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Le cortège funéraire à son arrivée place de la Madeleine.

par Jean LEVY

Au soir des obsèques de Johnny Hallyday, franceinfo rappelle ce que fut la vie réelle du chanteur, promu "héros de la nation" par le président de la République. Quand on prend en compte les valeurs que le rocker à faite siennes - la drogue, l'alcool, les bolides poussés à fond la caisse, la mort défiée en permanence comme horizon - on peut se poser la question : est-ce cet exemple qu'Emmanuel Macron veut donner à la jeunesse de France en proclamant "héros national" le chanteur défunt ?

Que des millions de Français, au fil des générations,  aient eu leur vie rythmée  par les chansons de "Johnny", qu'ils en garde la nostalgie d'une période révolue, qu'ils aient voulu la revivre en rendant hommage au chanteur, pourquoi pas...

Mais de là, pour le pouvoir, offrir au bon peuple une journée à la  propre gloire, un pas a été franchi dans la démesure. Comparer Hallyday à Victor Hugo, c'est faire injure au grand homme qui s'est battu toute sa vie pour la liberté et l'émancipation du peuple, au poète qui a écrit "Les Misérables",  qui s'est exilé, non par rapport au fisc, mais pour défendre la liberté et les valeurs de la République. 

Faire de "Johnny" un modèle, quand on connaît sa vie, c'est ouvrir à la jeunesse les vannes d'un monde pourri, c'est d'une manière hypocrite offrir la drogue et l'alcool comme carburants de la réussite, l'inculture promue comme vertu cardinale, et l'argent  comme espérance.   

Mais qu'attendre d'autres perspectives d'un banquier et de sa caste qui n'offrent que morgue et mépris envers la roture ?

 

Quand franceinfo raconte Johnny Hallyday

 

La première fois que je suis mort, je n'ai pas aimé ça, alors je suis revenu", confiait Johnny Hallyday en 2013, dans son autobiographie Dans mes yeux (éd. Plon). Quatre ans après avoir été plongé dans un coma artificiel pendant trois semaines pour soigner les complications d'une opération du dos, le chanteur racontait sa lente remontée vers la lumière. Pendant soixante-quatorze ans, Jean-Philippe Smet, puis Johnny Hallyday, n’a cessé de flirter avec le danger, l’ivresse et la mort. Le chanteur lui-même qualifiait sa vie de "destroyance". 

Grand fumeur de Gitanes, le rockeur a confessé à la fin de sa vie avoir consommé de l'opium, du haschich et de la cocaïne. Mercredi 6 décembre, quelques heures après l'annonce de sa mort, dans la tête des fans venus lui rendre hommage devant son domicile des Hauts-de-Seine résonnait sans doute "noir c’est noir, il n’est jamais trop tard, pour moi du gris, je n’en peux plus dans ma vie oh oh..."

"IL CONDUIT COMME UN FOU, À FOND LA CAISSE"

Année 1950. Un jour d'été ou d'hiver, Johnny Hallyday ne se souvient plus vraiment. Le futur chanteur a sept ans, il est assis à l'arrière d'une "super voiture" que Lee Ketcham, danseur américain et compagnon de sa cousine vient d'acheter. Il y a du vent, "on doit chantonner, comme toujours", raconte-t-il dans son autobiographie Dans mes yeux, écrite par Amanda Sthers.

La voiture roule vite, le petit Jean-Philippe Smet tient près de lui un chien et une tortue. Bercé par le ronflement de la voiture, son corps frêle est ballotté par les courbes de la route. "Je pense être un gosse heureux", dit-il. Et puis, sans réfléchir, il attrape la poignée, ouvre la portière et tombe d'un coup sur le goudron alors que la voiture continue de rouler à vive allure. Son corps roule sur le bas-côté.

"Je me souviens d'avoir eu mal, peur, la sensation qui précède la mort, se remémore-t-il, soixante ans plus tard. Je m'en sors, je tombe sur des graviers, je m'écorche juste, j'ai comme une bonne étoile." Ce jour-là, Jean-Philippe Smet n'est pas au volant, mais il expérimente pour la première fois, la "sensation de vitesse, de dépassement de soi".

Ce "premier souvenir, c'est celui de la survie. Je m'y suis accroché depuis", explique-t-il. Devenu adulte, il se passionne pour les gros bolides, ceux qui touchent les 200 km/h. Ils lui donnent le sentiment d'être libre, fort, presque immortel.

 

La Jaguar de Johnny Hallyday emboutie après un accident dans un lieu non précisé, le 22 octobre 1962.
La Jaguar de Johnny Hallyday emboutie après un accident dans un lieu non précisé, le 22 octobre 1962. (DALMAS / SIPA)

 

Mot laissé par Johnny Hallyday sur les lieux d\'un accident de voiture, le 1er octobre 1967 à Paris.
Mot laissé par Johnny Hallyday sur les lieux d'un accident de voiture, le 1er octobre 1967 à Paris. (PARIS-JOUR PHOTOGRAPHIE / SIPA)

Dix ans après cet accident, à l'aube des années yéyé, Johnny Hallyday est devenu "l'idole des jeunes". L'artiste est adoubé par toute une jeunesse française née après-guerre, fan de rock anglo-saxon, portant blazers et mini-jupes colorées. Pied au plancher, Johnny Hallyday traverse la décennie comme il conduit ses voitures : à toute vitesse.

Le 17 octobre 1961, sur une route entre Boulogne-sur-Mer et Lille (Nord), il finit dans le fossé avec sa Triumph TR3. Il s'en sort avec quelques blessures au visage, selon le JDD. En août 1967, sur la route entre Tarbes (Haute-Pyrénées) et Pau (Pyrénées-Atlantique), la Lamborghini 400GT de Johnny Hallyday est lancée à 150 km/h, elle dérape sur une tache d'huile. Dans un grand fracas, après avoir percuté un arbre, elle finit par s'immobiliser dans un fossé. Par miracle, le chanteur et son passager, le photographe Jean-Marie Périer, s'en sortent légèrement blessés. Johnny Hallyday a un "traumatisme léger à la jambe gauche", son ami sort des urgences avec l'arcade sourcilière droite ouverte.

La mort ne veut pas de moi, même quand le destin m’envoie me fracasser contre un arbre à une vitesse de dingue.

Ses accidents les plus traumatisants surviennent dans les années 1970. Le 20 février 1970, il quitte Strasbourg (Bas-Rhin) vers 18 heures pour rejoindre Besançon (Doubs) où près de 3 000 personnes l'attendent, se rappelle L'Est républicain. Il fait froid, la route est recouverte de verglas. Le chanteur quitte l'Alsace à bord de sa DS en compagnie de son épouse Sylvie Vartan et de trois amis. Le Code de la route n'impose pas encore le port de la ceinture de sécurité. Dans un virage sur la RN83, Johnny Hallyday perd le contrôle de sa voiture. Endormie, Sylvie Vartan est projetée contre le pare-brise, note France 3 Bourgogne-Franche-Comté. La tête du chanteur heurte le volant, son nez se brisee chanteur, méconnaissable, porte sa femme ensanglantée jusqu'à la maison la plus proche. Les passagers sont transportés à l'hôpital. À sa sortie, Johnny déclare que son épouse n'a que "quelques égratignures". En réalité, Sylvie Vartan a été sévèrement touchée et a échappé de peu à la mort.

Une semaine plus tard, elle quitte la France pour New York et passe quatre mois dans un établissement spécialisé dans la chirurgie esthétique. "Il a la fureur de vivre, il l'a toujours eue. Il conduit comme un fou, à fond la caisse. Il aime avoir des frissons. Il a souvent eu besoin de flirter avec la mort", décrit son cousin Michael Ketcham, dans l'émission "Un jour, un destin", en 2014.

La vitesse, le dépassement, l'adrénaline. Avec le temps, Johnny Hallyday lève le pied, mais ne lâche jamais le volant. En 2002, il participe ainsi au Paris-Dakar, pour "l'endurance, et la course mentale". Il termine ce rallye à la 42e position et confie : "Mon tempérament, c'est d'être le premier. Peu importe ce que je fais."

Si je n'avais pas été chanteur, j'aurais été pilote.

Johnny Hallyday

"LA COCAÏNE, J’EN AI PRIS EN TOMBANT DU LIT"

Paris, un soir de 1974. Johnny Hallyday emmène son ami Gérard Depardieu dîner au King Club, un établissement de la capitale à la mode. Ils doivent retrouver Monique Le Marcis, programmatrice musicale historique de RTL et découvreuse de talents. "Depardieu vient avant pour qu’on aille ensemble à la boîte et il insiste pour qu’on trouve la drogue à la mode chez les rockeurs : du brown sugar [de l’héroïne]. C’était son obsession du moment", se souvient l’artiste dans son autobiographie. La star passe quelques coups de fil et réussit à se faire livrer le produit, pour le plus grand bonheur du comédien. L’acteur est si excité que Johnny Hallyday doit le retenir "de ne pas en prendre dans la voiture" qui les conduit au restaurant. "Mais à peine arrivés au King Club, il nous traîne dans les toilettes et en sniffe 2 grammes. Moi aussi, du coup... Solidarité oblige !"

A table, le dîner prend une drôle de tournure. La robe à fleurs de Monique Le Marcis, qui a commandé un pot-au-feu, fascine le chanteur : "Je voyais les fleurs danser, j’étais à deux doigts de les cueillir et de respirer leur parfum." Mais Johnny Hallyday s’en sort mieux que Gérard Depardieu. Après quelques minutes de conversation, l'acteur s’écroule "la tête la première dans la soupière", et tache au passage la robe si captivante de la programmatrice"Je rassure tout le monde en m’écriant : 'C’est du brown sugar, c’est pas un infarctus', comme si c’était super rassurant...", raconte encore l’interprète de Gabrielle. Johnny envoie l’acteur se faire soigner chez son médecin et retourne à son pot-au-feu, avant de tomber dans les pommes à son tour. Le lendemain matin, chez le docteur, Gérard Depardieu se réveille en sursaut et s’esclaffe "avec son rire de bon géant : 'Il t’en reste ?'".

L’anecdote peut prêter à sourire, mais la consommation de drogues du chanteur n’a pas été que festive. Dans les années 1970, cet éternel fumeur de Gitanes "plonge" dans la cocaïne sous l’influence, dit-il, d’une de ses choristes, Nanette Workman, dont il est tombé amoureux alors qu’il traversait une passe difficile avec sa femme Sylvie Vartan. "C’était Johnny en femme, avec les mêmes excès, la même folie, se souvient le parolier Michel Mallory devant les caméras d'"Un jour, un destin". Il y avait compétition entre les deux. Ils faisaient le concours de celui qui dormirait le moins." "C’était à qui irait le plus loin dans la drogue, dans les défis, abonde Amanda Sthers, la biographe du chanteur. Il m’a raconté qu’un jour, il s’est regardé dans un miroir et il a vu qu’il était gris. C’est à ce moment-là qu’il s’est dit que ça devait finir.près ces années d’excès, Johnny Hallyday n’arrête pas la drogue pour autant. Interrogé en janvier 1998 dans les colonnes du Monde par l’écrivain Daniel Rondeau, il confesse qu'il n'a jamais vraiment arrêté la cocaïne :

La cocaïne, j'en ai pris en tombant du lit. Maintenant, j'en prends pour travailler, relancer la machine. Je n'en suis pas fier, c'est ainsi, c'est tout. Mais il faut bien savoir que nos chansons, on ne les sort pas forcément d'une pochette-surprise.

Johnny Hallyday
 
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Tag(s) : #Politique française
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