul et le paiement de leurs salaires. Le jugement, rendu le 31 mars 2017, leur a donné raison sur toute la ligne, condamnant la direction de l'entreprise à payer 10 000 à 20 000 euros de rappels de salaires à chacun des plaignants (heures sup non payées, retraits abusifs sur les salaires soi-disant pour des tâches non réalisées, treizième mois ­ qui existait pour les cadres ­, 100 euros mensuels d'augmentation prévus dans l'accord Bino conclu après la grande grève de 2009...). La direction est aussi sommée d'organiser des négociations annuelles sur les salaires et à verser 5 000 euros de dommages et intérêts à la CGTG, ainsi que 100 euros par salarié au titre des frais de justice.

Soutien de la population

Mais pour que la direction de BoisDebout daigne appliquer cette décision de justice, encore a-t-il fallu plus de dix jours de grève, début avril. Payer leur dû aux ouvriers allait couler l'entreprise, prétendait celle-ci ! Car les grévistes exigeaient justice non pas seulement pour ceux quiavaient saisi les prud'hommes, mais pour l'ensemble des 152 ouvriers de la plantation. La direction de Bois-Debout a pu bien sûr compter sur l'appui sans faille du Groupement des planteurs de la Guadeloupe et de la Martinique, dominé par les riches familles békés de la Martinique dont les lobbies ont toujours eu l'oreille des gouvernants. Tout ce beau monde craignant que la révolte des « gueux » ne gagne l'ensemble des exploitations. Mais, soutenus par l'ensemble de la population, les grévistes de Bois-Debout ne s'en sont pas laissé conter. Et leur patron a dû finir par céder, sous la pression du préfet qui a paraphé l'accord tripartite de fin de grève. Aujourd'hui, ce que redoutaient tant les planteurs serait-il en train de se réaliser ? Pour la CGTG, l'objectif est bien d'obtenir une convention collective pour toutes les plantations des Antilles.

Rédactrice en chef adjointe de l'Humanité dimanche
Tag(s) : #Lutte de Classe, #Colonialisme

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