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Comme quoi, il n’y a pas que chez nous…

Comme quoi, il n’y a pas que chez nous…

Les Crises - Des images pour comprendre

Les élites au pouvoir, qui comprennent que l’idéologie des régnants du monde des affaires du capitalisme mondial et de l’expansion impérialiste n’a plus de crédibilité morale ni intellectuelle, ont organisé une campagne pour supprimer les plateformes dédiées à leurs opposants. Les attaques de cette campagne comprennent la liste noire, la censure, la calomnie des dissidents les accusant d’être des agents russes et des fournisseurs de « fausses nouvelles ».

Aucune classe dominante ne peut tenir le contrôle longtemps quand la crédibilité des idées qui justifient son existence s’est évaporée. A ce stade, elle est forcée d’avoir recours à la coercition, l’intimidation et la censure. Cet effondrement idéologique aux États-Unis a transformé ceux d’entre nous qui attaquent l’entreprise étatique en une menace potentielle, non pas parce que nous devenons très nombreux, et certainement pas parce que nous répandons une propagande russe, mais parce que les élites n’ont plus d’arguments plausibles.

Les élites font face à un choix désagréable. Ils peuvent imposer des contrôles sévères pour protéger le statu quo ou virer à gauche vers le socialisme pour améliorer les injustices économiques et politiques montantes qu’endure la majeure partie de la population. Mais un mouvement à gauche, essentiellement en réinstallant et généralisant les programmes New Deal qu’ils ont détruits, serait un obstacle au pouvoir et aux profits des entreprises. Donc au lieu de cela, les élites, y compris les leaders du Parti démocrate, ont décidé d’étouffer le débat public. La tactique qu’ils utilisent est aussi vieille que l’état-nation – accusant les critiques de traîtrise au service d’une puissance étrangère. Des dizaines de milliers de gens conscients ont été mis sur liste noire de cette façon durant la Peur rouge entre les années 20 et 50. L’attention démesurée sur la Russie, adopté avec empressement par les médias « libéraux » comme le New York Times et la chaîne d’information en continu MSBNC a libéré ce que certains ont appelé un nouveau McCarthisme.

Les élites corporatives n’ont pas peur de la Russie. Il n’y a pas de preuves révélées publiquement de l’implication de la Russie dans l’élection de Donald Trump. De même, la Russie n’a pas d’intentions de se confronter militairement aux États-unis. Je suis sûr que la Russie essaye de s’intégrer dans les affaires américaines pour son propre bénéfice, comme nous le faisons et comme nous l’avons fait en Russie – y compris notre soutien bancaire à Boris Eltsine, dont la campagne victorieuse pour sa réélection en 1996 a coûté environ 205 milliards de dollars, l’essentiel de cette somme provenant indirectement du gouvernement américain. Dans le paysage médiatique d’aujourd’hui, la Russie est partout. L’état corporatif s’agace des médias qui donne la parole aux critiques du capitalisme d’affaire, de l’état sécuritaire, de la surveillance et de l’impérialisme, y compris le réseau RT America.

Mon programme sur RT America, « On Contact », comme ma chronique sur Truthdig, amplifie les voix de ces dissidents – Tarik Ali, Kshama Sawant, Mumia Abu-Jamal, Medea Benjamin, Ajamu Baraka, Noam Chomsky, Dr. Margaret Flowers, Rania Khalek, Amira Hass, Miko Peled, Abby Martin, Glen Ford, Max Blumenthal, Pam Africa, Linh Dinh, Ben Norton, Eugene Puryear, Allan Nairn, Jill Stein, Kevin Zeese et d’autres. Ces dissidents seraient partie prenante du discours mainstream, si nous avions un système de radiodiffusion public qui fonctionne, ou une presse commerciale libérée du contrôle des entreprises. Ils ne sont pas achetés, ni payés pour parler. Ils sont intègres, courageux et souvent brillants. Ils sont honnêtes. Pour ces raisons, aux yeux de l’état corporatif, ils sont très dangereux.

La première salve mortelle dans la guerre contre les dissidents est arrivée en 1971 quand Lewis Powell, un avocat d’affaires et plus tard juge à la Cour Suprême, écrivit et fit circuler un mémo parmi les dirigeants des grandes entreprises appelé « Attaque sur le système de libre entreprise américain ». C’est devenu le plan pour le coup d’état des entreprises, comme Powell le recommandait dans ce document, verser des centaines de millions de dollars dans l’assaut, financer les candidats politiques pro-business, monter des campagnes contre l’aile libérale du Parti Démocrate et la presse, et créer des institutions comme la « Business Roundtable Foundation », le « Manhattan Institute » le « Cato Institute », « Citizens for a Sound Economy », « The Federalist Society » et « Accuracy in Academia ». Le mémo avançait que les corporations doivent financer des campagnes soutenues pour marginaliser et réduire au silence ceux qui, dans « les campus, dans les chaires universitaires, les médias, les journaux intellectuels et littéraires » étaient hostiles aux intérêts des entreprises.

Powell a attaqué personnellement Ralph Nader. Des lobbyistes ont envahi Washington et les capitales des États. Les contrôles de régulation furent abolis. Des allègements d’impôts massifs sur les sociétés et les riches furent mis en place, finissant par un boycott d’impôts de fait. Des barrières commerciales ont été supprimées et le tissu industriel de base du pays a été détruit. Les programmes sociaux ont été coupés de même que le financement des infrastructures, routes, ponts, bibliothèques publiques et écoles. La protection des travailleurs a été étripée. Les salaires ont baissé ou ont stagné. Le budget militaire, de même que les organismes de sécurité interne, devinrent énormes. Une liste noire de facto, spécialement dans les universités, et la presse, a été utilisée pour discréditer les intellectuels, les radicaux, les activistes qui critiquaient l’idée d’une nation qui se couche devant les diktats du marché des affaires, et condamnaient les crimes impérialistes, certains très connus comme Howard Zinn, Noam Chomsky, Sheldon Wolin, Ward Churchill, Nader, Angela Davis et Edward Said. Ces critiques ont été tolérés mais seulement en marge de la société, souvent hors des institutions, et beaucoup ont de grandes difficultés à survivre.

La crise financière de 2008 n’a pas seulement dévasté l’économie mondiale. Elle a aussi révélé les mensonges propagés par les avocats de la mondialisation. Parmi ces mensonges, on a : les salaires des travailleurs augmenteraient, la démocratie s’étendrait sur le globe, la techno-industrie remplacerait la fabrication comme source de revenus des travailleurs, la classe moyenne et les collectivités prospéreraient. Après 2008 il devint clair que le « marché libre » était une escroquerie, une idéologie zombie à cause de laquelle les travailleurs et les collectivités furent ravagées par les prédateurs capitalistes et les biens furent dirigés vers le haut, vers le 1% mondial. Les guerres sans fin, menées principalement pour le bénéfice des fabricants d’armes et le pouvoir militaire grandissant sont sans intérêt et contre-productifs pour les intérêts nationaux. La désindustrialisation et les programmes d’austérité ont appauvri la classe ouvrière et blessé mortellement l’économie.

Les politiciens de l’establishment des deux partis principaux, chacun au service du pouvoir des entreprises et responsables de l’attaque sur les libertés civiles et de l’appauvrissement du pays, ne sont plus capables de se servir d’identité politique et de guerres culturelles pour obtenir plus de soutien. Cela a conduit, durant la dernière campagne présidentielle, à une révolte menée par Bernie Sanders, écrasé par le parti démocrate, et l’élection de Donald Trump.

Barack Obama a surfé sur la vague d’une rancœur bipartite durant son mandat en 2008, puis il a passé 8 ans à trahir le public. L’attaque d’Obama sur les libertés civiles, y compris son utilisation de l’Espionage Act pour poursuivre en justice les lanceurs d’alerte, a été pire que celles engagées par George W Bush. Il a accéléré la guerre contre l’éducation publique en privatisant des écoles, en élargissant la guerre au Moyen-Orient, y compris avec l’utilisation de drones d’attaques, ne prêtant que peu d’attention aux réformes environnementales, ignorant la détresse de la classe ouvrière, déportant plus de sans-papiers que n’importe quel autre président, imposant un système de santé sous l’égide des sociétés privées qui sortait du cerveau de l’Heritage Foundation, organisation de droite, et interdisant au Ministère de la Justice de poursuivre les banquiers et les sociétés financières qui continuaient à lancer des produits dérivés toxiques et qui spéculaient sur le marché de l’habitat et de l’immobilier, condition qui a mené à la crise de 2008. Il incarnait, comme Bill Clinton, la faillite du parti démocrate. Clinton, supplantant les actions ultérieures d’Obama, nous a donné l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le démantèlement du système d’aide sociale, la déréglementation du secteur des services financiers et l’énorme expansion de l’incarcération de masse. Mme Clinton a également supervisé la déréglementation de la Federal Communications Commission, un changement qui a permis à une poignée de sociétés d’acheter les licences d’émission hertzienne.

L’état corporatif était en crise à la fin de la présidence d’Obama. Il était largement détesté. Il devint vulnérable aux attaques par les critiques qu’il avait poussées jusqu’aux limites. Les plus vulnérables furent le parti démocrate, qui prétendait défendre les droits des travailleurs et travailleuses et protéger les libertés civiles. C’est pourquoi le parti démocrate est tellement empressé à discréditer ses critiques en les accusant d’être des valets de Moscou et d’accuser la Russie d’interférence ayant causé leur défaite électorale.

En janvier, il y avait un rapport sur la Russie (...)

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Tag(s) : #Idéologie
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