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En Syrie, la diplomatie française persévère dans l’erreur, en niant l’Etat légal, présidé par Bachar El Assad, et en collant au « camp occidental ». Résultat : elle ne pèse plus dans le jeu diplomatique et risque d’engendrer bien des rancœurs sur le terrain.

Par Michel Raimbaud,

ancien ambassadeur,

auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient 

(ed. Ellipses, 2017) et 

 Les guerres de Syrie 

(ed. Glyphe, 2019)

Par un beau dimanche d’automne, le 13 octobre dernier, le Président à la pensée complexe et sans complexe que le suffrage a donné à la France convoquait un Conseil de défense rassemblant tout le beau linge régalien du gouvernement pour « étudier la situation dans le Nord syrien », dans un contexte particulièrement compliqué. Le communiqué publié le lendemain matin aux aurores, qui condamnait fermement « l’attaque unilatérale de la Turquie » du 9 octobre, allait faire illusion le temps d’un éclair.

Ceux qui pouvaient encore espérer un réveil au pays des Lumières, voire une inflexion vers une meilleure perception des réalités du terrain, allaient avoir courte joie : la fin de phrase du communiqué précisait qu’il s’agissait de condamner l’attaque « contre les Kurdes ». De l’Etat syrien il n’était en revanche pas question. Ouf ! Les chantres de la « révolution syrienne » contre le pouvoir légal en place à Damas et les supporters des « terroristes modérés » pouvaient se rendormir. Par définition, la France éternelle, celle d’aujourd’hui, ne change jamais de position, surtout quand elle a tout faux… Par définition, elle a raison, fermez le ban, et circulez…

Mépris du droit

Les esprits chagrins diront qu’il eût été sage et décent – on n’ose dire fair play – de préciser que, selon les normes du droit international (ou ce qu’il en reste) et les fondamentaux de la Charte des Nations-Unies, l’attaque turque constituait avant tout une agression, une de plus, contre la Syrie. Mais c’eût été trop en demander à la diplomatie d’un membre permanent du Conseil de Sécurité, par définition gardien de ces principes, qui s’est néanmoins distingué depuis neuf ans par son mépris du droit et son agressivité envers des Etats qui ne l’avaient pas agressé : la Libye d’abord, la Syrie ensuite, déterrant la hache de guerre peu après avoir convié leurs leaders à fumer le calumet de la paix à l’Elysée.

Tant d’Etats sont aujourd’hui coutumiers de telles hypocrisies et de tels retournements, qu’une infraction de plus ou de moins n’a guère d’importance : on ne compte pas quand on aime, mais on ne compte pas non plus quand la victime des entorses au droit est haïe et honnie par la « communauté internationale » bien-pensante, lorsqu’est en cause le « régime de Bachar », consacré depuis la seconde guerre d’Irak ennemi public numéro un.

Occidentalisme et néo-conservatisme

Il faut dire que le monde n’est plus ce qu’il était et la diplomatie non plus depuis un certain temps déjà. Un séisme étant passé par là. Il y a trente ans, le monde change de base, suite à l’autodestruction de l’URSS, divine surprise. Il s’agit, comme le dit Poutine, de « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle » et le début d’un calvaire pour qui refuse d’adhérer au camp américain triomphant, comme ce sera le cas pour la Syrie.

L’occidentalisme, unissant nostalgiques de la colonisation et revanchards de l’impérialisme, prend son essor sous la bannière du néo-conservatisme, alliant néolibéralisme, parlementarisme et messianisme de « peuple élu ». Les tabous étant tombés, on pourra sans trop de gêne ressortir les concepts d’espace vital, de vocation à la maîtrise du monde, de Kriegspiel sur le « grand échiquier mondial ». La géopolitique, création allemande et anglo-saxonne, taboue depuis les années 30, fait son retour et permet de redessiner le cadre géographique des pulsions hégémonistes de l’Amérique et de ses séides : l’empire atlantique face au bloc eurasien, avec une ceinture verte arabo-musulmane théâtre et enjeu de la confrontation. Clé stratégique du Moyen-Orient, la Syrie n’a qu’à bien se tenir.

Ecrasement des peuples

Initié en 1990/1991, le moment unipolaire américain va s’avérer propice à l’exacerbation de cet occidentalo-centrisme revisité, justifiant l’écrasement des peuples et la destruction des Etats au nom de principes comme le droit d’ingérence, le devoir d’intervention, la responsabilité de protéger, nouvelles versions de feue « la mission civilisatrice ». C’est ainsi que les neocons parviendront à mobiliser autour de leurs thèses les classes politiques, médiatiques et intellectuelles des pays d’Occident.

Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants

Les experts eux-mêmes, qui se piquaient d’avoir mis au rencart les idées simplistes, se replieront sur les idées reçues d’une pensée unique, (...)

Tag(s) : #Syrie - France

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