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L'ouvrier-métallurgiste Benoît Frachon, devenu secrétaire-général de la CGT, dans le Maitron

 téléphoniques. Avec ses camarades, il prêcha l’abstention lors des élections législatives de 1910. Chaque dimanche, les membres du groupe se retrouvaient, confrontant leurs idées et leurs espérances. La fréquentation assidue de la Maison du Peuple du Chambon élargit l’univers du jeune ouvrier qui participa au « groupe artistique éducatif de la maison syndicale » – il tint quelques rôles dans des pièces « sociales ». Surtout par les nombreuses lectures – de Descartes à Flammarion – que lui permettait la bibliothèque, il pénétra dans les mondes nouveaux du roman, de la philosophie, de la science. « Dans ce petit groupe, écrira-t-il dans ses Mémoires, nous avions de dix-sept à vingt ans, nous étions nés à la lutte des classes en plein centre anarchiste et anarcho-syndicaliste.

Nous étions encore ignorants des courants qui se heurtaient, y compris à l’intérieur de la CGT. » Frachon, qui a participé à la grève générale de décembre 1912 contre la loi de trois ans, est appelé au service militaire en 1913. Comme pour beaucoup de jeunes gens issus des couches populaires, ce fut l’occasion pour lui de quitter pour la première fois son pays natal. Affecté dans le service auxiliaire à cause de sa forte myopie, il se trouvait au magasin d’habillement du 30e régiment d’artillerie à Orléans lorsque la guerre éclata. Réintégré alors dans le service actif, il fut mobilisé comme ouvrier à l’Arsenal de la Marine de Guérigny dans la Nièvre : sa qualification professionnelle lui évita ainsi le front.

Dans ce milieu ouvrier fortement syndicalisé aux traditions très spécifiques, Frachon découvrit le passage de la CGT à l’Union sacrée. Il se sentit proche des positions de Merrheim contre la participation de la CGT à l’effort de guerre. À l’Arsenal, le syndicat des ouvriers mobilisés – qui seront 1 800 en 1917 – était en place. Sa participation à une action de refus d’effectuer des corvées nouvelles lui valut d’ailleurs d’être muté dans un autre atelier.

Comme nombre d’usines, l’Arsenal de Guérigny connaissait en 1917 le mécontentement provoqué par la hausse des prix, l’aggravation des conditions de travail, la poursuite d’une guerre dont l’issue n’apparaissait pas, tandis que le choc des révolutions russes alimentait des discussions passionnées. Frachon, qui entretenait des relations suivies avec ses camarades du bassin de la Loire – où l’opposition à l’Union sacrée était vive –, et qui se déplaça plusieurs fois à Bourges – autre lieu de lutte syndicale intense contre la guerre – devint un fervent partisan de la Révolution d’Octobre. Aussi son élection comme délégué suppléant de son atelier en janvier 1918 prit-elle une nette signification d’opposition à la guerre, d’autant que le délégué titulaire était connu pour avoir les mêmes opinions que lui. « Ramassé », selon son expression, dans la relève des jeunes classes, Frachon quitta Guérigny ce même mois et reçut diverses affectations dans l’aviation, où il poursuivit sa propagande personnelle contre la guerre.

C’est près de Belfort que l’armistice le surprit. Après une brève participation à l’occupation de la Rhénanie, il fut démobilisé le 19 août 1919. Le 8 septembre 1919, il était de retour au Chambon-Feugerolles. C’est à ce moment qu’il adhéra à la SFIO : la séparation avec l’anarchisme était bien en marche. La difficulté de trouver du travail dans la région stéphanoise conduisit Frachon à partir pour Marseille. Il travailla dans l’entreprise métallurgique Giraud-Soulay, où il devint vite délégué d’atelier. Il négocia à ce titre au cours de deux conflits avec la direction, et déclina l’offre d’un des directeurs de le nommer contremaître. Surtout, il se trouva au cœur des controverses et des affrontements sur l’orientation syndicale, et chemina alors vers une rupture complète avec les conceptions anarchosyndicalistes, tout en passant un temps très court par la « gauchiste » Confédération des travailleurs du monde, et en ferraillant sans cesse contre les dirigeants réformistes et la collaboration de classe.

Revenu au Chambon, Frachon fut embauché en juin 1921 dans une grosse entreprise de métallurgie, la Société anonyme des aciéries et forges de Firminy, qu’il dut quitter après avoir refusé d’usiner des réservoirs de torpilles. Ses activités syndicales lui valurent ensuite d’être encore plusieurs fois renvoyé, mais il put à chaque fois, sa qualification aidant, retrouver du travail. Il devint en 1922 secrétaire du syndicat des métaux du Chambon.

Partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale, il fut membre de la section locale du Parti communiste après le congrès de Tours. Candidat à des élections municipales partielles en 1922, il fut élu et devint adjoint au maire du Chambon. Mais le mandat municipal ne le passionnait guère. « C’était le mouvement de masse, le travail syndical qui continuaient à capter mon attention » écrira-t-il. Aussi bien, démissionne-t-il le 25 août 1924 de ce mandat électif.

À la fin de 1924, Benoît Frachon est secrétaire permanent de l’Union départementale CGTU. Il avait préalablement participé, comme secrétaire du syndicat des métallos, au congrès constitutif de la CGTU, du 26 juin au 1er juillet 1922, à Saint-Étienne. Son autorité s’était affirmée, en mars-avril 1924, avec la grande grève des métallurgistes foréziens, conduite par les militants communistes de la CGTU, et qui avait rassemblé jusqu’à 20 000 grévistes. Arrêté avec d’autres dirigeants pour atteinte à la liberté du travail, Frachon était condamné à quatre mois de prison et 200 francs d’amende. La grève contribua beaucoup, grâce à l’activité intense, sur le terrain, des communistes de la CGTU qui surent rassembler autour d’eux les métallurgistes, à battre la direction anarcho-syndicaliste de l’Union départementale CGTU.

En novembre 1924, le congrès de l’UD-CGTU de la Loire approuva la motion d’orientation des amis de Frachon, qui se prononçaient « contre un syndicalisme de secte, pour un syndicalisme de masse ». Frachon devint ainsi secrétaire de l’UD-CGTU, et permanent. Dans ces nouvelles fonctions, il prit, en mars 1925, l’initiative d’une conférence de tous les syndicats de la Loire, expérience, pour l’heure sans lendemain, d’unité d’action, qui se heurta à de vives réticences parmi les dirigeants de la CGTU, mais que Frachon devait toujours considérer comme positive.

Parallèlement, l’influence politique du jeune dirigeant croissait dans le Parti communiste : il contribua à faire accepter les orientations de l’Internationale dans le rayon de Saint-Étienne. Membre du comité de rayon en 1924, il devint, en janvier 1925, secrétaire de la commission syndicale d’une nouvelle et vaste région du Parti communiste qui comprenait le Rhône, la Loire, la Saône-et-Loire, la Haute-Loire, l’Ain, le Jura, l’Ardèche, une partie de l’Isère : Frachon accédait ainsi à une importante responsabilité dans l’organisation communiste, au poste essentiel du travail syndical.

Cette année-là, le 25 avril, il se maria avec Marie-Louise Péalat, née au Chambon, couturière. De ce mariage naîtra un fils, Henri, le 7 janvier 1929. C’est comme secrétaire d’UD-CGTU qu’il fit partie de la délégation française à la conférence d’organisation et à la sixième session du Comité exécutif de l’Internationale (février-mars 1926) : il en tira pleine confirmation de son engagement politique – par les travaux de la conférence comme par la découverte de la construction d’une société nouvelle – et conviction que dans les rangs communistes eux-mêmes, les obstacles ne manquaient pas à la mise en œuvre « d’une activité nouvelle, de structures nouvelles » (Mémoires).

Retour de Moscou, Frachon remplaça le secrétaire de la région lyonnaise du Parti communiste parti à l’école de l’IC. En juillet 1926, lors du congrès de Lille, il devint membre du Comité central. À Lyon, il impulsa un Parti communiste déjà en partie réorganisé sur les bases nouvelles, veillant notamment à la vie des cellules d’entreprise, luttant avec efficacité contre les influences trotskystes, cherchant à prendre pied dans la paysannerie, exaltant l’exemple soviétique, développant la lutte antimilitariste, ce qui lui valut en 1928 d’être encore condamné – mais il fut acquitté en appel.

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Tag(s) : #Histoire
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