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En direct avec la CGT du CARREFOUR du Merlan

Rouge Midi a réussi à coincer, entre deux manifs, réponses au téléphone et accompagnements de salariés, 3 des bouillonnants cgtistes du Merlan Christelle, Florence et Yohann. Par moments, devant le flot des paroles, il a été difficile d’attribuer un prénom aux réponses : les intéressé-e-s nous pardonneront !

 

RM : Vous êtes actuellement en conflit avec la direction de CARREFOUR pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Florence : le cœur du conflit c’est le passage de notre magasin au projet ESSENTIEL ce qui veut dire pour nous 3 300m² de surface de vente en moins, l’externalisation de tous les métiers de bouche (boucherie, fromage…) en commençant par la charcuterie, la mise en place de caisses automatiques, l’installation des marchandises sur des racks (rangements métalliques chargeables directement par chariots avec un lot important de produits identiques) ce qui veut dire la suppression d’au moins la moitié des références donc un choix moindre pour le consommateur…Bref c’est le modèle low-cost appliqué à la distribution et la dissémination des salariés dans des sous-traitants multiples…

RM : Avec des répercussions sur l’emploi sans doute…

Yohann : Bien sûr cela représente déjà 100 suppressions auxquels il faut ajouter celles que la direction veut faire en automatisant les caisses et celles chez la sous-traitance. Par exemple 3 300m² en moins cela fait des emplois en moins dans le nettoyage…
Christelle : on a déjà l’exemple du CARREFOUR d’Avignon où les suppressions d’emplois touchent même les vendeurs pourtant à priori pas concernés aux dire de la direction…

RM : Mais quelles sont les raisons avancées par la direction pour mettre en place ces choix ?

(en chœur) Améliorer les résultats ! Par exemple ils disent qu’ici le Merlan perd 7 millions par an. Nationalement ils expliquent que le modèle hypermarché est dépassé.

RM : D’un autre côté le commerce de proximité c’est bien non ?

Florence : mais justement ici Le Merlan est un commerce de proximité implanté en plein milieu des quartiers Nord !
Yohann et Christelle : et puis il y avait les CARREFOUR CONTACT qui jouaient ce rôle et ils les ont fermés. Maintenant ils passent aux CARREFOUR MARKET qu’ils franchisent.
Ils veulent juste être une marque et laisser des petites entités se gérer elle-même sans la garantie de stabilité que pourrait apporter un groupe envers lequel elles auront le devoir de verser un pourcentage des recettes en échange de l’apposition du logo. C’est le modèle américain de Mac Do. Une marque source de dividendes simplement en louant des locaux.

RM : syndicalement que faites-vous face à cela ?

D’abord il a fallu informer les salariés et la clientèle. On a fait une manifestation nationale à Paris le 14 juin, jour de l’assemblée des actionnaires pour dénoncer la version de la direction et des soi-disant difficultés qu’elle rencontre. On a fait la vérité des chiffres : l’entreprise a déclaré 773 millions de bénéfices en 2018 dont elle a reversé 345 millions à ses actionnaires. Le PDG « gagne » 7 millions d’euros par an de salaire et 7 millions de primes : 40 000€ par jour ! Le montant du salaire annuel de 3 salariés. Rien qu’avec son revenu on pourrait embaucher près de 1100 salariés à temps plein !!
On a fait une pétition qui a eu un très bon accueil et a été massivement signé par la clientèle. Les gens nous disent : « prévenez-nous si vous faîtes un mouvement on vous soutient ! ». Les salariés sont bien sûr à fond derrière nous. Le problème c’est que beaucoup sont à 30h et donc payés en-dessous du SMIC ce qui nous limite pour des actions de grève puissantes et longues : et la direction le sait et donc elle cherche à passer en force.

RM : Vous tentez une action en justice. C’est une première…

Florence et Christelle : Oui mais d’abord il faut dire que nous voulions faire faire, dans le cadre du droit d’alerte, une expertise indépendante des comptes. Les autres syndicats qui sont majoritaires au CSE grâce à une alliance entre minoritaires (CFDTCGC) l’ont refusée. C’est d’autant plus scandaleux qu’un calcul rapide montre que le montant du CICE peut être évalué pour notre magasin à près de 17400€ par salarié soit 7 millions d’euros : autant que le pseudo déficit dont se plaint la direction : où est passé cet argent ? A quoi a-t-il servi ? Et s’il y a déficit d’où vient-il ? Une expertise indépendante aurait certainement éclairé sur les réponses à ces questions qui sont, elles, essentielles. L’attitude des autres organisations syndicales est d’autant plus scandaleuse que nous constatons tous les jours la volonté de la direction de désorganiser la production et de laisser des pans entiers du magasin à l’abandon.

Yohann  : Alors oui nous avons saisi la justice pour qu’elle se prononce en urgence sur le fond de ce dossier ce qui nécessite une autorisation du président du TGI de Marseille. Nous voulons que la justice de ce pays dise et juge qu’il y a eu détournement des fonds du CICE destinés selon la loi : « financer les dépenses d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement » et ne doit pas servir à « financer une hausse des bénéfices distribués, ni augmenter les rémunérations des dirigeants de l’entreprise. » C’est exactement ce que CARREFOUR a fait en se servant du CICE pour « acheter des caisses automatiques » (mangeuses d’emplois) comme l’a dit avec cynisme un directeur à la CGT récemment.

Qu’attendez-vous de la justice ?

Nous voulons au principal que la justice sanctionne le détournement d’objet du CICE (près de 2 milliards au plan national, somme avec laquelle CARREFOUR aurait pu créer plus d’un million d’emplois à temps plein) qui vient de nos poches de contribuables et qu’elle annule le projet ESSENTIEL qui doit démarrer chez nous le 1er novembre. A tout le moins elle peut en s’appuyant sur la jurisprudence dire qu’il y a eu « légèreté blâmable » de la part de la direction.
Nous voulons aussi que la justice constate les mesures de discriminations et de répression que la direction de CARREFOUR met en œuvre pour que son projet aboutisse coûte que coûte, les inégalités de traitement…
Le fait que le juge ait reconnu l’urgence et nous donne la possibilité de plaider notre cause le 17 octobre à 8h45 au TGI de Marseille est bien sûr un encouragement pour nous…Et une claque pour la direction qui, loin d’attendre l’audience, multiplie les courriers aux salariés concernés pour les pousser à accepter d’être externalisés et en même temps essaie d’accélérer les travaux de modification du magasin prévus dans le cadre de son projet. Si on gagne ici, à la suite ce sont 220 magasins qui seront concernés !

Quelles sont les réactions parmi vos collègues ?

Il y a d’abord la réaction des premiers concernés, les camarades de la charcuterie : ils sont à fond avec nous. Et puis il y a tous ceux du magasin qui sont très contents (curieusement les autres syndicats se taisent…). Et puis enfin il y a la solidarité des autres magasins et des camarades de la CGT en général. On sent un réel enthousiasme. Il y a plein de partage de notre page Facebook. On reçoit plein de messages d’encouragement. Des camarades de magasins hors BDR nous annoncent qu’ils seront là le 17 et comme en plus c’est le jour du meeting à la centrale, on fera coup double ce jour-là qui sera marqué du sceau de la solidarité !

Quelles suites envisagez-vous après le 17 ?

Yohann : soit on gagne et ce sera un coup de tonnerre à CARREFOUR, soit ce n’est pas le cas et la lutte continuera.
Florence  : On luttait avant de lancer la procédure on continuera à lutter après quelle qu’en soit l’issue
Christelle : comme on a dit aux salariés. Au moins nous on tente tout et on se bat et ils nous sont reconnaissants pour cela.

Au fond vous demandez à l’appareil d’état d’intervenir face à la loi des multinationales. Que pensez-vous de la position de l’ANC qui demande la nationalisation de la grande distribution ?

Oui c’est vrai qu’on demande à la loi d’intervenir. Cette question de la nationalisation permet de ne pas être sur la défensive mais d’offrir une perspective. C’est nous qui faisons tourner la boite, nous n’avons pas besoin de la direction actuelle pour le faire.
 

Florence  : elle tournerait encore mieux sans les actionnaires…

***************
Et naturellement la discussion tourne après sur SCOP-TI avec les questions des camarades : où ils en sont ? combien ils sont maintenant ? Quel volume….

En repartant de l’entretien je suis entré dans le magasin pour aller au rayon papeterie : impossible d’y trouver un stylo ou des enveloppes, mais des rayons sens dessus dessous avec une pléthore de carnets rangés n’importe comment : une illustration des propos de mes camarades sur l’organisation de la désorganisation…

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