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Economies dans la Santé : «On est à l'os», alerte un praticien hospitalier et conseiller municipal Manifestation le 19 avril du personnel hospitalier contre le futur plan de réforme du gouvernement

RT en français

Interviewé par RT France, Patrick Nivet, conseiller municipal et praticien hospitalier honoraire, estime que les futures économies souhaitées par le gouvernement annoncent «des orages sur toutes les structures et les professions» médicales.

RT France :Le gouvernement envisage une réforme du système de santé pour cet été, dont les grandes lignes ont déjà été présentées en février. L'objectif semble clair, avec de futures restructurations et des fermetures d'hôpitaux. Depuis plusieurs mois, les personnels des établissements menacés se mobilisent. Certains déplorent également la saturation du nombre de patients de plus en plus importante, notamment dans les services urgences. Avez-vous constaté cette évolution durant votre pratique ?

Patrick Nivet (P.N.) : C’est une très vieille histoire qui court depuis le début des années 2000. C’est lié, à mon avis, à deux phénomènes. Il y a d'abord un phénomène d'aval : les médecins généralistes se raréfient et, pour ceux qui continuent ou s’installent, ne veulent plus participer à l’urgence dans le cadre de leur activité professionnelle de base. Ils essaient d’éviter tous les phénomènes de garde, les déplacements à domicile et, vu qu’ils ne sont pas très nombreux, ont suffisamment de clients pour les attendre dans leurs bureaux.

L'ensemble des soins d'urgences ne sont donc plus pris en charge par les médecins traitants, et les patients sont bien obligés de se diriger là où on veut bien les accueillir, gratuitement en plus, c'est-à-dire dans les urgences hospitalières. De plus, je considère qu'il y a un deuxième phénomène d’aval : les urgences hospitalières ont en effet connu des regroupements de cliniques privées et quelques fermetures d’hôpitaux. Pour les urgences qui ont été maintenues, elle sont souvent devenues des urgences importantes, très fréquentées, avec un encombrement qui a été créé par l’aval mais qui a été aussi créé par l’amont.

RT France : Que voulez-vous dire par l'amont ?

P.N. : C'est-à-dire que l'on développe de plus en plus dans les hôpitaux des spécialités médicales : le malade diabétique va en diabétologie, le malade qui a un problème vasculaire va en médecine vasculaire, le malade qui doit être opéré va en chirurgie. Mais il y a très peu de services dits de médecine interne [relatif à la médecine générale au sein d'un hôpital]. Ceux-ci se raréfient, et disparaissent quasiment du paysage. Pourtant, ce sont dans ces services où l’on peut mettre des patients âgés, polypathologiques ou qui n’ont tout simplement pas de diagnostic. Des patients qui ont, par exemple, une fièvre sans que l’on sache si c’est une affection, un cancer ou autre chose.

RT France : Concrètement, vous l’avez remarqué au sein de l’hôpital où vous exerciez ?

P.N. : J’étais médecin interniste. Dans mon hôpital, j’étais dans le service interne mais il a été démembré pour l’essentiel en services de spécialité. Et ça a été toute l’histoire de l’hôpital durant les 20 ou 30 dernières années. Dans l’hôpital de Libourne, il y avait deux grands services de médecine interne, et un troisième lié à la gériatrie. Sur ces trois services qui devaient faire entre 90 et 120 lits, il ne reste plus que 25 lits aujourd'hui. Donc n’ayant plus beaucoup de services de médecine interne, les malades, qui ne relèvent pas d’une spécialité précise, restent aux urgences en attendant de trouver une bonne âme qui veuille bien les prendre en charge.

L’histoire de l’hôpital, depuis plus de 15 ans, c’est une espèce de nomadisme de prise en charge des malades

Puisque les hôpitaux se découpent en spécialités, il y a de moins en moins de lits pour prendre en charge les malades de médecine générale. Les patients se retrouvent alors sur des lits évidemment libres, et souvent il s’agit des lits du service de chirurgie. Au grand dam des chirurgiens qui ont peur ensuite de ne plus pouvoir prendre de malades en service de chirurgie, mais aussi au grand dam de médecins qui doivent prendre en charge leurs patients en service de chirurgie... L’histoire de l’hôpital, depuis plus de 15 ans, c’est ainsi une espèce de nomadisme de prise en charge des malades. Cela continue et cela s'aggrave.

RT France : Les urgences manquent donc de lits ?

P.N. : Les urgences ont des lits d’accueil qui sont très vite saturés. Les urgences n’ont que pour solution, de faire sortir très vite les gens des urgences, en prenant souvent des risques de diagnostics ou, alors, de mettre les patients en service de chirurgie, si celui-ci a des places. De fait, l’hôpital, qui est le réceptacle de toutes les urgences, a énormément de mal à trier entre les petites, moyennes et grandes urgences. Quelqu’un qui a une douleur dans la poitrine, le diagnostic n’est pas toujours clair. Cela peut être un infarctus, ou rien du tout. Ce n’est pas toujours facile de régler le problème du diagnostic en cinq minutes.

Les urgences sont en permanence mises en difficulté, obligées de faire des diagnostics rapides pour trier les patients

Par exemple, à Libourne récemment, il y a un monsieur de 44 ans qui est entré aux urgences pour de la fièvre. C’était un triathlète qui faisait donc de la natation, du vélo et de la course à pied. Aux urgences, on lui a dit que c’était la grippe et il est sorti. En fait, il avait une leptospirose et il est mort dans les huit jours. Les symptômes initiaux peuvent ressembler à la grippe ou à une fièvre virale banale. Mais pour faire la part des choses, il faut garder le malade entre 24 et 48 heures. Dans le contexte des urgences saturées, on peut comprendre qu’un urgentiste bousculé ait pu lui dire : «Ecoutez, voyez votre médecin demain, a priori, ce n’est pas grave.» Les urgences sont en permanence mises en difficulté, obligées de faire des diagnostics rapides pour trier les patients.

 

RT France :Quelles solution préconisez-vous ?

P.N. : Si on voulait renverser le phénomène, il faudrait que les médecins généralistes soient plus nombreux, prennent mieux en charge les urgences à domicile comme autrefois, trient eux-mêmes les malades – d’autant plus facilement qu’ils les connaissent. Il est évident que cela permettrait de faire en sorte qu’il y ait moins de malades arrivant aux urgences. Deuxièmement, s’il y avait davantage de lits de médecine générale dans les hôpitaux, c’est-à-dire en médecine interne, il est bien évident que cela créerait plus de possibilités de prise en charge raisonnée pour les urgentistes. Il faut réinventer la médecine générale à l’hôpital, notamment pour tous les hôpitaux de proximité de moyenne importance, et pour les CHU [Centre hospitalier universitaire] dans les grandes villes. Aussi, pour que les médecins traitants refassent de la médecine d’urgence, il faut qu’ils soient plus nombreux et, là, on touche à un problème.

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https://francais.rt.com/france/52058-patrick-nivet-sur-la-reforme-de-la-sante-et-les-futures-fermetures-d-hopitaux-on-est-a-l-os

 

 

Tag(s) : #Services publics, #Santé
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