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Jean-Luc MÉLENCHON : « Je suis un indépendantiste français » et le commentaire de Jean LEVY

"canempechepasnicolas"

par Jean LEVY

publie ci-dessous l'interview de Jean-Luc Mélenchon pour permettre à nos lecteurs de prendre connaissance directement de sa position concernant la France vis-à-vis de l'Union Européenne : faut-il que notre pays s'en sépare pour que celui-ci recouvre sa souveraineté - en préconisant le Frexit - ou en négociant d'autres traités ?

Le leader de La France Insoumise fait comme si cette solution, regagner la souveraineté de notre peuple dans le cadre de l'ordre européen, était une option réaliste. Laisser croire que Bruxelles et les dirigeants des vingt-six autres Etats de l'UE accepteraient une telle négociation relève du fantasme ou de la duperie. Car enfin l'Union européenne n'est pas le fruit d'une libre association de nations dont les peuples déterminent et contrôlent les lois communes. Elle n'est pas issue d'un pacte librement négocié entre des peuples souverains permettant à ceux-ci de se développer harmonieusement dans une perspective de concorde et de paix.  

L'Union Européenne nous a été imposée marche par marche,  depuis l'instauration, en 1952, de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier - la CECA, regroupement capitaliste des industriels de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg - jusqu'au traité de Maastricht en 1992, étendu par le traité de Lisbonne,qui reprenait les dispositions contenues dans le projet de Constitution, rejeté par le peuple français lors du référendum de  2005 !

C'est dire la dimension démocratique de l'Union Européenne

De même, celle-ci devait être un gage de paix entre des peuples réconciliés. La guerre menée en commun par l'Otan et l'Union Européenne dans les Balkans contre la Serbie pour faire éclater la Yougoslavie unifiée au profit d'Etats satellites dans l'orbite de l'Allemagne, cette agression militaire contre un pays européen démontre bien la nature agressive et belliqueuse de l'UE.

Rien de mystérieux à ces pratiques : cet espace politique, dont les maîtres d'oeuvre, l'oligarchie - le Business-Europe, le "Medef" européen - dominée par l'Etat le plus puissant économiquement, l'Allemagne,  veut  transformer notre continent en un immense terrain de chasse au profit maximum des renards libres dans un grand poulailler libre. Cet objectif  requiert de faire exploser tous les obstacles, frontières, garanties  sociales, système parlementaire, qui frènent la réalisation, à moindre coût, une rotation de plus en plus rapide des capitaux.

Telle est l'objectif de l'oligarchie financière qui domine et détermine les politiques de moins en moins nationales des pays membres de l'Union.

N'est-ce pas le sens des directives de Bruxelles dans les domaines les plus variés tels la restriction continue de ce qui reste des règles parlementaires, le dynamitage des Codes du Travail et des législations sociales, les restrictions aux libertés, celle des communes comme celle des citoyens, la domination complète de l'information par tant les Etats que par les grands groupes privés pour chloroformer l'opinion publique, une pression permanente sur le pouvoir d'achat des populations, une fiscalité ouvertement favorable au grand patronat et aux couches les plus riches ...

N'est-ce pas là le sens de l'accession au pouvoir en France de l'associé-gérant de la banque Rothschild et de sa volonté politique de pousser l'intégration fédéraliste  des nations d'Europe au sein d'une organisation de plus en plus centralisée et financièrement contrôlée ?

Peut-on sérieusement, comme l'écrit Jean-Luc Mélenchon, envisager une possible négociation avec les prédateurs de notre continent pour espérer d'eux l'abandon des objectifs qu'ils se sont fixés avec l'Union européenne ?

Autant espérer de la Mafia d'engager ses activités dans le cadre d'une ONG qu'elle ne contrôlerait plus ...

Jean-Luc Mélenchon sait tout cela. Et pourtant il fait comme si ses propositions étaient réalistes, posées par lui ... François Hollande lui-aussi promettait, lors de sa campagne électorale,  d'engager directement des discussions avec madame Merkel, pour convaincre celle-ci de modifier sa position...Mais si le Président français se rendit à Berlin dès son élection, c'est pour faire allégeance à la Chancelière...!

Ne prêtons-pas à Jean-Luc Mélenchon l'hypocrite démagogie de son prédécesseur.

Mais il faut bien admettre qu'aux mêmes causes, il est raisonnable de prévoir les mêmes effets.
 

Les Echos

INTERVIEW - En vue du Conseil européen de Bruxelles, Jean-Luc Mélenchon tire la sonnette d'alarme et appelle à faire sauter les « verrous » sur l'harmonisation sociale, l'harmonisation fiscale et le changement de statut de la Banque centrale européenne. « Ma ligne, ce n'est pas le Frexit », plaide-t-il, comparant son « plan B » à la « dissuasion nucléaire ».

PIERRE-ALAIN FURBURYRENAUD HONORÉ

Vous avez accru vos attaques contre l'Union européenne depuis quelques semaines. Comment qualifieriez-vous votre positionnement désormais sur l'Europe : souverainiste, eurosceptique voire europhobe ?

J-L Mélenchon : Le mot « souverainisme » nous aurait convenu s'il n'avait pas été utilisé dans un sens nationaliste qui ne convient pas à notre façon de voir. Si je suis souverainiste, c'est au sens de la souveraineté du peuple. Je suis plutôt un indépendantiste français.

La France ne serait donc pas indépendante ?

Non en effet. Proposer de le redevenir c'est dire qui commande. Si les transferts de souveraineté que nous avons opérés vers les instances européennes avaient été confiés à un Parlement européen ayant un réel pouvoir de décision, mon point de vue serait peut-être différent. Mais celui-ci n'est pas un vrai Parlement : 70 % de ses délibérations n'ont aucun effet concret. Dans les années 1990, je militais pour un vrai fédéralisme. J'appelais à une constituante européenne. Mais j'ai réalisé, en 2005 [lors du référendum sur la constitution européenne, NDLR], que cette voie était impossible.

A présent nous voici plus proche du modèle du saint empire romain germanique que de la marche vers la République universelle à laquelle je rêvais. De plus, la France roule à contresens. En quoi serions-nous plus proches des pays baltes que nous ne le sommes des pays francophones de la Méditerranée comme l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie ?

Vous avez rejeté l'idée que la France puisse être contributeur net au budget européen en citant Margaret Thatcher (« I want my money back »). Les conservateurs britanniques deviendraient-ils un modèle pour vous ?

Dans l'art de faire payer les autres ils ont à nous apprendre ! Nous sommes l'un des derniers pays en procédure de déficit excessif, et dans le même temps nous versons 20 milliards au budget européen pour n'en récupérer que 14 milliards. 6 milliards de dons ! Cela s'appelle une dépense somptuaire. Payer des routes aux Roumains et des aéroports aux pays baltes, c'est utile, mais ce n'est pas dans nos moyens actuels. Dans les années où nous sommes en déficit excessif, nous devrions avoir le droit de garder nos 6 milliards.

Votre position est contradictoire : vous voulez une Europe plus solidaire et vous critiquez le budget européen, l'un des principaux outils de l'Europe en matière de solidarité...

Vous confondez solidarité et annexion. La vraie solidarité, c'est celle qui prendrait des mesures pour rompre le dumping social et fiscal dont l'Europe est en train de mourir. Car voila par où sont montés les nationalismes les plus obscurs en Hongrie, Slovaquie, en Autriche ou en Pologne. Mais qu'on ne caricature pas ma position : ma ligne, ce n'est pas le « Frexit ». Je crois à la puissance française. En Europe ses intérêts fondamentaux doivent être protégés. Faire l'Europe ? Oui si c'est sans défaire la France !

Mais le budget européen a aussi servi à lutter contre le dumping social, en accélérant le développement et le niveau de vie de pays comme l'Espagne après son entrée dans l'UE en 1986...

Vous trouvez que l'Espagne va mieux qu'il y a 30 ans ? 500.000 personnes l'ont quittée en quatre ans. Bruxelles trouve son niveau de vie excessif et lui a imposé des plans d'austérité liquidant des pans entiers de l'Etat jusqu'au point où, aujourd'hui, la Nation même finit par ne plus avoir de sens pour une partie de la population qui veut l'indépendance. L'Espagne va très mal. Pourtant elle était réputée naguère être le bon élève avec son modèle de développement par la dette et la bulle immobilière.

Votre « Plan A » de réforme de l'Europe comporte une longue liste de revendications. Là-dedans, quelles sont vos priorités ?

Il faut sortir des Traités, notamment des deux derniers budgétaires qui sont les pires, et passer à autre chose. Cette autre chose n'a rien de mystérieux : en économie, c'est une politique keynésienne. Si ce que je disais était aussi extravagant, comment comprenez-vous que les banquiers centraux aient fait tourner la planche à billets comme nous le préconisions ? Mario Draghi, qui n'est pas un mélenchoniste, a  offert 80 milliards tous les mois aux banques sans contrepartie. A la fin, un maigre ruissellement s'est opéré et on a vu la courbe déflationniste s'inverser. Mais ça ne suffit pas. Et pendant ce temps le système financier mondial est voué à l'explosion de nouvelles bulles. Le danger est partout. La vraie réponse passe par la fin de trois verrous : l'harmonisation sociale, l'harmonisation fiscale et le changement de statut de la BCE pour que celle-ci puisse prêter aux Etats.

Emmanuel Macron dit travailler à l'harmonisation sociale et met en avant la réforme des travailleurs détachés...

C'est de la blague : il n'y a eu aucune amélioration. On a réduit le temps d'utilisation du recours aux travailleurs détachés, mais on n'a rien touché au principe scandaleux du paiement de la cotisation dans le pays d'origine. On doit payer ses cotisations dans le pays d'accueil.

Pour faire bouger l'Europe, il faut des partenaires. Où les trouvez-vous ?

Nous les trouverons si nous savons ce que nous voulons.


 

Tag(s) : #Union européenne, #Politique française

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