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La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences
La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences
et consumimur igni 

La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

Le Grand débat a été un fiasco coûteux, nous le savons déjà, un simple élément dans la propagande macronienne. Mais il était difficile pour ce gouvernement de lobbyistes de l’admettre. Aussi Edouard Philippe s’est lancé dans une surenchère de mensonges assez inédite, même si nous sommes habitués depuis longtemps. Comme l’on remarqué plusieurs commentateurs, Philippe veut tenter de nous faire croire que les Français seraient partisans finalement de ses réformes pourries et donc que le Grand débat confirmerait leur bien fondé[1]. Dans cette escroquerie intellectuelle il y a trois niveaux de mensonges :

- d’abord sur le fait que les questions étaient très orientées de façon à faire ressortir des choix binaires du type, si vous voulez baisser les impôts, il faut baisser les dépenses publiques et donc fermer des maternités, des écoles, ou des lignes de chemins de fer. C’est ce que disait une des garantes du Grand débat qui émettait des doutes sur sa sincérité. Nadia Bellaoui, garante du grand débat, émet 2 réserves :

1) Les questions étaient « problématiques », leur « formulation binaire » et elles étaient « orientées ».


2) « L'hyper-médiatisation du président de la République » qui a pu « nourrir le doute sur la nature du grand débat ».

Ces deux remarques expliquent pourquoi ce sont seulement les macroniens qui ont participé à cette farce, les autres s’en sont tenus à l’écart. Le Cevipof a donné une analyse sociologique des participants au Grand débat, leur profil est grosso modo celui des électeurs de Macron. C’est quelque chose qui est peu commenté, mais qui pourtant est décisif. Je recopie ce tableau que j’ai déjà donné mais qu’il faut garder en tête pour analyser correctement les résultats.

  

La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

Romaric Godin dans l’article de Médiapart déjà cité, soulignait que les zones qui sont prospères, comme Paris et la Région lyonnaise étaient surreprésentées, tandis que les zones rurales étaient restées à l’écart. Il en déduisait lui aussi que les répondants étaient d’abord les représentants de la France qui va bien et qui souffre très peu de la mondialisation.

- le second niveau de mensonge porte sur la quantité des contributions.

Voilà ce qu’écrit Le Monde sur cette question : 

« Les données relatives au grand débat étaient ouvertes, et donc accessibles à tout un chacun. Nous les avons donc analysées quantitativement. Les chiffres donnés par le gouvernement sont parfaitement exacts ; néanmoins, ils ne reflètent pas la qualité extrêmement variable des contributions.

Il ressort ainsi que :

certains contributeurs ont copié et collé des dizaines (voire des centaines) de fois leur texte ; 

plus de la moitié des textes rédigés comportent moins de dix mots ;

plus de la moitié des textes rédigés sont en fait des doublons. »[2] 

En clair cela veut dire que les macroniens ont triché pour gonfler le nombre des participants, mais aussi pour donner des réponses conformes à ce qu’attendait l’exécutif.

Il semble bien que les 1,5 millions de contributions aient été écrites par 220 000 participants ! Soit un peut moins de 0,5% du corps électoral, c’est une participation très faible et donc forcément non représentative. Les réponses ont encore bien moins de valeur que celles d’un sondage où, même si on manipule leurs résultats à coups de redressements plus ou moins obscurs, ils sont construits à partir d’un échantillon dit représentatif.

Rien que cette limite plombe déjà la fiabilité des résultats en ce qui concerne la « restitution ». Ils vont au contraire confirmer que le gouvernement et Macron ont pris la dangereuse habitude de mentir sur tout et sur n’importe quoi. Mais les Français dans leur très grande majorité accordent peu de crédit à ce qu’ils racontent, que ce soit sur les chiffres des manifestations du samedi ou sur le reste.

- le troisième niveau de mensonge de ce gouvernement porte sur l’interprétation des résultats. Ce qui était attendu en somme. Par exemple sur l’ISF, on sait que c’est là une revendication des gilets jaunes : retour de l’ISF. Mais cette volonté de retour dépasse dans tous les sondages les 70% et flirte avec les 80%[3]. Or Edouard Philippe retient que seulement 10% des personnes qui ont répondu au Grand débat souhaitent son retour ! Soit Philippe est un menteur – ce dont on ne doute pas – soit les Français qui ont participé à cette mascarade du Grand débat ne sont que des macroniens et donc ne sont pas représentatifs de quoi que ce soit. Ou peut-être bien les deux. Marianne a compris qu’il y avait comme un défaut dans la présentation de Philippe qui semble croire que les Français sont aussi stupides que lui et a levé le lièvre[4]. 

La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences 

Voilà la façon gouvernementale de présenter ces résultats, c’est ce qu’en retiendra Macron en disant : « voilà ce que veulent les Français » 

Pascal Perrineau, l’un des garants du Grand débat, soulignait que les questions avaient été complétement orientées pour faire apparaître une volonté de baisse des dépenses publiques et une demande conjointe de baisse d’impôts[5].

L’idée tordue de l’exécutif est la suivante, elle était reprise lundi dernier par Philippe, mais elle avait été avancée déjà par Macron lors de ses shows en province : vous voulez une baisse d’impôts ?

D’accord, mais alors ne venait pas pleurer si on privatise les services publics. Ils vont en effet reprendre cette idée saugrenue en cachant les idées de privatisations des biens et des services publics derrière la volonté populaire qui se serait exprimée.

Comme on le voit l’exécutif tend à nous démontrer que les réformes voulues par Macron vont dans le sens d’une demande populaire et donc que le mouvement des gilets jaunes ne sert à rien. Sauf que si le mouvement des gilets jaunes n’avait servi à rien, Macron aurait-il mis en place le Grand débat ? Sauf que les répondants au Grand débat sont représentatifs de l’électorat macronien et de la droite en général. On voit par exemple qu’ils considèrent qu’il faut revoir les conditions d’attribution des aides sociales. C’est là un thème qui plait à ceux qui n’en ont pas besoin par définition, mais on ne met pas ça en balance avec le fait justement qu’il faudrait peut-être revoir les conditions de subvention des entreprises : les aides aux entreprises privées représentent 200 milliards d’euros[6] ! C’est une grande contradiction parce que si les lois du marché fonctionnaient au mieux, les entreprises n’auraient pas besoin d’aides publiques.

Le CICE est une dépense très élevée, elle se monte à 40 milliards d’euros pour la seule année 2019 et à 120 milliards d’euros pour les années 2014-2019 ensemble. Cette mesure est bien plus inefficace que les 120 000 fonctionnaires dont Darmanin veut supprimer les postes qui ensemble coûte environ 3,5 milliards d’euros. Je rappelle que le CICE est une mesure prise par Macron alors ministre de l’économie du malheureux Hollande.

On nous l’avait vendue en disant que cela créerait 1 million d’emplois ! mais au final le CICE n’aurait contribué qu’à la création ou au maintien d’un nombre d’emplois compris entre 50 000 et 100 000, selon les chiffres de Jean Pisani-Ferry un des promoteurs de cette réforme qui consiste à assister le patronat en le subventionnant grassement[7].

Une autre étude de l’INSEE chiffrait l’impact du CICE à 75 000 emplois[8] ! Ce qui est très loin des promesses. Baisser les dépenses publiques, soit, mais lesquelles ? Les salaires des députés ? Les subventions aux entreprises ? Abroger le CICE ? Ou au contraire comme le font Macron et ses sbires abaisser les dépenses sociales, celle de la santé ou de l’éducation. Blanquer a annoncé qu’en 2019, ce sera 2600 postes d’enseignants supprimés dans le secondaire et 1900 créés dans le primaire[9].

Il y a également d’autres manières de financer les services publics, par exemple en intensifiant la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale. Si l’Union européenne ne fait pas grand-chose dans ce domaine, on peut dire que Macron fait encore moins, or l’évasion fiscale c’est entre 80 et 100 milliards d’euros par an au minimum. Cette inertie est même apparue suspecte aux décodeurs du Monde[10]

Cette volonté de mettre en face directement et sans précaution baisse des impôts et baisse des dépenses publiques ne relève pas seulement que de la farce, elle est l’aboutissement de la volonté de faire évoluer le système économique et social européen vers le modèle américain et plus généralement mondialiste. Si on diminue les aides sociales et qu’on augmente celles aux entreprises, le modèle économique et social change de nature et vise à favoriser clairement une hausse des inégalités de revenus. Il y a en effet trois voies pour lutter contre les inégalités de revenus :

1. la progressivité de l’impôt sur le revenu, plus elle est forte et plus la part de l’impôt sur le revenu dans la fiscalité est élevée, et plus les inégalités reculent ;

2. les aides sociales réduisent également les inégalités de revenu, l’observatoire des inégalités nous dit qu’elles les réduisent de moitié[11] ;

3. enfin, si on augmente le SMIC via un coup de pouce gouvernemental, cela resserre aussi les inégalités parce qu’une hausse du SMIC se répercute et modifie le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail.

Comme on le voit, ces trois formes d’intervention sont bannies par le président des très riches, et donc par voie de conséquence, il a fait de son quinquennat une bataille pour accroitre les inégalités, c’est ce qui lui plait et donc, il va se servir des résultats du Grand débat pour continuer dans ce sens.  

La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

Ajoutons à tout cela que le Grand débat dans sa forme et dans la nature même des participants a occulté un thème important qui plombe le quinquennat de Macron : c’est celui des inégalités qui se sont accrues au fil du temps[12]. Or Macron a interdit qu’on en parle, alors que c’est pourtant une des raisons à la révolte des Gilets jaunes.

Les diverses tares que nous avons dénoncées ci-dessus et qui plombent définitivement le Grand débat dans la restitution de ses résultats expliquent pourquoi ceux-ci sont inexploitables et conduisent Philippe et la Macronie à une surenchère dans le mensonge. Roland Berger qui a été choisi pour le dépouillement a commencé à présenter ses propres résultats. Nous avons recopié ci-dessus ceux qui concernent la fiscalité et les dépenses publiques. Comme on le voit, il n’y aucune réponse qui pourrait aller dans le sens d’un consensus de quoi que ce soit.

Aucune réponse n’arrive à 20%. Pire encore, la réponse qui vient en tête des vœux des Français c’est le rétablissement de l’ISF ! En tous les cas il n’est pas à 10% comme le dit le chef de ce gouvernement de menteurs pathologiques, mais à 17%. Certes on peut toujours en déduire que les Français souffrent de la pression fiscale et le disent : c’est ce que tentent de faire croire les pouvoirs publics.

Cependant il serait erroné d’en déduire que cette pression fiscale est fondamentalement trop élevée pour la nation, c’est d’autant plus faux qu’en France on amalgame souvent pression fiscale et prélèvements obligatoires. C’est mensonger, parce que dans ces 46% de prélèvements obligatoires, il y a au moins la moitié qui couvre les dépenses sociales et que celles-ci sont financées non par des impôts ou des taxes, mais par des cotisations sociales payées par les entreprises et par les salariés.

L’OCDE n’a pas peur de diffuser des fake-news et de mentir ouvertement sur les formes de financement de la protection sociale en France, ça fait partir de leur boulot. Pour faire baisse ce chiffre au niveau de la moyenne de l’OCDE, soit 34,25%, il suffirait de privatiser la Sécurité sociale, même en partie ! Ce à quoi l’OCDE encourage vivement la France, bien entendu.  

La comédie du Grand débat, ses mensonges et ses conséquences

Revenons à l’idée générale de pression fiscale, nous savons au moins depuis Pierre de Boisguillebert que ce qui est important, ce n’est pas la charge, mais sa répartition sur les différentes classes, et bien sûr l’usage qu’on fait des recettes fiscales[13]. C’est une révolte contre l’impôt en 1788 qui a annoncé la Révolution française de 1789.  Si la pression fiscale semble s’être accrue sur les plus pauvres – via les taxes indirectes – et sur les classes moyennes, c’est à la fois parce que la croissance reste très faible, et aussi parce qu’on a abaissé la pression fiscale sur les plus riches et seulement sur eux.

La preuve que les plus pauvres ne sont pas contre l’impôt est qu’ils réclament le rétablissement de l’ISF à plus des 3/4[14]. C’est pour eux à la fois une manière de soulager leur propre charge fiscale, un élément de justice sociale, et un moyen de financer des dépenses publiques indispensables. Il faut partir de cette idée : les dépenses publiques sont indispensables, à la fois pour maintenir un régime social protecteur des plus faibles, mais aussi pour équiper et développer le pays. Il est incroyable que les imbéciles qui nous gouvernent n’aient pas encore compris que les investissements publics sont aussi un facteur de production.

Vouloir réduire les dépenses publiques est un non-sens. En règle générale cela engendre à plus ou moins long terme un effondrement de l’économie. Le petit président qui admire tant Margaret Thatcher devrait se souvenir que c’est sur cette question qu’elle a été mise à la porte du gouvernement par son propre parti. On voit que si 70% des Français se montraient réservés sur l’usage dont le pouvoir allait faire du Grand débat, c’était tout à fait fondé.

 

NOTES :


[13] Le détail de la France, 1695.

« Les gilets jaunes luttent pour vos liberté

 

Tag(s) : #Macron
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