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Union Européenne : comment “le système” impose la “vérité”

Les Crises - Des images pour comprendre

L’année dernière, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan était en haut de la liste de Bruxelles pour ce type d’infraction, spécialement après la répression qui a suivi la tentative de coup d’État l’été dernier. Les supposés gardiens européens d’une presse libre ont également placé la Russie de Vladimir Poutine sur la liste des pays où le journalisme est réputé être sévèrement contrôlé.

Cependant, contrastant avec la posture moraliste de l’Europe, on trouve des exemples troublants de la manière dont l’Union Européenne elle-même traite les journalistes qui remettent en cause la pensée majoritaire. L’Union Européenne trouve ses propres excuses pour étouffer la dissidence au travers de manœuvres bureaucratiques sans avoir à faire couler la moindre goutte de sang.

Par exemple, en avril 2016, j’ai décrit comment la diffusion d’un documentaire remettant en cause le récit officiel des circonstances de la mort du critique du Kremlin Sergei Magnitsky en 2009 avait été bloquée au parlement Européen à Bruxelles, en Belgique.

Le blocage de dernière minute du documentaire, « Les dessous de l’affaire Magnitsky », a été conçu par des avocats pour William Browder, l’influent président du fond d’investissement Hermitage Capital, et associé de Magnitsky.

Basé à Londres, Browder a mené une incessante croisade pour imposer des sanctions aux officiels russes supposés être impliqués dans la mort de Magnitsky en prison. Browder est parvenu à pousser le congrès à approuver le « Magnitsky act » en 2012, et a également fait du lobbying auprès du parlement de l’Union Européenne afin de faire voter une mesure punitive similaire.

Le financier William Browder (à droite), la veuve de Magnitsky et son fils, aux côtés d’autres parlementaires européens.

Puis, en avril 2016, Browder a accompli une démonstration de force en organisant l’annulation du documentaire sur « l’affaire Magnitsky » quelques minutes seulement avant que les invités n’entrent dans l’auditorium du Parlement européen pour la projection.

Browder a bloqué le documentaire, dirigé par Andrei Nekrasov, parce qu’il analysait en détail les éléments factuels de cette affaire, et soulevait des doutes quant à l’histoire narrée par Browder selon laquelle Magnitsky était une victime innocente de la répression russe. Les responsables au sein de l’Union Européenne, qui avaient totalement gobé l’histoire de Browder au sujet de Magnitsky, n’ont rien fait pour empêcher Browder d’étouffer toute voix dissidente.

Parmi les éléments de la nouvelle approche occidentale envers l’information, il apparaît que seuls les récits approuvés par l’establishment peuvent être présentés au public ; et les analyses contradictoires qui tentent de raconter l’autre facette d’une histoire sont écartées en tant que « fausses nouvelles ». (Lorsque le documentaire sur Magnitsky a été projeté une unique fois au Newseum de Washington, un éditorial du Washington Post a mal décrit son contenu et l’a écarté au motif qu’il s’agissait de « Russian agitprop », de la propagande russe agitatrice, ce qui était assez facile à faire car pratiquement personne n’a pu visionner son contenu.)

Renvoyé de bureau en bureau

J’ai moi-même goûté à la résistance bureaucratique de l’Union Européenne à la dissidence, lorsque j’ai soumis une demande d’accréditation aux médias de la commission Européenne le 2 mars, désireux d’obtenir un badge presse pour agir en tant que reporter pour Consortiumnews.com à Bruxelles.

Ce comité émet les accréditations pour toutes les institutions européennes, y compris la seule ayant un intérêt à mes yeux, le Parlement européen. Le comité est au-dessus des lois, c’est une entité bureaucratique sans visage qui traite uniquement les demandes faites en ligne, et vous renvoie des e-mails anonymes. Le processus de demande comprend plusieurs étapes, déjà marquées de points rouges sur ce que veut dire, au XXIe siècle, faire partie de la « presse » ou être un « journaliste » méritant une accréditation.

Premièrement, selon les règles de la commission, un journaliste doit être salarié d’un des médias acceptés. Cette condition ne peut généralement pas être satisfaite par les « pigistes » ou les « freelancers », qui sont payés à la mission ou à l’histoire, un accord de paiement qui a existé tout au long de l’histoire du journalisme mais qui est devenu commun aujourd’hui, utilisé par les médias mainstream comme par les médias alternatifs, qui payent généralement peu ou rien. J’ai satisfait ce critère avec un relevé de virement bancaire Paypal de Consortiumnews.

La Commission doit aussi trouver le média sur sa liste approuvée. Concernant Consortiumnews, un magasine d’investigation sur internet fondé en 1995 et opérant dans la zone de Washington, la commission n’était pas sûre de ce qu’elle devait faire.

Donc, comme toute institution bureaucratique, la commission jouait avec le temps. C’est seulement le 6 juin que j’ai reçu le retour de ma demande. Le constat était que 1) je devais présenter davantage de preuves que mon employeur me payait régulièrement, pas juste une fois, et 2) je devais fournir davantage d’articles afin de montrer que je n’étais pas juste publié régulièrement, comme il ressortait des articles envoyés dans la demande initiale, mais que j’étais publié précisément sur le sujet des activités des institutions européennes.

J’étais confiant qu’après la livraison de ces preuves et la réalisation de ma requête, je pourrais demander une accréditation ad hoc « aux institutions concernées pour des événements de presse spécifiques que vous souhaitez couvrir ».

En fait, j’avais omis dans ma demande, mon éditorial le plus récemment publié sur une table ronde du Parlement européen, consacrée à la censure des prétendues « fake news » répandues par la Russie. Ce débat était conduit par un député européen polonais, ancien ministre des Affaires étrangères du parti résolument anti-russe des Kaczynskis. Le titre de mon éditorial était « L’Europe est en état de mort cérébrale et sous perfusion ». J’avais la sensation que cet article ne soutiendrait pas vraiment la cause de ma carte de presse.

Cependant, l’insincérité de la réponse du comité d’accréditation de la presse de l’U.E. à ma demande était évidente. Un journaliste peut écrire sur les institutions européennes quand il ou elle a l’accès libre au parlement via une carte de presse et peut évaluer ce qui est digne d’intérêt. Sans carte de presse, vous ne savez pas qui ou quoi vaut la peine d’être couvert.

Dans ce contexte, « les événements de presse spécifiques » sont, parmi les choses se déroulant dans l’U.E., les moins désirables pour les desseins d’un journaliste authentique. Ils sont utiles seulement aux journalistes paresseux qui envoient à leurs rédactions le communiqué de presse et quelques citations en boîte obtenues en se montrant à une conférence de presse au moment des cafés et des sandwichs.

En bref, je ne recevrai pas d’accréditation et le Comité ne se dérangera pas pour répondre à la véritable raison de son refus : Consortiumnews ne figure pas sur la liste des médias acceptables par le Comité. N’ayons pas peur des mots, c’est ainsi que la bureaucratie de l’U.E. gère les médias sceptiques et étouffe les voix dissidentes.

La nouvelle star de NBC, Vladimir Poutine

Pendant ce temps, les médias occidentaux mainstream continuent de marteler à domicile leurs récits de propagande, notamment concernant la Russie. Une autre étude de cas s’est déroulée la semaine dernière avec la nouvelle journaliste vedette de NBC, Megyn Kelly, qui a interviewé le président russe Vladimir Poutine le 2 juin en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

Megyn Kelly, de NBC, s’entretient avec le président russe Vladimir Poutine le 2 juin 2017. (Photo NBC )

Ce dernier crime de NBC contre le journalisme professionnel devient évident lorsqu’on compare la version complète de l’interview telle qu’elle a été diffusée sur le réseau RT en Russie et la version éditée que NBC a diffusée pour son public américain. L’écart le plus choquant se trouve dans une séquence où Kelly interrogeait agressivement Poutine sur ce qui, selon elle, était la compréhension par les Américains de son gouvernement, à savoir tuer des journalistes, supprimer l’opposition politique, être rongé par la corruption, etc.

Dans la version de NBC, la réponse de Poutine a été réduite à une déclaration liminaire creuse selon laquelle « la Russie est sur le point de devenir une démocratie », flanquée d’une phrase de clôture également creuse. Dans la version complète et non coupée, Poutine répond aux allégations de Kelly point par point, puis retourne la question en demandant de quel droit les États-Unis et l’Occident mettent en cause le bilan de la Russie, alors qu’ils ont activement fait bien pire que ce que Kelly reproche. Il a demandé où est Occupy Wall Street aujourd’hui, pourquoi les États-Unis et la police européenne utilisent des matraques et des gaz lacrymogènes pour briser les manifestations, alors que la police russe ne fait rien de tel, et ainsi de suite.

Autrement dit, NBC a intentionnellement fait en sorte que Poutine ressemble à un despote creux, alors qu’il est en fait un débatteur très sophistiqué ; il l’avait démontré plus tôt dans la journée lors d’une table ronde ouverte avec Kelly, où elle était devenue la risée de tous. En ce qui concerne l’interview caviardée, le management de NBC porte la première responsabilité pour avoir déformé le document et trompé ses téléspectateurs.

Les entretiens par des organes d’information sérieux peuvent être des « discussions difficiles », comme dans le programme hebdomadaire de la BBC du même nom [hard talk]. Le journaliste en charge peut contester directement et gravement un leader politique ou autre personnalité publique et insister sur un point litigieux jusqu’à obtenir une réponse exhaustive, permettant aux téléspectateurs de tirer leurs propres conclusions.

Cependant, dans l’entretien qui nous occupe et lors de la table ronde qui l’avait précédé, Kelly a répété la même question sur l’ingérence présumée de la Russie lors des élections américaines, même après avoir reçu une réponse exhaustive de Poutine à plusieurs reprises. De toute évidence, elle lisait un script qui lui avait été donné par la direction et n’était pas autorisée à réagir à ce qui se produisait lors de l’échange.

Étant donné que les réponses de Poutine ont ensuite été mises en pièces dans la salle de montage de NBC, nous pouvons expliquer les objectifs des cadres de NBC comme suit : se présenter au public américain, ainsi que le journaliste en vedette, comme étant respectés par le Kremlin au point que le président russe leur accorde un entretien exclusif ; deuxièmement, montrer au public américain qu’ils ont profité de cette opportunité non pour permettre au président russe de donner son avis au public américain, mais au contraire pour lui lancer toutes les accusations d’actes répréhensibles qui se sont accumulées dans l’arène politique américaine.

En d’autres termes, NBC devait exhiber la soi-disant hardiesse de Kelly et le faux patriotisme de la chaîne tout en évitant au peuple américain d’entendre les réponses complètes de Poutine.

Une dissidente à Harvard

Bien que le paradigme émergent consistant à supprimer immédiatement tout ce qui défie les récits mainstream semble être la tendance de l’avenir – avec des algorithmes Internet renforçant éventuellement la censure moderne – certaines voix protestent contre cet attentat à la confiance des Lumières en la raison humaine pour trier les fausses affirmations et avancer vers la vérité des faits.

La présidente de Harvard, Drew Faust.

A la cérémonie de remise des diplômes du 25 mai à l’Université de Harvard à Cambridge, au Massachusetts, la présidente de Harvard, Drew Faust, a prononcé une défense passionnée de la liberté d’expression. Elle a parlé de l’institution et de ses obligations en tant que créatrice et protectrice de la « vérité » et de l’accès à la connaissance par le libre débat et le défi des idées.

Cela ne veut pas dire que son message...

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Tag(s) : #Europe, #Libertés

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