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Des partisans de l’opposant Salvador Nasralla ont manifesté les 27 et 28 novembre devant le siège de la Cour suprême électorale pour demander que les résultats de la présidentielle soient annoncés. ORLANDO SIERRA / AFP

Après plus d’une semaine de retards et d’incidents plus suspects les uns que les autres, le Tribunal suprême électoral (TSE) hondurien a annoncé le 4 décembre les résultats « provisoirement définitifs » de l’élection présidentielle du dimanche 26 novembre dernier.

Ceux-ci donneraient la victoire à Juan Orlando Hernández, le président de la droite « post coup d’Etat » en exercice, qui se représentait illégalement, avec 42,98 % des suffrages.

Crédité de 41,39 %, Salvador Nasralla, candidat d’une coalition, l’Alliance d’opposition contre la dictature, ayant pour coordonnateur l’ex-chef de l’Etat renversé en 2009 Manuel Zelaya, dénonce une fraude et refuse, avec de bonnes raisons pour le faire, de reconnaître le verdict du TSE.

Alors que le pouvoir a décrété l’état d’urgence et que les manifestations se multiplient, un dangereux bras de fer est engagé.

C’est dans le cadre de scrutins à un seul tour que 6,2 millions de citoyens ont été appelés à élire leur président de la République, mais aussi trois vice-présidents, 128 députés au Congrès, 20 députés au Parlement centraméricain et 298 maires. Sur les neuf aspirants à la magistrature suprême, seuls deux avaient une chance de l’emporter : Hernández, pour le Parti national (PN) et Nasralla pour l’Alliance d’opposition.
 
Ce 26 novembre, la nuit n’est pas encore tombée que, dans le plus pur style de la droite « putschiste » hondurienne, Juan Orlando Hernández (dit « JOH ») s’enflamme devant ses militants : « Le décompte est plus que clair et indiscutable, nous avons gagné ! » 
A ce moment précis, aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué par le TSE. Mais un sondage « sortie des urnes » le crédite de 43,93 % des voix contre 34,70 % au candidat de l’Alliance d’opposition contre la dictature Salvador Nasralla, arrivé en deuxième position.

Une information fiable ?

L’institut Ingeniera Gerencial, qui a réalisé cette enquête, appartient au « tsar des sondages » Arturo Corrales, ex-ministre des affaires étrangères (septembre 2011-avril 2013) de Porfirio Lobo (PN), puis d’Hernández lui-même (janvier 2015-avril 2016), et ministre de l’intérieur pendant dix-huit mois entre-temps. Pour peu que l’on ne travaille pas dans un média appartenant à l’oligarchie hondurienne, on a déjà connu plus évidente garantie de neutralité.

Le processus électoral ne pouvant de ce fait être donné comme complètement terminé, Nasralla, candidat d’une coalition de partis du centre et de gauche, proclame également sa victoire, sur la base de résultats partiels peut-être plus dignes de foi annoncés le lundi à 1h45 du matin : après dépouillement de 57 % des actes électoraux, le TSE lui octroie officiellement 45,17 % des suffrages contre 40,21 % à Hernández. Cinq points d’avance (93 975 voix). « Un résultat irréversible », n’hésite pas à affirmer Marco Ramiro Lobo, l’un des quatre magistrats du TSE. 
Une affirmation d’autant plus raisonnable que, lors de la présidentielle précédente (24 novembre 2013), dès le lendemain du scrutin, après dépouillement de 67 % des suffrages, le déjà président du TSE David Matamoros avait déclaré, annonçant la victoire (contestée) de « JOH » : « Le résultat est sans appel. Les chiffres que nous avons donnés reflètent une tendance qui est irréversible. Les résultats ne vont pas varier [
1]. »
On en est donc là lorsque, curieusement, la remontée des résultats des bureaux de vote s’interrompt brutalement.

Dans la journée de lundi, le président de la Conférence permanente des partis politiques d’Amérique latine et des Caraïbes (COPPPAL)Manolo Pichardo, fait part de son étonnement : « Ce qui nous surprend pratiquement tous c’est que (…) on ne connaisse toujours pas officiellement quel candidat a gagné les élections [2] » De fait, alors que les dirigeants du Parti national demandent à leurs sympathisants de se préparer à « défendre le triomphe dans la rue », Nasralla avertit : « Nous allons lutter pour défendre ce que nous avons gagné dans les urnes. » 
Donné en troisième position, le candidat du Parti libéral Luis Zelaya (aucun lien de parenté avec l’ancien chef de l’Etat) reconnaît sa défaite et la victoire de Nasralla, qu’il félicite. Ce dernier évoque déjà une fraude. Hernández et les dirigeants du Parti national multiplient les provocations.

Pressé de questions sur les délais anormalement étirés du dépouillement, le président du TSE Matamoros informe que 30 % des actes électoraux (2 millions de bulletins de vote), essentiellement ruraux, n’ayant pu être transmis électroniquement du fait d’une « surcharge des serveurs », ils doivent être transportés physiquement à Tegucigalpa, la capitale, par l’armée. En conséquence, ajoute-t-il, on ne connaîtra l’issue définitive du scrutin que… le jeudi 30 novembre – quatre jours après la clôture des bureaux ! Le genre d’annonces qui, survenant au Venezuela, déclencherait une tourmente médiatique et un scandale international instantanés.

Le mercredi 29, le TSE communique au compte-gouttes de nouveaux chiffres tendant à démontrer que l’écart se resserre entre les deux candidats. Puis le système de transmission des résultats du TSE tombe en panne. Lorsque, cinq interminables heures plus tard, il se remet à fonctionner, « JOH » se retrouve miraculeusement en tête avec 42,2 % des suffrages contre 42,1 % à Nasralla (une différence de 3 000 voix). Ce dernier annonce que le pacte qu’il a signé en présence des observateurs de l’Organisation des Etats américains (OEA), et dans lequel il s’engageait à reconnaître le verdict de l’arbitre électoral, n’a plus aucune validité, car on lui a « tendu un piège ». 
Depuis Washington, l’OEA critique vertement cette décision tout en réclamant que « dans le calme et l’impartialité, les votes soient comptés de façon transparente ». La tension monte dès lors dangereusement.Pour ceux qui l’ont vécue, la situation rappelle un fâcheux précédent : la honteuse présidentielle du 24 novembre 2013.

A cette occasion, la candidate d’opposition la mieux placée s’appelait Xiomara Castro et représentait le parti Liberté et refondation (Libre). Epouse de l’ex-chef de l’Etat Manuel Zelaya, renversé par un coup d’Etat le 28 juin 2009 pour avoir voulu mener un train de réformes indisposant les représentants de la « bonne société » et Washington, elle fut déclarée battue (28,78 % des suffrages) par Hernández (36,89 %) au terme d’un scrutin entaché par de fortes suspicions de fraude et de graves irrégularités. Malgré leurs dénonciations argumentées, et celles de Nasralla, arrivé alors en troisième position (13,43 %) pour le compte du Parti anticorruption (PAC), le résultat fut entériné dans des conditions extrêmement contestables par les missions d’observation de l’OEA et de l’Union européenne (UE), que dirigeait en la circonstance l’autrichienne Ulrike Lunacek [3]>.
 
En conséquence, quatre années plus tard, la présence de ces mêmes missions ne rassure guère les forces progressistes ou même simplement démocratiques sur leur éventuelle contribution au respect par la droite « post-coup d’Etat » des règles du jeu. Et ce d’autant moins que le chef de la délégation de l’OEA, l’ex-président bolivien conservateur Jorge « Tuto » Quiroga (jamais élu à cette fonction, mais y ayant accédé, en tant que vice-président, lors de la mort du chef de l’Etat Hugo Banzer en mai 2002) participe activement à la virulente campagne de déstabilisation menée contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, en compagnie de ses ex-collègues les plus rances – Andrés Pastrana et Álvaro Uribe (Colombie), Vicente Fox et Felipe Calderón (Mexique), José María Aznar et Felipe González (Espagne), Eduardo Duhalde (Argentine), Sebastián Piñera (Chili), Óscar Arias (Costa Rica), Lucio Gutiérrez (Equateur), Alfredo Cristiani (Salvador), Alejandro Toledo (Pérou), etc.

 Jamais, depuis leurs continents respectifs, l’OEA et l’UE n’auront fait preuve d’un tel cynisme. Depuis Washington, le secrétaire général de l’organisation panaméricaine, Luis Almagro, mène une offensive d’une violence extrême contre Caracas, poussant l’aberration (et le ridicule !) jusqu’à prétendre envoyer Maduro et son gouvernement devant la Cour pénale internationale (CPI). L’Union européenne « glyphosatée » [4], suivant servilement les desiderata de Donald Trump, a adopté le 13 novembre des sanctions contre le Venezuela. Mais ni les uns ni les autres, pas plus que la fameuse « communauté internationale » dont ils se réclament, n’ont seulement levé un sourcil devant le scandale que constitue la candidature de « JOH » à cette élection.

Le 28 juin 2009, c’est par un supposé viol de la Constitution, qui interdit expressément la réélection présidentielle, qu’a été justifié par les représentants de l’oligarchie – le Parti national, une faction du Parti libéral, l’armée, les médias, l’Eglise et les corps constitués – le renversement de Manuel Zelaya [5]. Il s’agissait d’un grossier mensonge : le seul tort du chef de l’Etat fut alors de vouloir organiser en toute légalité une consultation populaire, sans caractère contraignant, sur la possible convocation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) destinée à élaborer une nouvelle Constitution [6]. Cette consultation ayant lieu le même jour que les élections générales, dont la présidentielle, il lui était impossible, comme on l’en a accusé, de s’y présenter pour se perpétuer au pouvoir illégalement. 
Grâce à la féroce répression qui a suivi, les gouvernements de Porfirio Lobo (2010-2013), « vainqueur » après le « golpe » d’élections considérées comme illégales et boycottées par une grande partie de la population, puis d’Hernández (de 2013 à aujourd’hui), ont pu réimposer le carcan néolibéral au pays. Tâche d’ « utilité privée » que « JOH » entend bien poursuivre. Raison pour laquelle ce qui était interdit hier doit soudain devenir possible demain. Et de la plus impudente des façons…

L’exécution de la forfaiture débute en août 2013 quand le Parlement, que domine le Parti national et que préside alors Hernández, déjà candidat à la présidentielle du mois de novembre suivant, destitue, sans aucune attribution pour le faire, quatre des cinq magistrats de la Salle constitutionnelle de la Cour suprême de justice (CSJ). Ces derniers venaient imprudemment de rejeter le « projet phare » de « JOH » et de ses comparses, la loi des « villes modèles » [7] – des enclaves échappant aux lois sociales et aux juridictions nationales offertes, avec une main d’œuvre pieds et poings liés, aux investisseurs internationaux. 
Nommés en janvier 2014, les nouveaux magistrats reviennent docilement sur cette décision. Ayant échappé à la destitution pour s’être prononcé en faveur des « villes modèles », Óscar Chinchilla devient procureur général de la République. Lorsque Hernández, désormais chef de l’Etat, manifeste son intention de postuler à un second mandat, que tout un chacun sait prohibé, ce beau monde hoche la tête, les doigts sur la couture du pantalon.
 
« JOH » ayant également renouvelé le haut commandement militaire et policier en y plaçant complices et alliés, nul ne bronche d’avantage quand, en avril 2015, la Cour suprême de justice déclare « inapplicable » l’article de la Constitution contenant l’interdiction de la réélection et lorsque le Congrès rejette la demande de Libre, du Parti libéral et du Parti anticorruption, qui réclament l’organisation d’un référendum permettant de consulter « le peuple » sur cet ukase. A quoi bon ? Hernández n’a-t-il pas entre les mains le résultat de sondages qui établissent que 70 % des Honduriens sont d’accord avec la réélection ? « Il faut regarder le reste du monde, déclare-t-il avec le plus grand sérieux, là où la réélection permet un second mandat, et se demander pourquoi on y progresse plus que nous, et aussi pourquoi nous devrions rester avec notre exception, dans une situation où, tous les quatre ans, alors qu’on a commencé à avancer, arrive quelqu’un qui détruit tout [
8].  »
 
C’est ainsi qu’en décembre 2016, le Conseil national électoral entérine la candidature de « JOH » à un second mandat. Pour la petite Histoire, l’un des adversaires les plus farouches de ce tour de passe-passe s’appelle Romeo Vásquez : chef de l’armée en 2009, c’est lui qui, sur le thème de la non-réélection, pour obéir à l’oligarchie, a accompli les basses œuvres en procédant avec ses troupes au renversement de Zelaya. Désormais à la retraite, et traînant derrière lui l’image hideuse du putschiste, il semble ne guère apprécier la duplicité des « politicards » qui, après l’avoir instrumentalisé et déshonoré, ont tranquillement repris, pour leur seul profit, le partage du gâteau.

Alors que se multiplient les manifestations indignées de protestation, la police réprime avec allégresse, l’armée se déclare « respectueuse » des décisions du TSJ et du CNE, le ministère public garde un silence sépulcral et l’Eglise qui, en 2009, hurlait à la mort en préparant la crucifixion de Zelaya, enjoint les fidèles de se laisser gentiment domestiquer : « En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas agir de façon irresponsable, nous devons participer aux élections » (Conférence épiscopale, 27 février 2017). 
Quant à la Mission d’appui contre la corruption et l’impunité au Honduras (MACCIH), mandatée depuis le 19 avril 2016 dans ce pays failli par la très vertueuse OEA, elle s’en lave les mains : « Nous ne nous mêlons pas de politique »,
 

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http://www.medelu.org/Au-Honduras-le-coup-d-Etat

Tag(s) : #Amérique latine Honduras
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