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Jair Bolsonaro salue la foule après avoir voté le 28 octobre à Rio de Janeiro. Photo : Mauro Pimentel/AFP/Getty Images

Jair Bolsonaro salue la foule après avoir voté le 28 octobre à Rio de Janeiro. Photo : Mauro Pimentel/AFP/Getty Images

Les Crises

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil dimanche soir. Le candidat d’extrême droite a obtenu plus de 55% des votes valides. Son opposant, Fernando Haddad, du Parti des travailleurs, en a recueilli moins de 45%. Dans un pays où le vote est obligatoire, près de 29 % des adultes ont préféré voter blanc ou s’abstenir.

Dans toutes les rues des villes brésiliennes, on a entendu des feux d’artifice, des cris et des coups de klaxon à la proclamation des premiers résultats des élections. Des milliers de sympathisants, dont beaucoup vêtus de vert et de jaune, se sont rassemblés devant la résidence du président élu à Rio de Janeiro, face à la mer. Dans la rue principale de São Paulo, l’Avenida Paulista, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour séparer les électeurs d’Haddad et ceux de Bolsonaro.

Bolsonaro, qui s’est adressé aux médias tout au long de sa campagne, a choisi de faire sa première déclaration après l’élection lors d’un Live Facebook, plutôt que lors d’une conférence de presse. « Nous ne pouvions pas continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme et l’extrémisme de gauche », a-t-il déclaré. Le live a été retransmis par les principales chaînes de télévision, mais il a été interrompu à plusieurs reprises en raison de problèmes de connexion. « Toutes les promesses faites aux groupes politiques et au peuple seront tenues », a-t-il ajouté.

Peu de temps après, il est sorti, a fait une brève déclaration aux médias et a demandé à l’un de ses plus ardents partisans, le sénateur Magno Malta, de mener le groupe dans la prière. Il a ensuite lu une déclaration écrite et répondu aux questions d’un représentant de la presse.

A l’origine, le Parti des Travailleurs avait pour candidat l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva [Lula], qui était le grand favori dans les sondages. Cependant, son parti a été contraint à le remplacer en dernière minute par Haddad, un ancien maire de São Paulo qui n’avait pas réussi à se faire réélire en 2016, après que Lula a été envoyé en prison après une condamnation – sujette à caution – pour corruption, et il était clair que les instances de justice supérieures n’allaient pas casser cette condamnation. Handicapé par une campagne qui a démarré tardivement et par l’absence de notoriété au plan national, Haddad a eu du mal à se faire connaître et à prendre ses distances avec la réputation qui liait son parti à la corruption et au statu quo. Néanmoins, grâce à la base solide du Parti des travailleurs et au message « Haddad, c’est Lula », cet universitaire de 55 ans a passé le premier tour des élections du 7 octobre, remportant 29 % des voix dans un scrutin à 13 candidats.

Les élections de cette année ont été particulièrement difficiles, marquées par une polarisation radicale, une violence politique et des campagnes de désinformation massives sur les médias sociaux, dans un pays qui a été secoué par des années de crises sociales, économiques et politiques. Depuis 2013, des millions de personnes de toutes tendances politiques sont descendues à plusieurs reprises dans les rues pour manifester ; le Brésil a lutté pour sortir de la pire récession de l’histoire ; des scandales de corruption massive ont déstabilisé les institutions politiques et les principaux acteurs économiques ; l’ancienne présidente Dilma Rousseff (également du Parti des travailleurs) a été destituée pour des motifs contestables ; son successeur, le président Michel Temer, (le dirigeant le plus détesté de l’histoire démocratique du Brésil), a imposé une série de mesures d’austérité impopulaires ; et Lula a été emprisonné, un processus qui a exposé le pouvoir judiciaire à des critiques incessantes pour sa posture partisane.

 

Des partisans de Bolsonaro défilent avec un simulacre de cercueil représentant le Parti des travailleurs, à Rio de Janeiro, Brésil, lors du second tour des élections présidentielles, le 28 octobre 2018. Photo : Carl de Souza/AFP/Getty Images

Bref, toutes les grandes institutions politiques se sont trouvées de plus en plus discréditées à mesure que le Brésil sombrait de plus en plus profondément dans le gouffre. De cet abîme a émergé Jair Bolsonaro, un ancien capitaine de l’armée qui avait à son actif six mandats de député de Rio de Janeiro, qui brandissait le slogan « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », et promettait de résoudre tous les problèmes grâce à une politique sans concession.

Il y a sept ans, Bolsonaro était la vedette de l’émission humoristico-politique CQC, où il faisait des déclarations outrancières. Une ancienne présentatrice, Monica Iozzi, a déclaré qu’il avait été interviewé à plusieurs reprises « pour que les gens puissent constater la médiocrité des représentants que nous élisions ». Maintenant, c’est Bolsonaro qui rit, et Iozzi déclare regretter de lui avoir accordé du temps d’antenne. Surfant sur la vague de mécontentement public, Bolsonaro fait campagne contre le Parti des Travailleurs, la corruption, les politiciens, la criminalité, le « marxisme culturel », les communistes, la gauche, la laïcité et les « privilèges » des groupes marginalisés au cours de l’histoire. Il prônait plutôt les « valeurs familiales traditionnelles », le « patriotisme », le nationalisme, l’armée, une nation chrétienne, les armes à feu, davantage de violence policière et une économie néolibérale qui promettait de revitaliser l’économie. Bien que son programme politique actuel ne contienne pas de propositions concrètes, l’énergie déployée autour de sa candidature a suffi pour remporter la présidence et faire de son parti social libéral, auparavant insignifiant, le deuxième groupe au Congrès.

Mais ce qui a effrayé ses opposants, de nombreux observateurs internationaux et même de fervents critiques du Parti des Travailleurs, ce sont les déclarations répétées de Bolsonaro en faveur de la dictature militaire du Brésil, de la torture, des exécutions sommaires par la police, de la violence contre les LGBTQ, les Afro-Brésiliens, les femmes, les indigènes, les minorités, les opposants politiques, ainsi que son opposition aux principes et aux règles démocratiques.

Voici le prochain président du Brésil, dans ses propres termes et au fil des années. Dans les mois qui viennent, le Brésil et le monde entier découvriront si Bolsonaro tiendra ces promesses radicales lorsqu’il prendra ses fonctions, le 1er janvier 2019 :

« Je suis pour une dictature, pour un régime d’exception. »

– Session publique à la chambre des députés en 1993

Interviewer : Si vous étiez président de la République aujourd’hui, vous passeriez-vous du Congrès ?

« Il n’y a aucun doute là-dessus. Je ferais un coup d’État le jour même ! Ça [le Congrès] ne marche pas ! Et je suis sûr qu’au moins 90 % de la population ferait la fête, applaudirait, parce que ça ne marche pas. Le Congrès aujourd’hui n’est bon à rien, mon frère, il vote juste ce que le président veut. Si c’est lui qui décide, qui gouverne, qui domine le Congrès, alors faisons un coup d’État rapidement, allons directement à la dictature. »

– Émission Câmara Aberta TV, le 23 mai 1999

« Le pau-de-arara [une technique de torture] fonctionne. Je suis pour la torture, vous le savez. Et le peuple aussi y est favorable. »

– Émission Câmara Aberta TV, le 23 mai 1999

« Par le vote, vous ne changerez rien dans ce pays, rien, absolument rien ! Malheureusement, cela ne changera que lorsque, un jour, nous déclencherons une guerre civile ici et ferons le travail que le régime militaire n’a pas fait. Tuer quelque 30 000 personnes, à commencer par FHC [le président de l’époque, Fernando Henrique Cardoso], pas les mettre dehors, les tuer ! Si des innocents doivent mourir, ce n’est pas grave, dans toutes les guerres, il y a des innocents qui meurent. »

– Émission Câmara Aberta TV, le 23 mai 1999

« Je ne me battrai ni ne ferai de discrimination, mais si je vois deux hommes s’embrasser dans la rue, je les passe à tabac. »

– Journal Folha de São Paulo, le 19 mai 2002

« Je suis un violeur maintenant. Je ne te violerais jamais, parce que tu ne le mérites pas… salope ! »

– Rede TV, s’adressant à la députée Maria do Rosário, le11 novembre 2003

 

Jair Bolsonaro rend hommage à ses partisans lors d’un rassemblement à Curitiba, au Brésil, le 28 mars 2018. Photo : Hueler Andrey/AFP/Getty Images

« Je serai incapable d’aimer un enfant homosexuel. Ne soyons pas hypocrites : je préférerais que mon fils meure dans un accident plutôt que de se ramener avec un moustachu. Pour moi, il serait mort.

« Si votre fils commence à se comporter un peu comme un gay, frappez-le avec du cuir, et il changera d’attitude. »

– Participação Popular, TV Câmara, le 17 octobre 2010

Preta Gil, actrice et chanteuse : Si votre fils tombait amoureux d’une femme noire, que feriez-vous ?

« Oh, Preta, je ne vais pas parler de débauche avec n’importe qui. Je ne cours pas ce risque car mes enfants ont été très bien élevés et n’ont pas vécu dans le genre d’environnement que, malheureusement, vous fréquentez. »

– CQC, TV Bandeirantes, le 28 mars 2011

« Si un couple homosexuel vient vivre à côté de chez moi, ça fera baisser la valeur de ma maison ! S’ils se promènent main dans la main et s’embrassent, ça la dévalorise. »

– Playboy Magazine, le 7 juin 2011

Interviewer : Êtes-vous fier de l’histoire de la vie d’Hitler ?

« Non, de la fierté, je n’en ressens pas, Ok ? »

Interviewer : Vous l’aimez bien ?

« Non. Ce que vous devez comprendre, c’est la chose suivante : La guerre est la guerre. C’était un grand stratège. »

– CQC, TV Bandeirantes, le 26 mars 2012

Interviewer : Avez-vous déjà frappé une femme ?

« Oui. J’étais encore jeune, dans l’Eldorado, une fille m’a provoqué… »

Interviewer : Vous l’avez plaquée au mur et mis quelques tapes ? Pouah !

« Non, eh bien, non… ( Rires ) Je suis marié. Ma femme ne va pas aimer cette réponse. »

– CQC, TV Bandeirantes, le 26 mars 2012

« Les homosexuels ne trouveront pas la paix. Et je bénéficie de l’immunité [parlementaire] pour dire que je suis homophobe, oui, et très fier de l’être si c’est pour défendre les enfants dans les écoles. »

– TWTV, le 5 juin 2013

 

Jair Bolsonaro se fait prendre en photo avec des soldats lors d’un défilé militaire à Sao Paulo, Brésil, le 3 mai 2018. Photo : Nelson Almeida/AFP/Getty Images

« Je n’emploierai pas [une femme] au même salaire [qu’un homme]. Mais il y a beaucoup de femmes qui sont compétentes. »

– SuperPop, RedeTV!, le 15 février 2016

« Au-delà du “Brésil avant tout”, puisque nous sommes un pays chrétien, “Dieu avant tout !” Ce n’est pas cette histoire, cette petite histoire d’État laïc. C’est un État chrétien, et si une minorité s’y oppose, alors bougez ! Construisons un Brésil pour les majorités. Les minorités doivent s’incliner devant les majorités ! La loi doit exister pour défendre les majorités. Les minorités doivent s’intégrer ou simplement disparaître ! »

– Rassemblement à Campina Grande, Paraíba, le 8 février 2017

« C’est avec la violence qu’on combat la violence. »

– The Noite avec Danilo Gentili, SBT, le 20 mars 2017

« J’y suis allé avec mes trois fils. Oh, l’autre y est allé aussi, il y avait le quatrième. J’en ai un cinquième aussi. J’avais quatre gars et le pour le cinquième, j’ai eu un moment de faiblesse et c’est une fille qui est apparue. »

– Discours au Hebraica Club, Rio de Janeiro, le 3 avril 2017

« Si je [deviens président], il n’y aura pas d’argent pour les ONG. Ces [gens] qui ne sont rien devront se mettre au travail. Si j’y arrive, je suis favorable à ce que chaque citoyen ait une arme à feu chez lui. Vous n’aurez pas un centimètre de délimitation pour les réserves indigènes ni les quilombolas [implantations de descendants d’esclaves évadés ou affranchis qui bénéficient d’un statut de protection]. »

– Discours au Hebraica Club, Rio de Janeiro, le 3 avril 2017

« Quelqu’un a-t-il déjà vu un Japonais mendier ? Parce que c’est une race qui connaît la honte. Ce n’est pas comme cette race ici, ou comme une minorité marginalisée qui passe son temps à ruminer. »

– Discours au Hebraica Club, Rio de Janeiro, le 3 avril 2017

« Le gros problème au Brésil, c’est que le gouvernement veut saigner les hommes d’affaires. … Le travailleur devra décider : moins de droits et un emploi, ou bien tous les droits et le chômage. »

– Rassemblement à Deerfield Beach, Floride, le 8 octobre 2017

« Je donnerai carte blanche à la police pour tuer. »

– Rassemblement à Deerfield Beach, Floride, le 8 octobre 2017

« Comme j’étais célibataire à l’époque, j’ai utilisé l’argent de mon indemnité [de parlementaire] pour baiser. »

– TV Folha, le 11 janvier 2018

« Ce groupe, s’il veut rester ici, devra se soumettre à notre loi à tous. Partez ou bien vous irez en prison. Ces marginaux rouges seront bannis de notre patrie. »

– Discours vidéo en direct lors d’un rassemblement à São Paulo, le 21 octobre 2018

« Vous n’aurez plus d’ONG pour assouvir votre appétit de gauchiste. Ce sera un nettoyage sans précédent dans l’histoire du Brésil. »

– Discours vidéo en direct lors d’un rassemblement à São Paulo, le 21 octobre 2018

« Vous verrez une armée fière qui contribuera à l’avenir du Brésil. Vous, les petralhada [terme péjoratif désignant les partisans du Parti des Travailleurs], vous aurez sur le dos une police civile et militaire appuyée par le système judiciaire pour faire respecter la loi. »

– Discours vidéo en direct lors d’un rassemblement à São Paulo, le 21 octobre 2018

Mise à jour le 28 octobre 2018, 20 h 02 heure du Brésil.

Ce billet a été mis à jour avec des détails sur les résultats des élections et la première déclaration de Bolsonaro en tant que président élu.

Mise à jour le 28 octobre 2018, 21 h 25 heure du Brésil.

Ce billet a été mis à jour avec les résultats définitifs des élections.

Source The Intercept, Andrew Fishman

 

Tag(s) : #Amérique latine Brésil
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