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Une déclaration

en forme de petits cailloux

sur la route présidentielle ?

Arnaud Montebourg s'habille en marinière pour louer le Made in France

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En pleine crise, Arnaud Montebourg, ancien président du Conseil général de Saône-et-Loire et ex-ministre de l’Économie, sort de son silence politique. Face à la situation actuelle qu’il considère comme une « humiliation », le chantre du Made In France et de la démondialisation appelle à la construction d’un État fort qui se donne les moyens de bâtir son indépendance.

 

Arnaud Montebourg, vous disiez il n’y a encore pas si longtemps : « Je ne veux plus parler de politique ! Aujourd’hui, moi mon truc c’est le miel avec Bleu Blanc Ruche, le lait avec les glaces La Mémère ». Mais pendant ce confinement on vous a vu ressurgir dans le débat public, notamment dans une interview très remarquée dans Libération. Pourquoi avez-vous souhaité briser ce silence politique ?
 

En réalité je me suis exprimé régulièrement, un ancien ministre de l’Économie ne peut pas tout à fait se désintéresser de l’état de son pays. Et si je me suis exprimé dans cette période, c’est parce que la situation est extrêmement humiliante pour la France. Une puissance mondiale qui n’a pas de masques, pas de respirateurs, pas de blouses pour les soignants… C’est une situation qui me préoccupe et je crois qu’il était normal que je donne mon éclairage.

 

Il y a quelques années, quand vous étiez au pouvoir avec vos amis, la France aurait-elle été prête à affronter cette crise ?
 

Je ne sais pas. Mais ce que je sais c’est que, au-delà de la question du stockage de matériel, le plus important c’est d’avoir un outil industriel en état de marche et capable de répondre de façon indépendante à nos problèmes. La France est une puissance qui a vocation à être libre. Si vous êtes libre, vous êtes indépendant sur le plan énergétique, alimentaire, sanitaire, technologique, scientifique, militaire… Mais on voit bien que la mondialisation telle qu’on l’a conçue avec des chaînes de production éparpillées dans le monde nous a mis dans la main des grands empires et particulièrement de la Chine. Est-ce que c’était prévisible ? Oui, parce que lorsqu’on est sortis à genoux de la crise de 2008 et que nous avons perdu des pans entiers de notre industrie, il aurait fallu ne pas vendre ce qu’on avait encore et reconstituer l’industrie perdue. Les 34 plans industriels que j’avais montés prévoyaient d’associer de l’argent public et privé. Dans ces plans, il y en avait un qui concernait l’hôpital et un autre les équipements de santé et diagnostic. On avait observé que sur ces équipements on était importateurs à hauteur de quasiment 1,8 milliard d’euros, ce qui était une faiblesse et nous mettait dans la main des autres. Mais ces plans ont été discrètement abandonnés…

 

Par qui ?
 

Par mon successeur qui est devenu président de la République. Je le regrette parce que pour moi, la politique industrielle doit être transpartisane et dépasser les alternances. La confiance excessive dans le monde actuel et dans le marché mondial, qui a été la dominante de la classe dirigeante de ces dernières années, nous la payons aujourd’hui très cher.

La démondialisation a commencé bien avant cette crise, elle s’est amorcée avec la précédente

 

Est-ce désormais l’heure de la « démondialisation », concept que vous défendez depuis des années ?
 

La démondialisation a commencé bien avant cette crise, elle s’est amorcée avec la précédente. Il y a eu un rapprochement des lieux de production et des lieux de consommation. La mondialisation financière s’est rétrécie. Et puis sont arrivés le Brexit, la victoire de Trump et les guerres commerciales qui ont conduit à des politiques de démondialisation. Car qu’est-ce que la mondialisation ? C’est l’abaissement de toutes les barrières douanières, ce qui permet de mettre en concurrence toutes les économies. Cette compétition acharnée tire vers le bas toutes les économies, conduit à une économie du low cost, pèse mondialement sur les revenus du salarié, fait s’envoler la rentabilité du capital et détruit les ressources planétaires… Les consommateurs ont déjà commencé à en prendre conscience. Dans la société de consommation, ils sont les arbitres finaux, ce sont eux qui ont le pouvoir. Les gens ont commencé à devenir des consomm’acteurs, à regarder les étiquettes, à préférer le Made in France. D’ailleurs, la démondialisation et la politique du Made in France c’est la même chose. Ça veut dire que l’on préfère défendre notre économie plutôt qu’entretenir celle des autres.

 

Mais c’est à l’État de créer les conditions ?
 

Oui, et la crise actuelle va devoir nous conduire à ramener l’État sur le devant de la scène pour relocaliser, interdire d’importation, interdire d’exportation, taxer des importations, investir dans des appareils productifs dont il se désintéressait, prendre des participations dans des petites entreprises pour s’assurer un certain niveau d’indépendance économique et donc stratégique. Ça existe déjà dans l’industrie, la Défense ou l’énergie, maintenant il va falloir le faire dans les télécoms, le transport, la santé, l’agriculture, l’alimentation… Tous ces secteurs doivent accepter une plus forte intervention de L’État.

Il n’est jamais trop tard pour reprendre son indépendance

 

N’est-ce pas déjà trop tard ?
 

Il n’est jamais trop tard pour reprendre son indépendance. Il faut un État qui porte la marinière si on ne veut pas finir en liquette ! Il faut un État qui soit présent dans l’économie, beaucoup plus protecteur et il faut de meilleures alliances entre le public et le privé. Ça suppose que nous abandonnions toute l’idéologie libérale qui consiste à dire que « laisser faire c’est mieux que s’en occuper ». Il s’agit d’inventer une nouvelle puissance publique qui va nous aider à nous protéger et à assurer les transitions, notamment toute la reconstruction écologique de l’économie qui est l’enjeu des années à venir.

 

Le gouvernement actuel commence à parler de nationalisation. Donc ça y est, le message a été entendu ?
 

Je ne peux que m’en réjouir, mais pour l’instant je n’ai rien vu venir. Je pense que la nationalisation est l’instrument naturel par lequel l’intérêt d’un pays peut s’exercer et se défendre face à des intérêts privés qui entreraient en conflit avec l’intérêt national. Mais nationaliser n’est pas un but en soi, c’est un outil. Quand j’ai nationalisé partiellement PSA, on peut considérer que l’État a fait un très beau travail et les contribuables, qui ont mis 800 millions dans l’affaire, ont réalisé un très bon placement.

 

Certains vont dire que la France que vous souhaitez, c’est « Cuba sans le soleil »…
 

C’est l’expression qu’a utilisée Emmanuel Macron par le passé pour qualifier mon programme. Mais tous les pays qui ont une industrie forte sont des pays qui ont un État fort : l’Allemagne, le Japon, les USA, la Chine… Ils ont défendu leurs industries contre les vents et marées de la mondialisation et ils l’ont fait en s’unissant aux forces du privé. C’est ça que nous devons inventer pour ne pas nous retrouver en situation d’humiliation comme aujourd’hui.

Trump a eu au moins le mérite de poser le problème de la Chine par rapport à toutes les économies occidentales

 

Il faut faire du Trump en France ?
 

Moi je n’aime pas Trump, je suis un admirateur de Barack Obama. Mais Trump a eu au moins le mérite de poser le problème de la Chine par rapport à toutes les économies occidentales. Et je ne pense pas qu’il se soit trompé sur la façon dont les excès chinois ont conduit nos économies à s’affaiblir. Peut-être que l’homme est peu aimable mais certains éléments de sa politique doivent être considérés comme ceux que l’Europe aurait dû mettre en œuvre.

 

Justement, l’Europe on en fait quoi ? Il y a des accents souverainistes dans votre discours. Est-ce que l’Union actuelle est compatible avec le modèle de France indépendante que vous appelez de vos vœux ?
 

Le mot « souverain » est issu de la Révolution française. Le peuple est devenu le souverain lorsqu’il a pris le pouvoir sur le roi. Il n’y a donc aucune honte à vouloir établir sa souveraineté. Mais moi je préfère utiliser le mot « indépendance » qui était celui du général de Gaulle. Être dépendant du reste du monde, c’est une faute contre l’intérêt de son peuple. Lorsque l’on veut être indépendant, il faut savoir s’en donner les moyens. Nous en avons les moyens, nous ne sommes pas un canton suisse ! L’Union européenne est une organisation totalement obsolète qui a été fabriquée il y a 30 ans pour régler les problèmes d’il y a 30 ans. Elle n’est pas en mesure et ne semble pas vouloir nous aider à affronter cette crise collectivement. Donc soit l’Union européenne règle nos problèmes et on est content de l’avoir, soit elle ne peut pas nous aider et ce sont les peuples qui se débarrasseront d’elle. C’est ce qui s’est passé en Angleterre et ça n’a aucune raison de ne pas arriver en France.

En ce moment que fait l’Union européenne ? Un simple petit mouvement qui ne répond pas aux problèmes des États.

 

Donc le terme « Frexit » n’est pas un gros mot pour vous ?
 

Moi je ne le souhaite pas. Je souhaite que nous construisions une Europe qui règle nos problèmes. Qu’a-t-elle fait sur le réchauffement climatique ? Rien ! Qu’a-t-elle fait sur les problèmes migratoires ? Rien ! Qu’a-t-elle fait face à la crise financière de 2008 ? Elle a aggravé les problèmes en prolongeant des plans d’austérité ! Et en ce moment que fait l’Union européenne ? Un simple petit mouvement qui ne répond pas aux problèmes des États. Qu’allons-nous faire de ces dettes publiques et privées que nous sommes obligés d’accumuler ? Augmenter les impôts ? Ce serait un scandale ! Une Europe qui imposerait des plans d’austérité pour payer le prix du Covid ne pourrait que disparaître. C’est mon pronostic mais ce n’est pas mon souhait. Mon souhait c’est que l’Europe fasse son travail, qu’elle annule les dettes qui vont naître de cette période, qu’elle relance l’économie à ses frais et que l’argent créé aille dans les entreprises et pas dans les banques.

 

Êtes-vous prêt à revenir dans l’arène politique française pour porter ces idées ?

 

J’ai aujourd’hui des entreprises avec des associés et des salariés que je suis en train de mettre à l’abri. Je suis dans la microéconomie à hauteur de fantassin. Et je suis assez content d’être dans cette situation de créateur et dirigeant d’entreprise, ça m’a permis d’acquérir une certaine sagesse.

 

Mais pouvez-vous dire aujourd’hui : je ne me présenterai plus à aucune élection ?
 

Ce qui est certain c’est qu’aujourd’hui je ne suis pas candidat à la moindre élection.

 

Vous ne le serez plus jamais ?
 

Je n’ai pas l’impression d’être parti pour ça. Les élections, j’en ai déjà connu quelques-unes et je suis très heureux dans la vie dans laquelle je suis aujourd’hui. Mais ça ne m’empêchera pas de donner mon sentiment et de l’exprimer avec liberté et franchise.

Maintenant la droite, la gauche… tout ça m’échappe

 

Quelqu’un d’autre peut-il alors porter ce discours sur la scène politique française ? Jean-Luc Mélenchon a salué vos dernières prises de parole, c’est aussi le cas de certains représentants d’Europe Écologie Les Verts…

 

Il n’y a pas que des gens de gauche qui ont salué mes propos. Il y a aussi des gens de droite et du centre qui ont dit qu’ils étaient d’accord. Ça montre que les esprits évoluent. Face à la crise historique que l’on affronte, il va falloir faire preuve d’une intelligence collective pour nous en sortir.

 

Droite, gauche, ça ne veut plus rien dire ?
 

Je n’ai pas dit ça. Je dis juste que pour moi ça ne veut rien dire. J’ai 30 ans de Parti socialiste derrière moi, je l’ai quitté. Pourquoi ? Parce que je considère que la gauche a fait des politiques pour lesquelles elle n’avait pas été élue, c’est-à-dire des politiques de droite. Par ailleurs c’est elle qui a fabriqué Macron et l’a mis au pouvoir. On m’a remplacé pour mettre Emmanuel Macron donc c’est très compliqué pour moi de me reconnaître dans cette famille-là. Moi, je connais la France, les problèmes des Français et la façon dont on peut les résoudre en France. Maintenant la droite, la gauche… tout ça m’échappe. Je dois être arrivé à un âge canonique pour ne plus rien y entendre…

 

Montebourg 2022, jamais ?
 

Je crois vous avoir déjà répondu…

 

Propos recueillis par Benoit MONTAGGIONI

Tag(s) : #Politique française, #Arnaud Montebourg
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