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"Total" dans le champ de mines de la politique iranienne
"Total" dans le champ de mines de la politique iranienne
"Total" dans le champ de mines de la politique iranienne

Olivier Demeulenaere

Regards sur l'économie

Le contrat signé par Total est un pari assez risqué compte tenu des nouvelles sanctions qui pourraient être adoptées par l’administration américaine. Mais le fait que les Chinois fassent partie du consortium est un élément important, car comme le note le Financial Times : « Si les sanctions se durcissent et si les banques internationales refusent de financer les projets liés à l’Iran, Total pourra poursuivre ses activités en Iran via des institutions financières chinoises ». OD

 

par Marc Martinez

 

« Que signifie le contrat signé par la compagnie française ?

La « supermajor » pétrolière française Total vient de signer avec le gouvernement iranien un contrat de 4,8 milliards de dollars, le premier de ce type conclu par une entreprise occidentale depuis la levée (partielle) des sanctions internationales en janvier 2016. La stratégie économique de Téhéran qui consiste à encourager les investissements étrangers dans le secteur pétrolier et gazier mécontente les partisans d’une « économie de résistance », qui prônent la méfiance envers les compagnies étrangères et voient d’un mauvais œil l’influence grandissante du président Hassan Rohani.

Une hirondelle — aussi grosse soit-elle — ne fait pas le printemps. Il en est aussi ainsi du gigantesque contrat récemment signé par Total et au terme duquel la compagnie française développera la phase 11 du champ gazier Pars-Sud. Ce contrat de 4,8 milliards de dollars met Total à la tête d’un consortium international incluant le chinois China National Petroleum Corporation International (CNPCI) et la société iranienne Petropars et lui permet de devenir la première compagnie pétrolière occidentale à revenir en Iran.

Les gains potentiels sont colossaux, mais l’aventure pourrait s’avérer risquée pour Total. L’entreprise qui emploie actuellement 6 000 personnes aux États-Unis a annoncé en mars dernier 1,7 milliard de dollars d’investissements supplémentaires pour étendre ses activités dans le secteur pétrochimique local. La décision d’investir en Iran place donc Total sous la menace de nouvelles sanctions que l’administration Trump souhaite imposer à l’Iran et qui sont actuellement examinées par la Chambre des représentants. C’est peut-être ce risque qui donne à ce contrat toute sa portée, car malgré « l’incertitude Trump », Total a considéré qu’il lui était impossible de rester en dehors du marché iranien, recevant ainsi la reconnaissance du gouvernement iranien dont le ministre du pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, a annoncé : « Nous n’oublierons jamais que Total a été le précurseur ».

Tensions entre gouvernement et opposition

La signature de ce contrat est importante à plus d’un titre pour les modérés iraniens menés par le président Hassan Rohani. Il est, en effet, le premier accord à suivre les modalités établies par le nouveau contrat pétrolier iranien, un contrat-cadre que le gouvernement a fermement défendu contre l’opposition conservatrice. Cette dernière critiquait certaines mesures limitant la souveraineté iranienne sur l’extraction de ressources énergétiques — sujet délicat en Iran où le rôle de certaines compagnies étrangères a été historiquement vécu comme une humiliation — telle que la possible renégociation du prix en cas d’importantes fluctuations et le contrôle majoritaire des sociétés étrangères sur les joint-ventures.

La question est tellement sensible qu’elle a poussé quelques parlementaires à demander la révision d’un contrat qui, selon eux « pourrait mettre en question, voire en danger » les intérêts nationaux iraniens. Bien que leurs protestations soient purement symboliques compte tenu des pouvoirs limités du Parlement, elles traduisent la réalité de tensions croissantes entre le président Rohani et l’opposition conservatrice. Celles-ci avaient été mises en sourdine suite au double attentat commis le 7 juin dernier par l’organisation de l’État islamique (OEI) à Téhéran contre le mausolée de l’ayatollah Khomeiny et le siège du Parlement, deux des puissants symboles du pouvoir politique. Elles sont réapparues avec force lorsque Rohani a critiqué le rôle des Gardiens de la révolution islamique dans l’économie, allant même jusqu’à les accuser de constituer un « gouvernement armé » et de nuire au retour des investisseurs étrangers.

C’est la récente annonce de la signature de ce gigantesque contrat qui a ravivé les tensions. D’un côté les partisans d’une « économie de résistance » chère au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui prônent la méfiance envers les compagnies étrangères et le développement d’une demande interne appuyée sur des entreprises publiques ou parapubliques proches du pouvoir ; de l’autre, les forces modérées et réformistes pour lesquelles le redémarrage de l’économie ne pourra se faire sans l’afflux massif de capitaux étrangers. Toutefois, cette ligne de fracture transcende la division classique entre modérés et conservateurs. Une partie des Gardiens de la révolution islamique et une partie du clergé soutiennent, en effet, la politique d’ouverture gouvernementale dans la mesure où elle leur a permis d’augmenter revenus et influence.

Seule la multiplication des contrats pétroliers et gaziers pourrait réduire le nombre et la violence des critiques contre Rohani. Or, le marché de l’énergie (notamment celui du pétrole) est saturé ; la révolution du fracking — technique qui permet d’extraire plus efficacement le pétrole des roches de schiste — a détourné les investisseurs du Proche-Orient et de sa relative instabilité et relancé l’industrie de l’extraction nord-américaine.

Quelles retombées pour la population ?

Ce contrat est donc, à bien des égards, unique et la probabilité de voir la signature d’un autre contrat de cette importance dans de brefs délais est très faible. Total a pu conclure cet accord aussi rapidement après la fin des sanctions internationales contre le programme nucléaire iranien parce que la compagnie française avait une relation historique avec Téhéran.

Déjà en 2004 (1),

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Tag(s) : #Economie, #international