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Pour l’industrie automobile allemande, 2020 sera une année de tension entre ses deux partenaires commerciaux, la Chine et les Etats-Unis.

Par Jean-Michel Quatrepoint,

journaliste, auteur notamment de Le Choc des Empires, Etats-Unis, Chine, Allemagne, qui dominera l’économie-monde ? Editions Le Débat – Gallimard (2014).

Das Auto ! Depuis un quart de siècle, l’industrie automobile est le pilier de l’économie allemande. Au lendemain de la réunification, elle a servi de modèle. Réorganisant ses chaînes de valeur, délocalisant la fabrication de ses sous-ensembles dans la Mitteleuropa (Europe centrale), privilégiant la valeur ajoutée dans les usines allemandes. Das Auto n’est pas pour rien dans le succès mercantiliste de l’Allemagne. Les marques – Volkswagen, Mercedes, Audi, Porsche, BMW – symboles de l’excellence du Made In Germany, ont conquis le marché européen. Elles se sont ensuite déployées à l’international, vers la Chine et, plus récemment, vers les Etats-Unis.

En 2015, à son apogée, l’industrie automobile allemande produisait 15 millions de véhicules, soit près de 20 % du marché mondial. Dans son sillage, une kyrielle d’équipementiers, de sous-traitants ont connu la prospérité. Das Auto pèse 13 % du PIB allemand et emploie 820 000 personnes, soit 14 % de l’ensemble des emplois industriels. Elle assure 18 % du total des exportations allemandes, 80 % de sa production étant vendue sur les marchés étrangers. En Europe, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et… en Chine.

Après deux décennies d’euphorie, c’est aujourd’hui la soupe à la grimace pour l’industrie automobile allemande

En 2019, sur les 28 millions de voitures vendues en Chine, 7 millions, soit le quart du marché, étaient d’origine allemande. Volkswagen, installé en Chine depuis les années 80, détient à lui seul 14 % du marché chinois, qui lui procure la moitié de ses profits. Daimler a un milliardaire chinois comme actionnaire, qui détient 10 % de son capital. C’est dire combien le marché chinois est essentiel pour ces groupes. Il l’est d’autant plus que le marché américain, sur lequel ils misaient beaucoup, il y a quelques années, leur a procuré des déconvenues. Volkswagen a fait l’objet d’une offensive judiciaire en règle pour avoir triché sur les émissions de particules fines de ses moteurs diesel. L’addition se monte déjà à plus de 20 milliards de dollars.

Après deux décennies d’euphorie, c’est aujourd’hui la soupe à la grimace pour Das Auto, qui découvre que la roche Tarpéienne est toujours proche du Capitole. Ses principaux marchés sont entrés en récession. Pire, son image d’excellence est atteinte par le « Dieselgate ». Tous les constructeurs doivent faire face aux changements de réglementation et à l’irruption prochaine des voitures électriques, voire du moteur à hydrogène. Or il faut dix fois moins d’ouvriers pour fabriquer un moteur électrique qu’un moteur diesel.

L’Allemagne prise en otage

Sur les 400 000 salariés de Bosch dans le monde, 50 000 dépendent du diesel. Ce basculement vers l’électrique entraîne des suppressions d’emplois outre-Rhin : d’ores et déjà, 30 000 ont été annoncées dans la filière automobile. De plus, les groupes allemands ont pris du retard en matière de véhicules électriques. À la différence des Chinois. D’où l’importance de leur coopération avec les firmes chinoises.

Or voilà que le bras de fer de Donald Trump avec la Chine bouleverse la donne. L’Allemagne, avec son industrie automobile, se trouve prise en sandwich, en otage. La trêve, dans la guerre commerciale entre Pékin et Washington, n’est que provisoire. La suprématie en matière technologique est au cœur de l’affrontement entre les deux géants. Une société en est le symbole : Huawei. Le géant des Télécoms chinois a pris quelques longueurs d’avance dans la course à l’innovation. Notamment, dans la 5G, cette technologie qui va bouleverser les économies mondiales.

Huawei a tissé sa toile patiemment, vendant aux quatre coins du monde des équipements de télécoms aux opérateurs. Développant ses propres smartphones et nouant des relations étroites avec les multinationales pour développer des applications de la future 5G. Notamment avec les grands groupes automobiles allemands, puisque demain les voitures autonomes utiliseront la 5G pour s’auto-piloter.

Huawei au cœur des tensions

Les Américains, qui se sont réveillés fort tard, ont donc décidé de bloquer Huawei. Avec un argument, qui est, d’abord et surtout, un prétexte : ses équipements pourraient être utilisés par le gouvernement chinois pour espionner, voire paralyser les réseaux de télécoms occidentaux.

Depuis deux ans, la diplomatie américaine se déploie donc tous azimuts pour stopper le groupe chinois. Avec, jusqu’à présent, plus ou moins de succès. Et l’Allemagne est piégée. D’un côté, elle a fait de l’alliance avec la Chine, pays mercantiliste comme elle, un des axes de sa diplomatie économique. Or, le gouvernement chinois vient de lui faire savoir qu’une exclusion de Huawei du marché allemand serait considérée comme une agression, qui aurait des conséquences. Elle pourrait se traduire par une exclusion des firmes allemandes du marché automobile chinois.

De l’autre côté, les Américains, dont les réseaux d’influence sont importants, notamment au sein de la CDU, menacent à peu près en ces termes : « Si vous continuez de travailler avec Huawei, il y aura des représailles contre l’industrie automobile allemande ». Celle-ci a exporté, outre-Atlantique, près de 500 000 véhicules, l’année dernière.

L’auto européenne dans le viseur de Trump

L’affaire Huawei s’ajoute désormais au conflit commercial entre Donald Trump et les Européens. Le président américain brandit la menace d’imposer des surtaxes sur les automobiles en provenance de l’UE ainsi que sur les pièces détachées. Le sujet de son ire est connu. Le fisc américain ne taxe qu’à 2,5 % les automobiles européennes, alors que les Européens imposent un droit de douane de 10 % sur les véhicules américains. Donald Trump veut un traitement équivalent des deux côtés de l’Atlantique.

En outre,

Tag(s) : #Etats-Unis, #Chine, #Allemagne
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