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Selon l'OFCE, Macron, au service des riches,  va aggraver les inégalités au détriment des pauvres

Au moins six oreilles (trois paires) ont dû siffler ce mercredi 12 juillet, celles d'Emmanuel Macron, d'Edouard Philippe et de Bruno Le Maire, lorsque les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont présenté leur évaluation du programme présidentiel pour le quinquennat 2017-2022 [PDF]. Selon eux, ce programme aura en effet pour conséquence d'aggraver les inégalités de pouvoir d'achat et de retarder la décrue du chômage. 

Un chiffre choc ressort des évaluations de l'OFCE : 46% des gains liés aux baisses d'impôts engagées par Emmanuel Macron et son équipe iront vers les 10% les plus riches. Ces derniers vont en effet bénéficier de la sortie des actions de l'assiette de l'ISF (qui devient un IFI, impôt sur la fortune immobilière) et de la simplification de la fiscalité de l'épargne, dont le maquis sera remplacé par une "flat tax", un prélèvement forfaitaire unique (PFU) d'environ 30%.

L'équipe de campagne de Macron avait assuré que cette "flat tax" serait fiscalement neutre, qu'il ne s'agissait que d'un réaménagement de la fiscalité des revenus du capital. En réalité, selon l'OFCE, pour que cette taxe soit neutre (c'est-à-dire qu'elle ne fasse pas gagner d'argent aux épargnants), il faudrait porter le taux à 41,5%... Alors que le gouvernement annonce que le coût du passage au PFU sera pour l'Etat de 1,5 millard d'euros, l'OFCE l'évalue à beaucoup plus : 4 milliards.

Grandes perdantes : les classes moyennes aisées

Prenez le temps d'analyser le tableau récapitulatif des effets des mesures Macron sur les ménages pauvres (barres de gauche), les classes moyennes (au centre) et les riches (à droite). Au total, ces mesures représentent  selon l'OFCE un coût pour l'Etat de 9,1 milliards d'euros, ce qui signifie qu'il y aura globalement plus de gagnants que de perdants. 

On le voit, les mesures défavorables (taxe sur le tabac, le diesel...) varient grosso modo, selon les déciles, entre 450 et 700 euros par ménage et par an. Les mesures favorables, que ce soient les allègements d'impôts (taxe d'habitation en orange, ISF en rouge foncé, revenus de l'épargne en rose) ou les augmentations d'allocation, apportent des gains variant selon les déciles entre 550 et 2.200 euros par ménage.

La dernière barre de droite, qui représente les 10%, est la mieux lotie : elle concentre la plupart des gains tirés des réformes de l'ISF et de la "flat tax" sur les revenus de l'épargne. Au total, ils devraient empocher une petite moitié (46% exactement) des 9,1 milliards d'euros distribués à l'ensemble des ménages français. En réalité, précisent les experts de l'OFCE, c'est essentiellement les 1% les plus riches, soit 280.000 ménages, qui en profiteront. 

Les Français qui gagneront le moins au change (quasiment rien, en fait) sont ceux du neuvième décile : les classes moyennes aisées, celles qui ont beaucoup voté Macron. Elles bénéficieront très peu des différentes réductions d'impôts : taxe d'habitation (qui ne sera réduite que pour les 80% les moins riches), exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, ISF... 

Il faut certes prendre ces calculs avec prudence, prévient l'OFCE. Ils sont réalisés ex ante, c'est-à-dire qu'ils ne prennent pas en compte les dynamiques et les changements de comportement que peuvent induire les réformes. Exemple concret : si l'augmentation de la taxe sur le tabac (couleur de poumon encrassé, sur le tableau) rapportera théoriquement cinq milliards d'euros, elle induira sans doute aussi une baisse de la consommation de tabac... Et donc des taxes sur ce dernier, ce qui n'est pas intégré dans les calculs. Par ailleurs, l'OFCE n'a pas non plus tenu compte des suppressions promises de "niches fiscales" (abattements, déductions...) faute de savoir quelles sont celles qui seront décidées.

 

Tag(s) : #Economie